ETATS GENERAUX DE LA BIOETHIQUE

Les états généraux de la bioéthique, vaste concertation de six mois appelée à nourrir la révision de la loi bioéthique de 2011, ont débuté jeudi en France avec à la clef des débats potentiellement vifs sur des sujets sociétaux et éthiques qui restent politiquement très sensibles.

Procréation médicalement assistée, suicide assisté, dépistage de maladies génétiques, autoconservation des ovocytes : médecins, experts, associations et citoyens sont appelés à donner leur avis et à débattre jusqu’au 7 juillet sur internet ou dans le cadre de débats organisés en région.

« Tout l’enjeu de ces états généraux est de prendre le pouls de la société civile sur des sujets passionnants mais aussi difficiles et complexes », explique Jean-François Delfraissy, président du comité consultatif national d’éthique (CCNE), organisateur de la consultation.

« Ce débat ne doit pas être mené uniquement entre des spécialistes en éthique ou médecine », poursuit-t-il, dans un entretien à La Croix publié jeudi. « Plus l’on va brasser d’idées, mieux ce sera. Dans ce processus, nous devons aussi prendre garde à ce que les positions extrêmes de part et d’autre ne bloquent pas l’expression des idées ».

En plus d’un site internet qui sera ouvert début février, une soixantaine de débats et d’ateliers vont être organisés en France d’ici au mois d’avril. Le CCNE mènera parallèlement ses propres auditions du milieu associatif, des « acteurs du privé » et des « grands courants de pensée religieuse ».

 

LE DEFI DU TRANSHUMANISME

 

Parallèlement à l’ouverture de ces Etats-Généraux de la Bioéthique, j’ai eu l’occasion d’assister à une conférence de Thierry Magnin, physicien et théologien, recteur de l’Université Catholique de Lyon sur le sujet du transhumanisme. Thierry Magnin est l’auteur du livre « Penser l’humain au temps de l’homme augmenté », paru récemment. Vous restituer tout ce que le conférencier a dit pendant une heure serait présomptueux. Cet article a plutôt pour but de recenser les enjeux éthiques que l’ère du transhumanisme soulève pour quelqu’un qui a conscience que l’être humain n’est pas qu’une somme de fonctionnalités, mais qu’il est image de Dieu dans sa constitution même.

Le transhumanisme vise un but. A l’aide des technosciences, il vise l’amélioration des caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Il ne s’agit pas seulement de réparer ce qui est défaillant, mais d’augmenter les potentialités, avec pour horizon ultime pour certains d’éliminer la mort. Le modèle humain visé par les transhumanistes les plus extrêmes est le Cyborg, l’homme invulnérable ou inoxydable. Le Cyborg serait le dernier niveau de l’évolution humaine.

Le but du transhumanisme est de délivrer l’homme des déterminismes biologiques qui l’enferment dans des limites. Les capacités cognitives, l’endurance, la mémoire, la rapidité, etc… sont des facultés que le transhumanisme pourrait développer… Jusqu’à quel point : personne ne peut le dire aujourd’hui !

Aussi le transhumanisme éprouve-t-il un intérêt particulier pour ce qu’on appelle « les machines apprenantes ». Les machines apprenantes ne servent pas seulement à l’exécution d’une tâche. Elles augmentent leur savoir et leur capacité tout en exécutant des tâches. Ainsi, la nanotechnologie permet-elle aujourd’hui de travailler au milliardième de mètre, à l’échelle du gène, pour remplacer des parties défectueuses du gène par d’autres. La nanotechnologie permet de traduire en langage informatique les composants de la matière, puis de la transformer en travaillant sur le code de ce langage. Le but est de parvenir à un être qui serait une fusion entre l’homme et la machine : le Cyborg.

Il est possible que, pour la majorité de nos contemporains, les visées du transhumanisme relèvent encore du domaine de la science-fiction. C’est erreur de penser cela. Les progrès dans le domaine sont si rapides qu’ils dépassent de loin le temps de la réflexion éthique. Des milliards d’euros sont dépensés chaque année par les plus grands groupes économiques de la planète sur le sujet. Ces groupes constituent ce qu’on appelle le GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). Devant le champ infini de marchés qu’ouvre la perspective du transhumanisme, une concurrence féroce se fait jour au niveau mondial entre les Etats-Unis, la Chine, le Japon et l’Europe.

 

QUESTIONS ETHIQUES LIEES AU TRANSHUMANISME

 

Pour le croyant, le transhumanisme soulève de nombreuses questions dont chacune, à elle seule, mériterait tout un développement pour réponse.

  • Qu’est ce que le progrès scientifique appliqué aux humains ? Peut-on encore parler de progrès pour l’homme quand le but visé est de faire un surhomme ?

 

  • Qu’est ce qui est spécifique à l’homme ? L’homme n’est-il qu’une somme de fonctionnalités ou quelque chose de plus ? Ne penser à l’homme qu’en termes de fonctionnalités, n’est-ce pas le réduire ? Si les fonctionnalités sont altérées, la logique transhumaniste, poussée dans ses limites, ne conduit-elle pas à l’eugénisme, ou la destruction de l’homme par suicide assisté, par exemple ?

 

  • Plusieurs philosophes défendent l’idée qu’être humain, c’est avoir le pouvoir d’être soi dans sa vulnérabilité. Toucher à ce pouvoir, n’est-ce pas déjà détruire l’être humain ?

 

  • A qui appartient le patrimoine génétique de l’être humain ? La convention d’Obiedo, à laquelle la France a souscrit, bannit les modifications du patrimoine génétique de l’espèce humaine. Mais tous les pays en pointe dans la recherche dans le domaine des technosciences ne l’ont pas ratifié.

 

  • Tous les possibles dans le domaine scientifique et technique sont-ils souhaitables pour l’homme ? Tout ce qui apparaît utile est-il bon ? La vision qu’a le transhumanisme sur l’homme est une vision uniquement utilitariste, basée sur la performance. Mais qu’en est-il de l’aspect psychique et spirituel ?

 

  • L’enthousiasme des adeptes du transhumanisme tient au fait qu’ils pensent avoir trouvé ici le moyen de sauver l’homme de tout. Or, l’on sait que le mal dont est atteint l’humanité n’est réparable par aucune technique. C’est un mal essentiellement moral et spirituel. Le transhumanisme n’est pas que technique ou scientifique. Il est un moyen de rédemption et a pour but de se substituer à la religion.

 

  • L’intérêt général ne suffit pas pour approuver le transhumanisme. Au-dessus de celui-ci, il y a le bien commun. Le bien commun concerne tous les êtres, non seulement présents, mais ceux qui viendront après nous. L’intérêt général ne concerne qu’une certaine majorité relative qui s’embarrasse peu de questions éthiques, mais voit dans le progrès des bénéfices d’ordre économique et financier. C’est une chose de modifier le corps d’une personne pour augmenter ses potentialités. C’en est une autre de modifier ses gênes ou sa semence, c’est-à-dire l’héritage qu’il transmet à sa descendance.

 

REFLEXIONS SUPPLEMENTAIRES

 

Curieusement, le transhumanisme remet à jour des textes anciens. Il nous interroge sur ce qu’est l’homme véritablement. La vision biblique est que l’homme est plus qu’un corps ou des potentialités, L’homme est un organisme composé d’un corps, d’une âme et d’un esprit (1 Thessaloniciens 5,23).

Irénée, docteur du IIème siècle, disait déjà au sujet de l’homme : « Car la chair modelée, à elle seule, n’est pas l’homme parfait : elle n’est que le corps de l’homme, donc une partie de l’homme. L’âme, à elle seule, n’est pas davantage l’homme : elle n’est que l’âme de l’homme, donc une partie de l’homme. L’Esprit non plus n’est pas l’homme : on lui donne le nom d’Esprit, non celui d’homme. C’est le mélange et l’union de toutes ces choses qui constituent l’homme complet (Contre toutes les hérésies, Irénée de Lyon, livre V,3.). »

Combat d’aujourd’hui, le transhumanisme offre aux croyants la possibilité de rappeler que ce qui fait la spécificité de l’homme est qu’il est l’image de Dieu. C’est à cause de ce fait que, à l’époque de Noé, Dieu institue un cadre juridique pénalisant de mort celui qui osait détruire cette image. S’il y eut un homme augmenté qui a existé, c’est bien Jésus. Pourtant l’Ecriture affirme que Jésus était pleinement humain. Il n’était pas un Cyborg. Ceux que Jésus est venu sauver sont aussi des humains. C’est pourquoi il a partagé avec nous la chair et le sang et la condition humaine.

Si l’homme est diminué, ce n’est nullement à cause de potentialités trop limités. Ce qui limite l’homme est sa nature rebelle, mauvaise, désobéissante à Dieu, son Créateur. L’homme ne peut être complet que réconcilié avec Lui et débarrassé de sa nature corrompue. C’est ce à quoi nous sommes destinés en Jésus-Christ !

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