UNION CONTRE NATURE

Avec le chapitre 6 de la genèse, nous entrons dans le détail explicatif des causes qui provoquent ce jugement annoncé. La première citée se trouve dans l’union contre nature entre les fils de Dieu et les filles des hommes. Diverses explications ont été avancées à ce sujet. Celle qui, à mon sens, concorde le mieux avec le sens du texte est celle qui voit une union contre nature entre des anges et des femmes. La raison en est triple, même si les arguments donnés ici ne fournissent pas une pleine certitude. La première est que c’est là ce que rapporte de nombreux écrits de la tradition juive. La seconde est que c’est peut-être à ce fait que se rapporte Jude quand il parle du jugement qui a frappé certains anges qui ont quitté leur demeure : Jude 1,6. Il n’est pas impossible que, dans leur dépravation, des anges déchus, autrefois supérieurs en dignité et en gloire, soient allés dans leurs vices jusqu’à ces unions contre nature. De même que le péché peut ravaler l’homme à des comportements plus odieux que la bête (cf la zoophilie) qui sait à quoi a pu conduire la déchéance des anges ? Le 3ème argument tient au fruit de cette union : la naissance d’une « espèce humaine » hors-normes : les géants ou Nephilim qui, ajoute l’auteur, furent des héros de grande renommée. Toute la mythologie ancienne témoigne de l’existence de créatures mi-dieux, mi-hommes (voir la légende grecque des Titans, être en partie terrestre et en partie céleste). Il n’est pas impossible que ces récits fabuleux reposent sur un fondement historique oublié, mais rappelé ici.

 

Pour certains commentateurs bibliques, ce qui nous est relaté ici dépasserait le stade de la simple affaire de corruption. Ils y voient une tentative diabolique de faire avorter la promesse selon laquelle c’est de la semence de la femme que naîtrait celui qui écraserait la tête du serpent. En corrompant la race humaine, Satan empêcherait physiquement cette descendance de naître. Cette interprétation n’est pas impossible, au vu de la haine acharnée dont fera preuve Hérode contre le Messie à peine né, haine qui le conduira au massacre des enfants de deux ans et au-dessous nés à Bethléem à la même époque : Matthieu 2,16. Le texte de la genèse laisse de plus entendre, en outre, que la race des Néphilim survécut au déluge : v 4. On les retrouve en effet sur la route d’Israël en Canaan : Nombres 13,33. Ils sont ces fameux géants qui effrayèrent les espions envoyés par Josué, dont Goliath sera l’un des descendants, au temps de David : 1 Samuel 17,4. Leur survivance tiendrait, non au fait, que l’épisode relaté en Genèse 6,1 à 4 se soit reproduit, mais plutôt que parmi les épouses des fils de Noé, l’une d’elles, peut-être l’épouse de Cham, père de Canaan : Genèse 9,18, ait eue des gênes de Nephilim.

 

Cette nouvelle frontière dans le mal et la confusion franchie, Dieu décida qu’il était temps d’y mettre un terme. La première mesure qu’il prit est de limiter la durée de vie des êtres humains. Nous le voyons encore aujourd’hui : quand l’homme s’ancre dans le mal, les années qui passent n’arrangent rien pour lui. Au contraire ! Plus le temps passe, plus sa conscience s’émousse et son cœur s’endurcit. Plus il banalise ce qui, autrefois, l’aurait scandalisé. Puisque l’homme ne revient pas à Dieu avec l’âge, à quoi sert-il de lui donner des siècles d’existence ? Dieu l’a décidé : la vie des hommes ne dépassera plus les 120 ans. Plus tard, elle s’abaissera encore pour être limitée en moyenne à 70 ou 80 années : Psaume 90,10.

L’ETENDUE DU MAL

Outre les unions contre nature entre des anges déchus et des femmes, un autre facteur motiva la décision de Dieu d’effacer de la terre les humains. C’est l’ampleur qu’ont pris le mal, la corruption, la méchanceté et la violence sur la terre. Où que les yeux de Dieu se portent, il n’y a plus aucun lieu sur terre où le comportement des hommes puisse réjouir le cœur de Dieu. Le constat de l’étendue du mal ne s’arrête pas aux actes. Dieu, qui connaît les pensées du cœur, le voit aussi. En leur for intérieur, les hommes ne sont pas meilleurs que dans leurs actes. Non seulement, ils font le mal, mais ils n’en éprouvent aucun regret. On ne voit chez eux aucune prise de conscience qui les amènerait à revenir en arrière et à rechercher le bien. Toute leur réflexion n’aboutit qu’à une chose : une augmentation du mal. Bien que Dieu soit Dieu et qu’Il se suffise à Lui-même, notons combien le mal commis par les humains l’affecte et l’attriste. Face au mal, Dieu n’est ni indifférent, ni blasé. Dieu souffre ! Et c’est Jésus-Christ qui, le mieux, manifestera à la face de toute l’humanité, à quel point Dieu est partie prenante dans le combat qui a pour objet de la débarrasser du mal pour lui faire retrouver le bonheur pour lequel Il l’a créé.

 

Si Dieu peut choisir de rayer l’humanité de la carte du monde, une des raisons de Sa décision tient au fait que Celui-ci n’a aucune renommée à défendre auprès de qui que ce soit. Plus tard, alors qu’Il aura fait le choix d’élire un peuple destiné à être Son témoin parmi les nations, Dieu y regardera à deux fois avant de le détruire. La rédemption de ce peuple ayant passé par là, sa destruction ne pourrait que porter préjudice à Sa réputation parmi les nations. C’est là le principal argument utilisé par Moïse dans sa prière d’intercession pour Israël après l’épisode sacrilège du veau d’or : Exode 32,12. Mais ici, Dieu n’a que Lui-même vis-à-vis de Lui-même à considérer.

LA PIETE DE NOE

Le projet de Dieu arrêté, une seule chose va empêcher Sa main de le réaliser dans sa totalité : la piété d’un homme : Noé. L’humanité était-elle entièrement corrompue ? Non ! Il restait un ilot sur lequel subsistait la marque d’une vie marquée par la justice, la vérité, l’honnêteté : la maison de Noé. Aussi Dieu, prenant acte de cette réalité, prit-Il une double mesure de justice et d’équité (cf Genèse 18,25). La première consista à s’en tenir à la décision prise à l’égard des pécheurs et des rebelles. La corruption étant ce qu’elle est, seul le jugement était approprié à la situation. La seconde fut de préserver par Noé le projet mis en œuvre à l’origine lors de la création de l’homme. Non ! L’humanité n’allait pas périr définitivement. Un nouveau départ lui serait donné au travers de Noé et sa descendance.

 

Y a-t-il jamais eu fil si mince qui retienne encore l’humanité à Dieu ? Y a-t-il jamais eu preuve si grande de la patience et de la miséricorde de Dieu envers Ses créatures si décevantes ? Noé est ici un type de Christ ! Car, comme il en fut pour l’humanité de l’époque avec Noé, c’est à un seul homme qu’est rattaché le salut de celle d’aujourd’hui ! Le fil est mince, mais solide et suffisant pour assurer sa rédemption ! Bénis et heureux tous ceux qui y sont rattachés !

 

« Lorsque toutes les possibilités concevables auront été épuisées, lorsque le règne du monde aura connu ses diverses formes, alors paraîtra triomphalement le royaume de Dieu sur une nouvelle terre et sous de nouveaux cieux où la justice habitera éternellement. Si tel est le but à atteindre, les jugements ne doivent jamais être totaux. Autrement, le rapport entre ce qui est passé et ce qui est à venir serait perdu. Ce qui survient à la suite serait différent et indépendant plutôt que continuation et progrès. Cela signifierait, en fait que l’univers n’est rien d’autre qu’une déclaration ouverte de la faillite de Dieu et de tous les principes d’éducation de l’humanité. Il doit donc toujours subsister un reste qui, sauvé du jugement, devienne le fondement d’un développement ultérieur.

 

Telle est la signification des hommes pieux dans le monde. Dans le jugement, ils sont les agents de chaque nouveau commencement et témoignent de l’unité du plan salvateur. C’est à travers ce petit troupeau que le grand salut manifeste sa cohérence et son unité organiques. Ce sont eux seuls, les insignifiants de la terre, qui sont l’humain fondement d’une rédemption ainsi rendue possible. Sans eux, chaque élément de la révélation tomberait en pièces. Facteurs apparemment superflus dans les affaires du monde, ils sont, en fait, les co-ouvriers de Dieu à travers qui le monde est déterminé quant à sa continuation et à son organisation finale. Leur marche avec Dieu sauve l’avenir du monde : Erich Sauer. »

Publicités