STRUCTURE DE L’EPITRE DE PAUL AUX ROMAINS

Ce que les prophètes nous apprennent sur le glorieux avenir du peuple d’Israël se trouve expressément confirmé par plus d’un passage du Nouveau Testament. Et ces passages, nous ne les trouvons pas tant chez les apôtres de la circoncision, Jacques, Pierre ou Jean, que bien plutôt chez Paul et dans les discours du Seigneur, tels que nous les a rapportés, avec Matthieu, l’auteur du 3ème Evangile, qui était un disciple de Paul.

Le chapitre 11 de l’épître aux Romains est particulièrement précieux à cet égard. Après être remonté, dans la première partie de cette épître, à la période des patriarches et avoir montré, par l’exemple d’Abraham, l’égalité des Juifs et des païens sur le terrain de la foi qui justifie ; après avoir cherché, dans la seconde partie, depuis 5,12, à déterminer la valeur et l’importance de la loi, l’apôtre arrive, avec les chapitres 9,10 et 11, à la 3ème partie de son épître, où abondent les allusions à la prophétie, qui forme également la troisième phase de la révélation de l’ancienne alliance et dans laquelle il retrouve toutes les évolutions du règne de Dieu sur la terre, dans ses passages successifs des Juifs aux gentils (païens) et des gentils aux Juifs. En appuyant ainsi sur la parole prophétique de l’Ancien Testament ses propres prophéties concernant le rejet et la réconciliation d’Israël, Paul les rend singulièrement lumineuses, et cette lumière rejaillit à son tour sur les prophéties de l’Ancien Testament, que nous autres chrétiens issus du monde païen avons souvent tant de peine à comprendre.

LA PROMESSE CERTAINE D’UN COMPLET RETABLISSEMENT D’ISRAËL

Grâce à Paul, nous savons d’une manière certaine que les prophéties de l’Ancien testament relatives à la conversion d’Israël et à son retour dans son pays n’ont été pleinement accomplies ni par le retour de l’exil babylonien, ni par la fondation de l’Eglise. Lorsque la plénitude des nations sera entrée dans l’Eglise, que le temps des Gentils (Luc 21,24) sera passé, alors tout Israël, c’est-à-dire Israël comme peuple,, sera sauvé : Romains 11,25-26, ce qui ne sera pas un évènement heureux pour Israël seulement, mais encore pour tous les peuples païens qui subsisteront encore et qui n’auront pas encore été convertis : « Or, si leur faux pas a fait la richesse du monde et leur déchéance la richesse des non-Juifs, cela sera d’autant plus le cas avec leur complet rétablissement. Je vous le dis, à vous qui êtes d’origine non juive : en tant qu’apôtre des non-Juifs, je me montre fier de mon ministère afin, si possible, de provoquer la jalousie de mon peuple et d’en sauver quelques-uns.  En effet, si leur mise à l’écart a entraîné la réconciliation du monde, que produira leur réintégration, sinon le passage de la mort à la vie ? »

L’apôtre, chez lequel l’amour pour ses frères selon la chair va de pair avec la connaissance la plus profonde des desseins de Dieu, passe par-dessus le temps des gentils sans s’y arrêter. Quelle qu’en doive être la durée, il ne s’en occupe pas. Il a hâte d’arriver à l’époque où Israël entrera en pleine possession du salut. Il est lui-même l’apôtres des Gentils, il a consacré toute sa vie à leur annoncer l’Evangile. Néanmoins le temps où les <gentils doivent être l’élément prépondérant dans le royaume de Dieu et où les Juifs en seront exclus, n’est pour lui qu’un simple entr’acte. Il sait et il proclame ici, avec un complet désintéressement, que les païens ne jouiront pleinement de tous les bienfaits de l’Evangile que lorsque Israël occupera de nouveau la première place dans le royaume de Dieu.

UNE RESURRECTION D’ENTRE LES MORTS !

Une résurrection, ou plus exactement, une vie d’entre les morts ! Il y a là plus qu’une simple réconciliation. La conversion des Juifs, coïncidant avec le retour du seigneur qui en sera la cause déterminante, sera accompagnée d’une transformation de toutes choses ici-bas. Des hauteurs qu’occupera le peuple de Dieu se répandra sur tous les autres peuples eux-mêmes une vie nouvelle si abondante, si exubérante, que les siècles passés apparaîtront aux témoins de ce magnifique réveil comme une longue période de mort. Paul emploie ici, pour désigner le changement immense qui s’opérera dans le monde, la même expression qu’il applique en Romains 16,13 à la conversion des individus. Maintenant, il y a nouvelle naissance pour les âmes croyantes ; alors il y aura nouvelle naissance pour les peuples et même pour le monde. Ce seront véritablement, comme le dit le Seigneur, des temps de palingénésie (Matthieu 19,28) ou, pour parler avec Pierre, de rafraîchissement (Actes 3,19 à 21), dans lesquels Dieu rétablira toutes les choses dont il a parlé dans les anciens temps par la bouche de ses saints prophètes.

EST-CE EN CE TEMPS QUE… ?

Tandis que Paul est amené par toute la teneur de sa lettre aux Romains à insister sur le côté interne du relèvement des Juifs, Pierre, quand il parle du rétablissement de toutes choses, a surtout en vue le règne glorieux du peuple d’Israël sur la terre. Tel est aussi le sujet du dernier entretien des apôtres avec leur Maître : « Sera-ce dans ce temps que tu rétabliras le royaume en faveur d’Israël ? » Telle est la question que les apôtres tiennent le plus à adresser encore au seigneur avant son départ : Actes 1,6. Dirons-nous que les apôtres, quand ils parlent ainsi, partagent encore les grossiers préjugés de leur nation ? Ont-ils jusqu’à la fin mal compris leur Maître, qui vient de les entretenir pendant 40 jours de ce qui regarde le royaume de Dieu ? Non ! La question des apôtres prouve au contraire que dans ses enseignements le Seigneur avait à peu près indifféremment employé les deux expressions de royaume de Dieu et de royaume d’Israël, qu’il leur avait parlé de l’établissement d’une nouvelle théocratie juive, et que le seul point qu’il n’eût pas touché, c’était celui du temps et des moments. C’est sur ce point que porte tout le poids de la question, le fait lui-même, ils ne le mettent nullement en doute. Ils le supposent connu et admis. C’est ce qui résulte aussi de la réponse du seigneur au verset 7. Il ne dit nullement des apôtres qu’ils nourrissent des espérances chimériques. Le royaume d’Israël sera rétabli. Seulement, il faut consentir à ignorer la date de cet évènement. Ce n’est pas d’un royaume qu’il s’agit pour le moment, mais d’un simple Eglise : v 8. Avant la gloire, le Saint-Esprit et son action cachée ! Avant le règne, l’humble et fidèle prédication des témoins du Christ. Mais l’heure de la gloire sonnera ! Le royaume s’établira ! Les choses invisibles deviendront visibles ! « Ce Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous dans le ciel, en reviendra de la même manière que vous l’avez vu y monter ! »

ET ISRAËL DANS LE TEMPS DE L’EGLISE ?

Pendant que l’Evangile pénètrera jusqu’aux extrémités de la terre chez tous les peuples païens, qu’adviendra-t-il d’Israël ? Israël subsistera ! « Cette race, déclare le Seigneur, ne passera pas jusqu’à ce que toutes ces choses arrivent ! : Matthieu 24,34. » Cette parole a souvent été mal comprise ! Presque toujours, on a rendu ce mot par génération ! Mail il peut fort bien signifier race, peuple, et c’est ainsi qu’on le traduit en Matthieu 12,45. D’ailleurs dans Luc 21,32, le sens de génération est impossible : au verset 24, le Seigneur a parlé des temps des Gentils, pluriel qui indique une durée assez longue, plus longue, en tout cas, que ne l’est la moyenne de la vie humaine. Comment donc pourrait-il affirmer que la génération présente subsistera encore alors que les temps des gentils auront pris fin ? Impossible qu’Israël, impossible que passent Mes paroles ! L’expression est la même dans les deux versets ! Ainsi donc Israël existant malgré tout, voilà la preuve vivante de la vérité de la prophétie et en même temps le gage de son accomplissement final !

LES DOUZE APOTRES

Il nous reste à parler de la promesse que le Seigneur fait à plus d’une reprise aux apôtres quand il leur dit que, dans le renouvellement, lorsque le Fils de l’homme entrera dans son règne, ils auront, en récompense de leur persévérante fidélité, l’honneur de juger et de gouverner les douze tribus d’Israël : Luc 22,28 à 30 ; Matthieu 19,28. C’est là un des passages les plus propres à nous montrer comment peuvent s’accorder les données respectives de l’Ancien et du Nouveau Testament sur le règne de mille ans. Les douze apôtres font naturellement partie de l’Eglise glorifiée, tandis que les douze tribus qu’ils gouvernent, sont encore sur la terre. Le royaume de Dieu sur la terre communiquera donc avec la partie céleste de ce royaume, mais la terre sera toujours vis-à-vis du ciel dans un état de dépendance. Trois, le nombre divin, multiplié par quatre, le nombre humain, donne douze, qui est le nombre de l’Eglise glorifiée. Dans le règne de 1 000 ans, les douze tribus, avec leurs 144 000 élus – 12 000 de chaque tribu – seront en quelque sorte les cadres de la grande armée des gentils (païens) qui viendront se ranger en foule sous le drapeau de Christ. Mais les douze tribus auront pour chefs les douze apôtres. L’Eglise céleste et l’Eglise terrestre ne seront pas encore confondues, mais elles auront l’une et l’autre des relations fréquentes. Ce ne sera que plus tard, après le jugement dernier, que toute barrière sera abattue, alors que les cieux et la terre auront été renouvelés et que la nouvelle Jérusalem sera descendue du ciel.

LE REGNE DE MILLE ANS

Le règne de mille ans n’est donc pas la phase suprême du règne de Dieu. Même alors la terre et la partie de l’humanité qui vivra encore dans ce corps de chair seront plus ou moins séparées du ciel et de l’humanité glorifiée. Même alors il pourra se produire une grande révolte contre Dieu. C’est un règne, quelque chose de bien supérieure à l’Eglise. Mais toutes choses ne sont point encore faites nouvelles. C’est un temps de repos après la lutte, mais ce n’est pas encore l’accomplissement final.

Faisons quelques pas en arrière, comme on s’éloigne d’un tableau qu’on veut mieux comprendre : peut-être une vue d’ensemble sur ce qui précède le règne de mille ans et sur ce qui le suit nous aidera-t-elle à en mieux saisir les caractères distinctifs. Il y a d’abord la période de l’Eglise, où la vie de l’Esprit se manifeste d’une manière toute intérieure et ne modifie encore essentiellement ni la marche de l’histoire, ni celle de la nature. Puis vient le millénium, où la vie de Christ cesse d’être cachée et pénètre puissamment l’histoire, tous les rapports sociaux, l’Etat, les arts, la civilisation. Enfin, avec les cieux nouveaux et la terre nouvelle, la vie de Dieu gagnera et transformera la nature elle-même. Ainsi donc le millénium répond dans l’avenir à ce qu’a été dans le passé la période des Israélites. Il verra s’accomplir spirituellement, réellement et chez tous les peuples ce que Moïse avait établi chez un seul peuple d’une manière extérieure à force d’ordonnances.

Voilà ce qui peut nous expliquer pourquoi, pendant le règne de mille ans, Israël se retrouvera à la tête de l’humanité et pourquoi c’est de cette période-là que s’occupent presque exclusivement les prophètes de l’Ancien Testament, tandis qu’ils passent par-dessus les temps des gentils sans en presque rien dire. Ils sont avant tout prophètes d’Israël, et la période de l’Eglise n’a d’importance à leurs yeux que parce qu’elle correspond à celle de leur dispersion parmi les gentils.

D’après Carl-August Auberlen

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