Dans un article paru en juin, dans le journal juif messianique « le Berger d’Israël », Olivier Melnick nous livre les tentatives d’interprétation théologiques de la Shoah par les Juifs eux-mêmes. Il en discerne cinq :

  1. La rétribution

 

La Shoah serait une « rétribution » de Dieu à l’égard d’Israël, une sorte de « rançon » pour ses péchés. En d’autres termes, il était dans l’intention de Dieu de discipliner Israël au sujet de ses fautes. Il existe une expression en hébreu qui résume assez bien cette pensée. Elle signifie : « Pour nos péchés, nous avons été punis ! » Il y est fait allusion au châtiment divin pour les péchés d’Israël, une référence au contexte biblique dans lequel on voit Israël repris par Dieu de façon récurrente pour ses fautes. La punition de Dieu ira jusqu’à la déportation du peuple en exil loin de la terre de la promesse.

 

En 1962, Elie Wiesel, rescapé de la Shoah et lauréat du prix Nobel, commentait ainsi la réaction religieuse juive à propos de la Shoah : « au commencement, le sentiment de culpabilité était essentiellement un sentiment religieux. Si je suis là, c’est parce que j’ai péché et j’expie pour mes péchés. J’ai mérité le châtiment pour lequel je souffre. » Comme beaucoup d’autres, Elie Wiesel estimait que les souffrances subies dans la Shoah n’étaient pas nécessairement proportionnelles aux péchés commis par Israël, mais qu’il existait cependant un lien.

 

Si l’on considère le sujet à la lumière de la Bible, on doit admettre que le prix ultime à payer pour nos péchés est la mort : Ezéchiel 18,4. Mais le même prophète affirme plus loin qu’un homme ne paiera pas pour les péchés de son père, ou un père pour ceux de son fils (Ezéchiel 18,20). Imagine-t-on Dieu attendre près de 2 000 ans que la coupe soit pleine, pour infliger à une seule génération les péchés cumulés par de nombreuses autres ?

 

  1. Israël, le Serviteur souffrant

 

D’autres, lisant les chapitres 52 et 53 d’Esaïe, y voient le serviteur souffrant incarné par Israël. Ainsi, les souffrances de la Shoah seraient l’accomplissement des souffrances annoncées par le prophète dans ces chapitres. Cependant, dans le chapitre 53, c’est un serviteur innocent qui paie pour les péchés du peuple : v 5. Par ailleurs, sa tombe est comptée parmi celles des riches :  v 9. Rien de tel pour les Juifs morts dans la Shoah. Le prophète évoque aussi l’attitude négative d’Israël vis-à-vis de ce serviteur : v 3 et 4. Or, si ce dernier est Israël lui-même, on ne comprend pas où se trouve la cohérence dans ce passage. Le prophète dénonce également le peuple d’Israël qui n’a pas reconnu les souffrances du serviteur innocent qui souffre pour racheter la faute du peuple. Notons au v 12 que celui-ci donne sa vie volontairement et revient à la vie après avoir expié les péchés du peuple. Il est plus naturel de suivre l’interprétation de certains Juifs qui reconnaissent dans ce passage les souffrances du Messie.

 

  1. L’éclipse de Dieu

 

Le psaume 44,24-25 évoque l’idée qu’il peut arriver à Dieu de cacher sa face. Dieu était-il absent pendant la Shoah ? Si l’on se place du point de vue de ceux qui sont morts dans cette tragédie, on pourrait le déclarer sans ambages. Chacune des six millions de victimes innocentes, si elle pouvait s’exprimer, témoignerait sans doute de l’apparente absence de Dieu ou pour le moins de son manque d’empathie là où elle se trouvait. Cela étant, il convient de rappeler ce qu’est formellement une éclipse. Il s’agit de la perte de vue momentanée d’un objet, sans que celui-ci ait réellement disparu ou bougé. En d’autres termes, rapportés à la Shoah, nous pouvons imaginer Dieu se cachant, ou disparaissant de la vue des victimes, sans pour autant s’éloigner ou se désintéresser des épreuves de ces dernières.

 

Non seulement était-il présent au milieu des déportés dans les camps, mais encore a-t-il compati, selon les paroles d’Esaïe 63,9, aux souffrances de chacun au milieu de son malheur. « Dans toutes leurs détresses ils n’ont pas été sans secours, et l’ange qui est devant sa face les a sauvés ; Il les a lui-même rachetés, dans son amour et sa miséricorde, et constamment il les a soutenus et portés, aux anciens jours. » L’éclipse divine ne l’a pas été en raison de l’indifférence de Dieu, mais peut-être bien parce que pour un temps seulement, le Seigneur a abandonné entre les mains d’une poignée d’hommes le sort de beaucoup. Nous retrouvons des situations comparables dans l’histoire d’Israël.

 

  1. La mort de Dieu

 

Pour d’autres, la Shoah est peut-être la démonstration que Dieu est mort. C’est en tout cas ce qu’estime la plupart des rescapés des camps de la mort ou encore certains Juifs nés après 1945. Dans son livre « La nuit », Elie Wiesel dépeint la pendaison et la lente agonie d’un jeune garçon dans un camp. « Quelqu’un derrière moi a demandé : « Où est Dieu ? Où est-il ? » Pendant plus d’une demi-heure, l’enfant, suspendu et étranglé par la corde, était là, luttant entre la vie et la mort, agonisant lentement sous nos yeux. Nous devions lui faire face et le voir mourir. Lorsque je passais devant lui, il était toujours vivant. Sa langue était encore rouge et ses yeux n’étaient pas déjà vitreux. Derrière moi, j’entendis le même homme demander : « Où est Dieu maintenant ? » Une voix se fit entendre en moi qui répondait : « Où est-il ? Il est ici, il pend là à cette potence ! »

 

Mais alors ! Si Dieu est mort pendant la Shoah, pourquoi celle-ci a-t-elle pris fin en 1945 ? La machine de guerre nazie était bien huilée et extrêmement efficace. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter. En définitive, si l’on y prête plus d’attention, la libération des camps et la capitulation de l’Allemagne témoignent que Dieu n’est pas mort. Au contraire ! Il a joué un rôle déterminant pour mettre fin à l’horreur de la guerre et son cortège de victimes innocentes. D’une certaine façon, quand bien même cela nous échappe, la promesse de Dieu de ne jamais permettre une destruction totale du peuple d’Israël se trouve ainsi confirmée : Jérémie 31,35 à 37.

 

  1. La vraie explication : le mal

 

Quelque puisse être l’étendue de nos investigations sur la Shoah, il nous apparaîtra toujours clairement qu’à l’origine de la catastrophe se trouve le mal, dans toute sa substance. Ce dernier est l’objet de plus de questions que véritablement de réponses. La Shoah, et bien des meurtres commis en cette période sombre, à défaut de démontrer que Dieu est mort, sont la preuve absolue de l’existence du mal. Hitler n’était pas un fou, ce qui l’aurait exempté de toute responsabilité dans la « solution finale » au « problème juif ». Il était tout simplement inspiré par le diable.

 

Devenu l’adversaire de Dieu, on comprend dès lors pourquoi le peuple d’Israël, au cœur du plan rédempteur de Dieu, fait l’objet de tant de haines et d’actions destructrices de la part de Satan. Il m’est souvent demandé si la renaissance de l’Etat moderne d’Israël était le résultat direct (ou indirect) de la Deuxième Guerre mondiale et de la Shoah. Je ne le crois pas. En revanche, il est plus que probable que la Shoah ait été une tentative de Satan de détruire les Juifs, empêchant ainsi l’accomplissement des prophéties les plus étonnantes de Dieu à propos de leur retour dans leur terre biblique (Ezéchiel 36 à 38). A mon sens, il ne fait aucun doute que l’adversaire de Dieu était conscient de l’imminence du retour des Juifs en Israël, conformément à ce que Dieu avait annoncé. C’est d’ailleurs ce qui avait déjà commencé à se produire dès le 19ème siècle. Il a tenté de l’empêcher au moyen de la monstruosité de la Shoah. L’Allemagne nazie et Hitler ont été les instruments du diable pour enrayer le retour des Juifs en Israël et éviter ainsi l’accomplissement des promesses de Dieu.

 

CONCLUSION

 

L’adversaire d’Israël et de Dieu est aussi l’ennemi de nos âmes. Derrière nos questions et les non-réponses qui nous assaillent au sujet de la Shoah, il nous faut percevoir le combat spirituel qui se dessine en filigrane. Le diable peut bien rugir chaque jour un peu plus comme un lion enragé ! Soyons assurés que la chaîne qui le retient est solide et c’est le Seigneur qui la tient.

 

Plus qu’une tragédie humaine sans précédent dont on doit retenir la leçon, la Shoah doit continuellement interpeller les vivants et les préparer à la rencontre de leur Créateur. Celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, cherchent à reproduire un nouvelle « solution finale » en la nourrissant d’arguments fallacieux et trompeurs, ne réalisent pas que derrière leur entreprise destructrice se cache l’adversaire de leur âme dont la fin est proche.

Publicités