INTRODUCTION

« Je vous dis que plusieurs viendront d’Orient et d’Occident, et seront assis à table, au royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob ; et les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors : il y aura là des pleurs et des grincements de dents » (Matthieu 8:11,12).

J’espère encourager aujourd’hui à chercher le chemin du ciel. J’aurai aussi à prononcer des choses dures à entendre sur le sort de ceux qui seront perdus et qui descendront dans l’abîme de l’enfer. Je veux essayer de vous parler sur ce double sujet, et je prie le Seigneur de me venir en aide, afin que je le fasse dignement. Mais, je vous en conjure, si vous tenez au salut de vos âmes, pesez attentivement le pour et le contre ; examinez si ce que je dis est vrai et selon Dieu. S’il ne l’est pas, rejetez-le, oubliez-le entièrement. Mais s’il l’est, prenez garde, car c’est à vos risques et périls que vous le rejetteriez. Aussi vrai que vous comparaitrez un jour devant ce Dieu qui est le Souverain Juge des cieux et de la terre, aussi vrai il vous en prendra mal d’avoir méprisé la voix de son serviteur et les déclarations de la sainte Parole !

Mon texte se compose de deux parties. La première sourit extrêmement à mon cœur et me remplit de joie. La seconde, au contraire, est terrible au dernier point. Mais, puisque toutes deux sont vraies, toutes deux doivent être prêchées. — La première partie de mon texte est celle-ci : Je vous dis que plusieurs viendront d’Orient et d’Occident, et seront assis à table, au royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob. — La seconde, celle que j’appelle la partie sombre, terrible, menaçante, est celle-ci : Mais les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors : il y aura là des pleurs et des grincements de dents.

LE CIEL

Reprenons la première partie. Nous avons ici une glorieuse promesse : plusieurs viendront d’Orient et d’Occident, et seront assis à table, au royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob. J’aime ce texte, parce qu’il me parle du ciel et m’en fait un tableau ravissant. Il me dit que le ciel est un lieu où je serai assis avec Abraham, Isaac et Jacob. Oh ! Quelle douce perspective, surtout pour l’homme qui dans ce monde est condamné à un pénible travail ! Que de fois, en s’essuyant le front, ne se prend-il pas à rêver d’un pays où il ne sera plus soumis aux dures fatigues de la terre ! Que de fois ne mange-t-il pas son pain détrempé par la sueur de son visage ! Que de fois en rentrant chez lui, et en se jetant tout brisé sur sa couche — trop harassé de fatigue pour goûter le sommeil, — ne s’est-il pas écrié : « Oh ! N’y aura-t-il donc jamais de repos ? Ne trouverai-je jamais un lieu où il me soit permis de respirer un instant en paix, de m’asseoir et d’accorder enfin quelque relâche à mes membres épuisés ? … » — Oui, oui, enfant du travail et des rudes labeurs, il est une riante contrée, tout là-haut, dans les cieux, où le travail et les fatigues sont inconnus. Au-delà de ce ciel bleu est une grande et glorieuse cité, dont les murs sont de pierres précieuses et dont l’éclat fait pâlir le soleil. Là se reposent tous ceux qui sont fatigués ; là les méchants ne peuvent plus jeter le trouble dans les âmes. Les esprits immortels qui l’habitent n’essuient jamais la sueur de leur front, car ils ne sèment ni ne moissonnent ; ils ne sont plus soumis aux travaux de cette vie.

« Sur la pelouse fleurie de la sainte montagne,

Ils s’assiéront et se reposeront de leurs peines ;

Heureux de se raconter les tristesses du passé,

Leurs sombres jours d’épreuves et de rudes fatigues. »

J’aime à me représenter le ciel comme le lieu du repos. C’est par ce côté surtout que l’humble ouvrier aimera à le contempler. Ceux, à la vérité, qui ont ici-bas une vie exempte de travaux y verront plus volontiers un lieu d’activité. L’un est aussi vrai que l’autre. Mais, pour celui qui est appelé à se fatiguer chaque jour et à vivre péniblement du travail de ses mains ou de celui de sa tête, la pensée que le paradis est un lieu de repos aura toujours un attrait particulier. Bientôt, se dira-t-il, bientôt cette voix ne sera plus appelée à s’exténuer en de trop rudes efforts ; bientôt mes poumons n’auront plus à gémir d’un surcroît de fatigues ; bientôt mon cerveau ne sera plus comme prêt à éclater à force de penser. J’irai m’asseoir à la table du festin de mon Dieu ; oui, je me pencherai sur le sein d’Abraham, comme Jean sur celui de son Maître, et là je demeurerai en paix et en repos pour jamais ! — Ô vous, fils et filles d’Adam, qui êtes las et battus par les orages de cette vie, multitude éprouvée et languissante, qui soupirez et qui souffrez, vous n’aurez pas dans le ciel à tracer de pénibles sillons dans une terre inféconde. Vous n’aurez pas à reprendre le cours monotone de votre incessant travail avant le lever du soleil, pour ne l’abandonner que bien longtemps après son coucher ; mais vous vous reposerez, vous aurez plein relâche, vous jouirez de toute tranquillité ; car dans le ciel tous sont riches, tous sont heureux, tous sont en paix. Travail, labeur, fatigue, lassitude, sont des mots qui n’existent pas dans la langue des bienheureux. Nul ne saurait les prononcer, car tous se reposent, et pour toujours.

LA COMPAGNIE DES BIENHEUREUX

Et puis, voyez aussi dans quelle société ils se trouvent. Ils seront assis « avec Abraham, Isaac et Jacob ». Il en est qui croient qu’au ciel nous ne reconnaîtrons personne ; mais ici notre texte déclare que nous serons assis avec Abraham, Isaac et Jacob. Il faudra donc bien que nous sachions qui ils sont. On m’a raconté qu’en mourant une pauvre femme disait à son mari : « Mon ami, crois-tu que nous nous reconnaîtrons quand nous serons au ciel ? » — « Si je te reconnaîtrai, reprit le mari, je t’ai toujours reconnue tant que nous avons vécu ici-bas ; et penses-tu donc qu’en entrant au ciel je sois plus stupide que je ne l’étais en ce monde ?… » — La réponse, selon moi, était excellente puisque nous nous sommes connus, il faut que nous nous reconnaissions.

Je possède là-haut plus d’un être bien-aimé, et je me console bien souvent par la pensée que lorsque je poserai mon pied sur le seuil du paradis (comme j’en ai la ferme espérance), je verrai venir au-devant de moi mes sœurs et mes frères, me disant en m’embrassant : « Enfin, te voilà, ô bien-aimé ! »

Prenez courage, vous qui avez perdu des parents et des amis, objets de vos plus tendres affections ! Vous les retrouverez au ciel. L’un de vous a perdu une mère ; elle est allée là-haut ; mais si tu suis les traces de Jésus, tu l’y retrouveras. Il me semble la voir venant à ta rencontre aux portes du ciel, et, quoique les liens du sang doivent être en quelque mesure oubliés dans les lieux célestes, je l’entends dire en se retournant vers son Dieu : « Me voici, avec les enfants que tu m’as donnés ! » — Oui, nous reconnaîtrons ceux que nous avons chéris. Oui, mari, tu reconnaîtras ta femme ! Mère, tu reconnaîtras tes chers petits enfants ! Leurs petits traits tourmentés par les approches de la mort, alors qu’ils gisaient haletants, respirant avec peine, sont restés empreints dans ton douloureux souvenir …  Tu te rappelles le moment où, te penchant une dernière fois sur la fosse entr’ouverte, tu entendis résonner la terre qui tombait sur le cercueil et retentir ces lugubres paroles : La terre, à la terre ! La poussière, à la poussière ! La cendre, à la cendre ! Oh ! Mais, ces douces petites voix, tu les entendras encore ; oui, elles feront encore tressaillir ton âme, et tu apprendras alors que Dieu, lui aussi, a aimé ceux que tu aimais.

Un ciel où nous serions incapables de nous reconnaître, où nous serions tous étrangers les uns aux autres, ne serait-il pas une bien triste demeure ? Je ne me sentirais, pour ma part, aucun attrait pour y aller. Je crois que le ciel sera une communion des saints, et que par conséquent nous nous y reconnaîtrons. Souvent je me suis dit que j’aimerais bien voir Ésaïe ; et il me semble qu’en arrivant au ciel je demanderai aussitôt où il se trouve, parce que de tous les prophètes c’est lui qui a le plus parlé de Jésus. Oh ! Que je serai heureux de voir George Whitefield, cet homme, qui prêchait au peuple sans relâche, et qui, avec un zèle plus qu’angélique, a usé sa vie et sacrifié sa santé pour le service de son Maître ! Oh ! Oui, nous trouverons au ciel une société d’élite. Là il n’y aura plus de distinction entre ignorants et savants, entre clergé et laïques ; mais nous circulerons librement les uns au milieu des autres et nous sentirons que nous sommes frères. Nous irons « nous asseoir auprès d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ».

On me racontait qu’une dame qui allait mourir dit au pasteur qui la visitait : « Puisque je vais mourir, je veux vous demander une chose. » — « Dites », répondit le pasteur. — « Oh ! » dit-elle d’un air affecté, « je voudrais savoir si dans le ciel il y aura deux catégories de places, car je répugnerais beaucoup de m’y trouver assise côte à côte avec ma cuisinière qui est si mal élevée. » Le pasteur, se détournant, répondit : « Oh ! Madame, que cela ne vous inquiète pas. Vous ne courez pour le moment aucun danger de la rencontrer, car tant que vous ne serez pas dépouillée de ce maudit orgueil, vous n’entrerez pas dans le ciel. » Oui, il faut que nous nous dépouillions de notre orgueil. Il faut, pour que nous puissions parvenir au royaume de l’éternelle gloire, que nous descendions de notre piédestal et que nous nous placions devant Dieu comme les égaux des autres hommes, les considérant tous comme nos frères. Oui, nous bénissons Dieu et nous le remercions de ce qu’il n’a pas dressé deux tables différentes, l’une pour les uns et l’autre pour les autres. Juifs et païens s’assoiront ensemble ; les grands de la terre et les petits de ce monde participeront à la même nourriture, et nous serons « tous assis avec Abraham, Isaac et Jacob ».

UNE COMPAGNIE INNOMBRABLE

Mais mon texte contient une pensée plus profondément réjouissante encore. Certains bigots à l’esprit étroit voudraient que le ciel soit un lieu très restreint, où ne se rencontrent que ceux qui se rendent à leur église ou à leur chapelle. Pour moi, je n’ai, je l’avoue, aucun désir que le ciel soit un lieu si petit, et je me réjouis au contraire en lisant dans les Écritures qu’il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Que de fois j’entends dire autour de moi : « Ah ! La porte est étroite et le chemin est étroit, et il y en a peu qui le trouvent. Il n’y aura que peu de gens de sauvés ; il y en aura beaucoup de perdus. » — Mon ami, je ne suis pas de votre avis. Christ laisserait-il la victoire au démon ? Permettrait-il au diable d’emmener plus d’âmes en enfer qu’il n’en recueillerait lui-même dans le ciel ? Non ! Cela est impossible ! Car dans ce cas Satan aurait de quoi se moquer de Christ. Il y aura plus d’âmes sauvées que d’âmes perdues. Dieu dit qu’une grande multitude que personne ne saurait compter sera sauvée ; Il n’a jamais dit que nul ne saurait compter ceux qui seront condamnés. Le nombre de ceux qui entreront dans le ciel dépasse donc tout calcul humain. Quelle réjouissante nouvelle pour vous et pour moi ! Car, puisque la multitude des élus sera si grande, qui empêche que je ne sois, moi aussi, de ce nombre ? Qui empêche que vous n’en soyez vous-même ? Qui empêche que cet homme, tout là-bas dans la foule, ne dise : « Et moi aussi, je veux être sauvé ! » Pourquoi cette femme , ici près, ne prendrait-elle pas courage, en se disant : « S’il n’y en avait en tout que six de sauvés, je pourrais craindre de ne pas être d’un si petit nombre, mais puisqu’il doit en venir des multitudes innombrables d’Orient et d’Occident, qui empêche que moi aussi je sois sauvée ? » — Prends courage, toi qui es abattu ! Toi qui es dans le deuil, enfant de l’affliction, prends courage ! Tu peux encore espérer ; tout n’est pas perdu pour toi ! Je ne connais pas d’homme pour lequel il n’y ait plus d’espoir. S’il en est quelques-uns qui sont abandonnés de Dieu, parce qu’ils ont commis le péché qui va à la mort, la plus grande partie de l’humanité est encore à la portée de la souveraine miséricorde, et « plusieurs viendront d’Orient et d’Occident et seront assis à table au royaume des cieux ».

Si vous désirez savoir plus clairement d’où ils viendront, vous n’avez qu’à considérer de plus près mon texte. Il est dit qu’ils viendront « d’Orient et d’Occident ». Les Juifs prétendaient qu’ils devaient tous venir de Palestine ; je dis tous, tant hommes que femmes et enfants ; de telle sorte que, selon eux, le ciel ne devait contenir absolument que des Juifs. Les pharisiens, de leur côté, croyaient que pour être sauvé il fallait être pharisien. Mais Jésus déclare que plusieurs viendront « d’Orient et d’Occident ». Il en viendra donc aussi des foules de ce lointain pays qu’on appelle la Chine, car le Seigneur accomplit une grande œuvre dans cette contrée, et nous avons lieu d’espérer que l’Évangile y sera bientôt victorieux. D’autres multitudes viendront d’Irlande et du grand continent américain, au-delà de l’Océan. Il en viendra des contrées du Sud : de l’Australie et de l’Afrique, — et des contrées du Nord : du Canada, de la Norvège, de la Russie, de la Sibérie. Il en viendra même des bouts les plus reculés de la terre, et ils s’assiéront à table au royaume des cieux.

LA COMPAGNIE DES PECHEURS RACHETES

Mais je ne crois pas que ce texte doive seulement s’entendre géographiquement ; nous devons y voir un sens spirituel. Ces termes d’Orient et d’Occident ne représentent pas tant des nations diverses, comme ils indiquent diverses sortes de gens. Je pense que cet Orient et cet Occident désignent les dispositions morales les plus éloignées de la piété et de la foi, et signifient que, malgré cet éloignement infini, il en viendra néanmoins qui seront sauvés et qui posséderont le ciel. — Il y aura toujours une certaine classe de gens que tout le monde regarde comme perdus et sans espoir de relèvement. J’ai souvent entendu dire de certains individus : « Ah ! Pour celui-là, il ne saurait pas être sauvé ; il est descendu trop bas pour se relever jamais. Il n’est bon à rien ! À quoi bon lui demander d’aller le dimanche dans un lieu de culte ? Il est ivre dès le samedi soir ! À quoi sert de raisonner avec une brute pareille ? C’en est fait de lui ; sa conscience est cautérisée. Vous n’avez qu’à voir tout le mal qu’il a pu faire depuis tant d’années qu’on lui prodigue en vain toutes sortes de remontrances. » Hé bien ! Vous qui croyez votre semblable plus méchant que vous-même, vous qui condamnez les autres, tandis que vous êtes tout aussi coupables, écoutez ce que dit Jésus : « Il en viendra plusieurs de l’Orient et de l’Occident ». Il en viendra plusieurs qui jadis étaient des ivrognes endurcis. Je crois que plusieurs de ceux qui feront partie de la grande famille rachetée auront été autrefois de ces gens qui passaient la moitié de leur vie au cabaret. Mais Dieu les aura visités par la puissance de sa grâce, et ils auront trouvé le courage de briser la coupe de perdition. Ils auront renoncé dès lors aux honteuses joies de l’ivresse et ils auront fui la tentation pour servir l’Éternel. Oui, il y aura dans le ciel plusieurs ivrognes convertis ; il y aura plusieurs femmes de mauvaise vie ; nous y retrouverons plusieurs de ces créatures que le monde lui-même rejette avec dégoût. Vous vous souvenez de ce mot de Whitefield disant que le ciel contiendra plusieurs de ces âmes qui sont « le rebut du diable », c’est-à-dire dont le diable lui-même ne veut plus, tant elles sont corrompues. Un jour, son amie, lady Huntingdon, se risqua à lui dire qu’un tel langage n’était peut-être pas très convenable. En ce moment même, quelqu’un sonna à la porte, et Whitefield descendit. Lorsqu’il remonta : « Madame, dit-il, devinez ce qu’une pauvre femme vient de me dire ? …  C’est une grande — grande pécheresse : — « Ô Monsieur Whitefield ! Vous nous avez dit dans votre sermon que Jésus ne rejetterait pas les rebuts du diable ; je suis un de ces rebuts ! » — Cette parole l’avait convertie.

Qui osera maintenant nous blâmer de parler aux plus grands pécheurs, aux pécheurs les plus dégradés et les plus vils ? On m’a accusé d’attirer après moi toute « la canaille » de Londres. Hé bien, admettons ! Je réponds : que Dieu daigne bénir « la canaille » ! Que Dieu daigne sauver « la canaille » ! Admettons, dis-je, que j’attire à moi le rebut de la terre : qui a plus besoin de l’Évangile ? Qui a plus besoin qu’on lui présente l’amour de Christ ? Il ne manque pas de prédicateurs élégants qui prêchent aux belles dames et aux beaux messieurs, et nous avons besoin aussi, en ce siècle dégénéré, de prédicateurs qui s’adressent à la vile multitude. Et voici ce qui me réjouit et m’encourage : c’est que plusieurs sortiront de celle vile multitude « et iront s’asseoir à table au royaume des cieux ».

Oh ! Quel contraste entre les bienheureux et quelques-unes de ces créatures dégradées qui sont encore sur la terre, mais qui parviendront un jour au salut ! Voici un homme dont les cheveux en désordre retombent sur sa figure : il est affreux à voir ; les yeux lui sortent de la tête ; son rire est semblable à celui d’un idiot ; il s’est tellement épuisé par l’usage des boissons qu’il semble avoir bu jusqu’à sa propre cervelle ; il ne lui reste plus d’autre vie que celle de la brute. Hé bien ! Je suis autorisé à vous dire que cet homme peut encore être sauvé. Dans quelques années, peut-être, je vous montrerai là-haut une brillante étoile dans le firmament de l’éternité, et je pourrai vous dire : voyez-vous cet homme dont le front est ceint d’une couronne immortelle ? Voyez-vous ce racheté, vêtu d’une robe de saphir et tout resplendissant de lumière ? C’est le même qui gisait là-bas, plongé dans la dégradation et dans l’idiotisme. Il était bien hideux et bien repoussant ; mais la Souveraine Grâce et la Miséricorde infinie l’ont sauvé ! — Il n’y a que ceux (comme je l’ai déjà dit) qui ont commis le péché impardonnable, qui ne puissent plus recevoir le salut. Mais, à part ce très petit nombre, amenez-moi le pire des hommes, l’homme le plus vil, et je lui prêcherai l’Évangile ; rien ne m’arrêtera, car je me souviens des paroles de mon Maître : « Allez dans les carrefours et le long des haies, et pressez-les d’entrer, afin que ma maison soit remplie ». — « Plusieurs viendront d’Orient et d’Occident, et seront assis à table avec Abraham, Isaac et Jacob, au royaume des cieux. »

ILS VIENDRONT !

Il est encore un mot sur lequel je dois m’arrêter avant de quitter cette réjouissante partie de mon texte ; c’est le mot : « Ils viendront. » Il n’est pas dit : Ils pourront venir, ils viendront peut-être ; mais ILS VIENDRONT ; ils viendront certainement. Dieu veut qu’ils viennent. Oh ! Combien j’aime à m’arrêter sur ces paroles que Dieu prononce au futur ! Combien il importe de discerner ce que Dieu annonce comme certain de ce qu’il déclare être simplement possible ! Quand l’homme emploie le futur, quelle valeur a ce futur ? …  L’homme dit souvent : « Je ferai », mais il ne tient pas sa promesse. Il dit : « J’irai, Seigneur », et il n’y va point. Il n’en est pas ainsi des affirmations que Dieu prononce au futur. Ce qu’il annonce doit inévitablement s’accomplir ; ce qui est au futur est aussi réel que ce qui est au présent. — Le diable dit : « Ils ne viendront pas » ; mais Dieu dit : « Ils viendront. » — Tes péchés te disent : « Tu ne pourras jamais venir » ; mais Dieu te dit : « Tu viendras. » — Toi-même, tu dis : « Je ne veux pas venir » : mais Dieu te dit : « Il faut que tu viennes, et tu viendras ! »

Oui, il en est qui se moquent en ce moment encore de l’Évangile du salut et qui parlent mal de Christ ; mais je vous déclare que plusieurs d’entre ceux-là mêmes « viendront ». — « Quoi ! » vous écriez-vous, « Dieu peut-il m’obliger à devenir chrétien ? » Je vous dis en vérité que oui, car c’est en cela précisément, que consiste la puissance et la gloire de l’Évangile. Dieu ne vous demandera pas votre consentement, mais il vous l’arrachera. Il ne vous dira pas : « Veux-tu accepter ? » Mais, au jour où Il déploiera sa puissance dans votre cœur, Il fera naître en vous la faim et la soif du salut ; Il vous en démontrera la valeur inestimable, et aussitôt vous le désirerez avec ardeur, vous le chercherez avec angoisse, et vous le trouverez. Que de gens qui disaient hautement : « Je ne veux pas de votre religion ! » et qui cependant ont été convertis ! — Je me rappelle l’histoire d’un homme qui n’était entré dans le temple que pour écouter les chants, et qui mettait ses doigts dans ses oreilles pour ne pas entendre le prédicateur. Mais voici qu’un insecte vint se poser sur son visage et le força à faire un geste afin de l’écarter. En ce même instant le prédicateur prononçait ces paroles : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ». L’homme se mit à écouter, et bientôt Dieu toucha son cœur à salut. Lorsqu’il sortit de ce lieu, il était transformé en une nouvelle créature. Lui qui était venu pour se moquer, s’en retourna chez lui pour prier. Lui qui était entré pour se railler, sortit pour plier le genou et se repentir. Lui qui était allé pour tuer le temps et se distraire, revint pour s’occuper à rechercher la présence de son Dieu. Le pécheur fut sanctifié ; le dissolu fut rempli de componction. Qui sait s’il n’y a pas ici quelqu’un de semblable à cet homme ? L’Évangile n’a pas besoin de votre consentement préalable ; il saura bien le prendre. Il expulsera de votre cœur toute inimitié contre Dieu. Vous avez beau dire que vous n’avez pas besoin d’être sauvé ; Christ dit : « Vous serez sauvé ! » Il changera la direction de votre volonté, de telle sorte que vous vous écrierez : « Seigneur, sauve-moi, ou je péris ! » — « Ah ! » pourrait s’écrier le Ciel, « je savais bien que tu finirais par crier grâce ! » Mais aussitôt les anges se réjouiront de ce que le Seigneur aura changé votre volonté et de ce que, par sa puissance, Il vous aura rendus croyants.

Si Jésus lui-même était ce soir ici, dans cette chaire, comment se comporteraient quelques-uns d’entre vous ? « Oh ! », disent les uns, « nous le proclamerions roi. » Je ne le crois pas ; je crois au contraire qu’ils le crucifieraient de nouveau, pour peu que l’occasion s’en présente. S’il venait vous dire, par exemple : « Me voici ! Je vous aime ; voulez-vous que je vous sauve ? » Pas un d’entre vous tous n’y consentirait, s’il était abandonné à lui-même et à sa propre volonté. Alors même que le Seigneur fixerait sur vous ses regards — regards dont la puissance forcerait les lions à s’accroupir ;  — alors même qu’il verserait sur vous les torrents de son éloquence divine — torrents d’amour et de célestes compassions, — personne ne s’émouvrait ; personne ne consentirait à devenir son disciple ; personne, non, pas même un seul ! Pour que les hommes viennent à Christ, il ne faut rien moins que le pouvoir de Dieu. Jésus l’a dit lui-même : « Nul ne vient à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ». Voilà ce qu’il nous faut, et voilà ce que nous avons : « Ils viendront ! ILS VIENDRONT ! » Vous pouvez vous moquer, vous pouvez nous mépriser ; mais Jésus ne saurait être mort en vain. Si quelques-uns le rejettent, d’autres ne le rejetteront pas. S’il en est qui ne seront pas sauvés, d’autres le seront. Christ se verra de la postérité ; Il prolongera ses jours, et le bon plaisir du Seigneur prospérera entre ses mains.

Il en est qui croient que plusieurs de ceux pour lesquels Christ est mort seront néanmoins perdus. Cette doctrine n’a jamais pu satisfaire mon intelligence. Si Jésus, qui est mon garant, a porté mes douleurs et mes iniquités en son corps, je pense être aussi assuré de ma rédemption que les anges du ciel. Dieu ne saurait exiger deux réparations pour mes péchés. Si Christ a payé ma dette, aurais-je à la payer moi-même une seconde fois ? Non !

« Libéré de toute redevance,

Je puis marcher en toute sécurité.

Heureux, je puis me prosterner à ses pieds,

Et le bénir du salut qu’il m’a acquis. »

Ils viendront ! Ils viendront ! Rien de ce qui est dans les cieux ou sur la terre, ou même en enfer, ne saurait les empêcher de venir.

ALORS VIENS !

Et maintenant, ô le plus grand des pécheurs, écoute-moi, car je veux t’inviter à venir à Jésus. Il y a aujourd’hui dans cette assemblée quelqu’un qui se croit le plus grand des pécheurs, et qui se dit : « Ce n’est pas à moi, bien certainement, que s’adresse cet appel ; je suis trop loin de le mériter ! » Hé bien ! C’est toi, oui, toi-même que j’appelle ; toi, le pécheur perdu ! Toi, le rebut méprisé des hommes ! C’est toi, dis-je, que j’ai mission d’appeler. Au nom et en l’autorité de mon Dieu, je te somme de venir à Jésus ! — Il y a quelque temps, j’étais entré dans la salle d’audience d’un tribunal, pour voir ce qu’on y faisait : quelqu’un appela un homme par son nom, et au même instant cet homme se mit à crier : « Faites-moi place ! Faites-moi place ! Ils m’appellent ! » Et incontinent il parut sur l’estrade. À mon tour, j’appelle ici le plus grand des pécheurs ; qu’il s’écrie aussi : « Faites-moi place ! Faites-moi place, doutes de l’âme ! Faites-moi place, craintes imaginaires ! Faites-moi place, péchés que j’ai commis ! Christ m’appelle, et puisque Christ m’appelle, cela me suffit ! »

« Je veux me prosterner aux pieds de Celui

Dont le sceptre fait miséricorde.

Peut-être me le présentera-t-il en disant :

« Touche ! »

Et aussitôt mon âme suppliante

Recevra la vie.

Que risqué-je en allant à Lui ?

Je ne puis que périr …

Je veux donc essayer ;

Car, en restant loin de Lui,

Je sais qu’une éternelle mort m’attend.

Et quand je devrais mourir après avoir

Demandé grâce,

Après avoir éprouvé la fidélité du Roi des Rois,

Ce serait mourir (ô douce espérance !)

Comme jamais pécheur ne saurait mourir ! »

 

Allez à mon Sauveur, et éprouvez-le ! Oui, vous dis-je, allez et mettez-le à l’épreuve. Et s’il vous repousse après que vous l’aurez cherché de tout votre cœur, allez dans l’abîme annoncer aux esprits des réprouvés que Christ n’a pas voulu vous recevoir. Mais c’est là précisément ce qu’il ne vous sera jamais permis de faire, ce qui est absolument impossible ! Ce serait un éternel déshonneur pour l’Alliance que Dieu a traitée, et Il ne saurait le permettre, aussi longtemps qu’il est écrit : « Plusieurs viendront d’Orient et d’Occident et seront assis à table avec Abraham, Isaac et Jacob, au royaume des cieux ».

 

Sermon prêché à Londres en plein-air par Charles Spurgeon !

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