RIEN DE PLUS TERRIBLE QUE LA MORT !

Un saint homme, parlant de la mort, la qualifie avec beaucoup de grâce et d’élégance, Le roi des épouvantements, c’est-à-dire, la chose du monde la plus épouvantable. Et, de fait, il ne se présente à notre imagination rien de plus terrible, de plus redoutable, ni de plus affreux. On peut éviter le tranchant de l’épée, fermer la gueule des lions et éteindre la force du feu. Mais lorsque la mort tire ses flèches envenimées qui sont en son carquois, qu’elle ouvre sa gueule infernale, et qu’elle vomit ses flammes dévorantes, il est nous est absolument impossible de nous garantir de sa fureur.

Il y a une infinité d’inventions de guerre que l’on oppose aux efforts des ennemis les plus puissants et les plus redoutés. Mais les stratagèmes des plus grands capitaines, les fortifications les plus régulières, et les armées les plus victorieuses et les plus triomphantes ne peuvent retarder d’un seul moment les approches de la mort. Elle perce en moins que rien les bastions les plus flanqués, les murailles les plus épaisses et les tours les plus massives. Elle franchit les fossés les plus larges, les forts les plus superbes et les rochers les plus inaccessibles. Elle souffle sur les plus fortes barricades et se rit de nos retranchements les plus profonds et les plus artificiels. Elle trouve partout le défaut de la cuirasse et au travers des boucliers de la meilleure trempe, elle perce le cœur des plus hautains. Elle nous surprend en nos cachettes les plus sombres, et nous enlève au milieu des gardes les plus fidèles et les plus vigilants. Enfin, il ne se trouve rien du tout, ni en la Nature, ni en l’Art, qui puisse nous mettre à couvert de ses cruelles et ravissantes mains.

LA MORT EST IMPITOYABLE !

Impitoyable, la mort n’épargne pas plus ceux qui s’humilient devant elle que ceux qui lui résistent. Elle n’a point d’égard aux larmes des petits enfants qui pendent à la mamelle. Elle les arrache du sein de leur plus tendre mère et les écrase en leur présence. Elle se moque du cri des femmes délicates et prend plaisir à fouler aux pieds leur superbe beauté. Elle ferme les oreilles aux supplications de la vieille tremblante et fait gloire d’abattre de ses foudres tous ces vieux arbres qui sont depuis si longtemps enracinés au monde.

Lorsqu’en un jour de bataille on fait prisonnier des princes ou des généraux d’armée, on les traite tout autrement que de simples soldats. Mais la mort inexorable, ayant les yeux bandés, foule avec une même audace de son pied triomphant, le Sujet et le Monarque, le Serviteur et le Maître, le Noble et le Roturier, le pauvre Lazare et le riche Abraham. Elle éteint du même souffle les plus grands luminaires et les lampes fumantes. Elle ne respecte pas plus la pourpre des cardinaux, le diadème des rois, la triple couronne des papes que la houlette des bergers ou la chaîne des esclaves. Elle les enferme tôt ou tard dans une noire et puante prison, elle les réduit tous en poudre dans un même mortier, c’est-à-dire dans un même tombeau… La mort insatiable ne dit jamais : C’est assez ! A toute heure, et même à tout moment, elle détruit les peuples et vendange les nations en sa fureur.

LA MORT EST PLUS FORTE QUE TOUS !

Les armes sont journalières. Tel remporte aujourd’hui la victoire, et demain tourne le dos devant son ennemi. Et tel a été élevé sur un char de triomphe, qui demain tourne le dos devant son ennemi. Mais la mort est toujours victorieuse. Elle triomphe avec insolence de tous les rois et de tous les peuples de la terre. Elle ne rentre jamais dans son fort qu’elle ne regorge de sang et qu’elle ne soit chargée de dépouilles. Ces forts Samson et ces victorieux David, qui ont déchiré les lions et les ours, qui ont coupé la tête des Goliaths ont été enfin dévorés et engloutis par la mort. Ces grands Alexandre et ces triomphants César, qui ont fait trembler toute la terre, n’ont jamais pu trouver d’armes à l’épreuve de la mort. On leur érige de magnifiques statues et de glorieux trophées. Mais cependant la mort en fait son jouet et elle rit de leur vanité folle. Ces riches marbres où l’on voit graver tant de titres superbes ne couvrent qu’une chair pourrie, et des os que la mort a fracassé et qu’elle a réduit en poudre.

TOUS TREMBLENT DEVANT LA MORT !

Puisque la cruauté de la mort est si étrange qu’elle n’épargne personne, que son pouvoir est si grand que rien ne lui échappe et ne peut lui résister, il ne faut pas s’étonner si elle produit la frayeur, l’angoisse et le désespoir dans l’âme de tous les mortels qui n’ont pas mis leur espérance en Dieu. Car il n’y a point de criminel qui ne tremble et ne frissonne d’horreur, lorsqu’il voit dresser l’échafaud sur lequel il doit être rompu. Au milieu d’un superbe festin, le roi Belchatsar aperçut des doigts de main d’homme qui écrivaient ses mots sur la muraille de son palais : Mené, mené, teqel, parsîn, dont voici l’interprétation par le prophète Daniel. Mené : Dieu a compté les jours de ton règne et y a mis fin. Teqel : Tu as été pesé à la balance, et tu as été trouvé léger. Parsîn : Ton royaume a été divisé et donné aux Médes et aux Perses. A l’instant même que ce monarque a jeté les yeux sur cette écriture miraculeuse, son visage fut changé, ses pensées le troublèrent, les jointures de ses reins se desserrèrent, et ses genoux se heurtèrent l’un contre l’autre. Combien plus doit être saisi de frayeur et d’angoisse le profane mondain qui, au milieu de ses vaines pompes et de ses délices trompeurs aperçoit la main hideuse de la mort, qui écrit en grosses lettres sur toutes les murailles de sa maison que Dieu a compté ses jours et que celui auquel il respire doit être suivi d’une nuit éternelle.

A CEUX QUI FONT LES MALINS FACE A LA MORT !

Je sais bien qu’il y a des athées qui parlent de la mort avec un extrême mépris et qui font profession ouverte de n’en avoir point de peur. Mais elle a des aiguillons cachés dans leurs propres entrailles. Elle a des frissons et des horreurs dont elle les gêne et les taraude lorsqu’ils s’y attendent le moins. La plupart de ces profanes, qui se vantent hautement de ne pas craindre la mort, et qui s’en moquent avec insolence lorsqu’ils la croient fort loin, sont les premiers à pâlir à sa rencontre, à découvrir leur lâcheté, à témoigner leur désespoir. Que s’il y en a qui rient, ce n’est qu’en apparence, du bout des lèvres seulement.

Enfin, s’ils s’en trouve qui meurent sans effroi et sans aucune terreur de conscience, ou ce sont des personnes tout-à-fait stupides et brutales, semblables à un ivrogne profondément endormi que l’on précipiterait d’une tour ; ou ce sont des âmes bouffonnes, qui ressemblent à des criminels folâtres, qui vont au gibet en dansant ; ou bien ce sont des gens transportés de fureur et de rage, que je puis comparer à un sanglier échauffé qui, s’élançant d’une impétuosité aveugle, s’enferre lui-même dans l’épieu du chasseur. De tels monstres ne méritent pas d’être mis au rang de créatures raisonnables.

 

Tiré d’un livre du pasteur réformé Charles Drelincourt (1595 – 1669)

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