Dans nos médias, la désinformation persiste. Est-il vrai que la Turquie fait des pas vers la Russie, même en étant un membre important de l’OTAN ? est-il vrai que la Turquie combat et courtise les kurdes en même temps ? Savons-nous encore pourquoi il y a la guerre en Syrie ?

LE DESSOUS DES CARTES

Lorsqu’au début des années 70, l’entreprise Shell découvrit, lors de forage pétrolier d’exploration au Qatar ? d’immenses gisements de gaz naturel, les experts étaient loin de soupçonner qu’il s’agissait du plus grand gisement de gaz naturel au monde. Mais les experts savaient qu’en raison de la localisation de plus d’un tiers du gisement sous le sol iranien, cela présentait inévitablement un immense potentiel conflictuel.

Au lieu de partager équitablement, comme de coutume entre de bons voisins, ce trésor de la nature au profit des deux peuples qatari et iranien, la diplomatie secrète a commencé ses activités funestes. L’émir qatari d’alors Ahmad ibn Ali Khalifa ibn Hamad ne voulait rien entendre d’un partage et médita sur la façon de tirer à lui seul profit de ce gisement de gaz naturel et d’exclure le plus habilement possible son voisin iranien. Il misa sur la carte anglo-américaine et pris ainsi en compte le risque d’un Casus belli.

Bien que le Qatar fut à l’époque un petit Emirat, il ne redoutait pas l’Iran. La deuxième guerre du Golfe rejeta l’Iran des décennies en arrière dans ses capacités d’extraction du pétrole, et lorsque l’ONU décréta un embargo économique contre ce pays, tout semblait se dérouler à la perfection pour le Qatar. Lorsque les Etats-Unis établirent en 1998 dans ce pays leur quartier général et donc la centrale de commandement pour les guerres du Proche-Orient, le Qatar commença à s’activer sur la scène politique mondiale.

Pour les Etats-Unis, les immenses gisements de gaz naturel qataris semblaient être une excellente occasion d’évincer la Russie du marché pétrolier vers l’Europe, car elle y était reliée uniquement par l’oléoduc « North Stream » aboutissant en Allemagne. Malgré sa situation géopolitique favorable – et de bons contacts avec l’Arabie saoudite, la Jordanie, ses alliés anglo-américains et, incompréhensible pour beaucoup, avec Israël – il resta pour le Qatar un sérieux problème. Suite à sa position géographique dans le golfe Persique, il lui fallait fluidifier le gaz naturel dans ses propres installations, l’embarquer sur des cargos pour l’offrir sur le marché mondial après un acheminement lent et coûteux. L’alternative était la construction d’un gazoduc traversant l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie aboutissant dans le port méditerranéen de Ceyhan. Cependant, pour lancer ce projet, il fallait obtenir le consentement du gouvernement syrien de Bashar al-Assad.

Par solidarité envers la Russie, celui-ci s’y refusa, ce qui était en son droit en tant que président d’Etat démocratiquement élu et en concordance avec le droit et la justice internationale. En outre, on a appris qu’Assad voulait permettre à la Russie de construire un pipe-line traversant l’Iran et le territoire syrien en direction de la Turquie. Ainsi, il contrecarrait le plan soigneusement développé avec les Etats-Unis de remilitariser le Qatar et d’approvisionner en contrepartie le marché avec du gaz naturel bon marché.

 

Aussitôt que le plan d’un gazoduc syrien-russe-iranien fut connu, des minorités sunnites de la petite ville de Daara au sud de la Syrie furent instrumentalisées par la Jordanie, l’Arabie saoudite et la Turquie, avec de l’aide logistique des Américains, pour créer une guerre civile (contraire au droit international), dans le cadre du dit « printemps arabe ».Comme en Tunisie, en Lybie et en Egypte, ces activités déguisées, bien orchestrées et médiatisées pour influencer l’opinion publique, s’étendirent rapidement dans la région. Ce conflit avec toutes ses implications a créé d’énormes risques telles une confrontation à haut risque entre l’Europe de l’Ouest et la Russie et une immense détresse humaine au sein des populations et des réfugiés concernés.

POURQUOI LA GUERRE EN SYRIE ?

La guerre en Syrie est en réalité une guerre par procuration entre les Etats-Unis et la Russie. La ligne de front en Ukraine connaît ainsi sa prolongation jusqu’au Golfe Persique. La question kurde, représente maintenant déjà une source de conflits pour les prochaines guerres. Si la création d’un Etat du Kurdistan devenait réalité, les Etats-Unis pourraient de là contrôler la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Israël a un intérêt crucial au renversement de Bashar al-Assad, car ce pays a découvert des gisements de gaz naturel dans la Méditerranée orientale et a donc besoin d’un gazoduc traversant la Syrie (plateau du Golan). Il se trouve donc devant un problème similaire au Qatar. L’Arabie saoudite veut construire un port d’embarquement dans la petite ville portuaire d’Al Mallaka au Yémen et tente donc de se frayer un chemin en bombardant le pays. On comprend dès lors la pertinence du livre de Fritz Edlinger «La Syrie : Entre guerre civile et guerre mondiale », dont ce post est un résumé.

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