INTRODUCTION

Hervé RYSSEN, auteur du livre « La Guerre eschatologique » est un antisémite notoire. Ce n’est pas moi qui le dit, mais lui-même. Je ne le suivrai pas sur ce chemin. La raison de son antisémitisme tient à deux choses qu’il explique dans le livre dont je vais parler dans cet article. La première est qu’Hervé Ryssen ne croit absolument pas au fait qu’une entité transcendante gouverne l’histoire de l’humanité. « La vérité, dit-il, (en fait la vérité à laquelle M Ryssen adhère) est qu’il n’y a pas de « cycle » qui tienne devant la volonté des hommes et leur détermination à écrire leur histoire et à forger leur destin. Notre succès ne dépend que de nous, de la flamme que chacun entretient en lui-même, de la foi que nous portons en notre victoire et de l’énergie que nous mettons à œuvrer pour la défaite de nos ennemis. » Autrement dit, l’homme a le pouvoir de forger sa destinée et se référer à une entité qui le dépasse ne peut que l’aliéner. La seconde cause de l’antisémitisme notoire de M. Ryssen est que, de toutes, l’eschatologie juive est la plus totalitaire. Lisant son livre, je comprends l’aversion qu’il éprouve à son sujet. Elle n’est malheureusement que la conséquence d’un malentendu. Car ce que prête Hervé Ryssen aux Juifs n’est que le résultat d’une élection divine qu’il nie. Et cette élection n’a pas en vue la suprématie des Juifs sur le monde, mais celle du Christ issu d’Israël en vue du bonheur de toutes les nations. Oter de la vision eschatologique juive Celui qui en est la pierre d’angle, c’est bâtir un édifice qui ne peut que passer, à juste titre, aux yeux du profane que pour le sommet de la prétention nationaliste.

Ces choses dites, je ne peux que souligner la valeur du livre écrit par M RYSSEN sur le thème qui en est le titre. Avec lui, j’affirme qu’il nous est impossible d’avoir une juste vision de notre monde si l’on met de côté les perspectives eschatologiques qui sous-tendent la foi qui habite les trois grandes composantes du monothéisme : le judaïsme, l’islam et le christianisme. Il s’avère en effet, en étudiant de près leur nature, que celles-ci sont l’une des causes majeures du conflit qui les oppose. Mises à part les conclusions personnelles de l’auteur auxquelles je n’adhère pas, l’étude d’Hervé RYSSEN m’a paru fondée et objective. Je vais ici tenter de les résumer aussi brièvement que possible.

L’ESCHATOLOGIE JUIVE

Hervé Ryssen commence son ouvrage en soulignant le caractère national du judaïsme par rapport à l’islam et le christianisme. Les Juifs, contrairement aux chrétiens et aux musulmans, ne cherchent pas à convertir le reste de l’humanité à leur foi. La foi qui les habite est celle de la venue du Messie juif qui, en établissant sa domination sur le monde, mettra fin aux souffrances du peuple juif et consacrera le triomphe d’Israël ainsi que de la paix éternelle qui l’accompagnera.

Citant le Talmud et de nombreux auteurs juifs, Ryssen souligne que les temps messianiques seront précédés de nombreux cataclysmes. Le jour du Seigneur est d’abord un jour de calamités pour le monde : guerres mondiales, révolutions, épidémies, famines, catastrophes économiques, mais aussi apostasies, profanations du nom de Dieu et rejet de tout ordre moral allant jusqu’au renversement des lois de la nature. « Cette période, dit-il, est regardée dans le judaïsme comme celles des souffrances de l’enfantement du Messie. » Pour les Israélites pieux, cette période finale ne sera pas heureuse : A l’approche des temps messianiques, les disciples des Sages ne seront plus qu’une minorité (Rabbi Yohanan). »

Tout au long de l’histoire, cette attente du règne du Messie a porté la foi des Juifs. On peut y trouver, dit Ryssen, les sources religieuses du marxisme « qui ne fut, en somme, que la sécularisation du messianisme juif. Les espérances soulevées par cette doctrine s’apparentaient à l’attente messianique, à la foi dans un monde enfin unifié, sans frontières, où devait régner une paix absolue et définitive. » Avant cela, ce sont les espérances ouvertes par la Révolution Française qui ont porté l’attente des Juifs. Il fallait tirer un trait sur le vieil ordre européen et détruire définitivement les vieilles monarchies, obstacle à la venue du règne messianique.

L’idée du règne messianique qui verra Israël être à la tête des nations est une idée que partage la plupart des écrivains juifs qui parlent du sujet. Nahum Goldmann, fondateur du Congrès juif mondial, a écrit à ce propos en 1976, dans le Paradoxe juif : « L’idée grandiose, presque inconcevable, d’un seul Dieu pour l’humanité tout entière, est la création géniale du judaïsme. Aucun autre peuple n’avait eu le courage et la hardiesse d’esprit de concevoir cette notion révolutionnaire. Les penseurs d’aucune autre religion n’ont proclamé avec une telle passion l’égalité de toutes les races et de toutes les couches sociales, du maître et de l’esclave du riche et du pauvre. » La conséquence de cette conception du futur fut que Goldmann fut un militant de la disparition des Etats-nations.

La validation de cette vision ne tient pas à l’imagination de leurs auteurs. Elle s’appuie sur les nombreuses prophéties des prophéties juifs, tels Daniel, Zacharie ou Ezéchiel qui, tous, annoncent l’avènement d’un empire qui écrasera tous les autres et remplira la terre. A cette époque, toutes les nations seront alors soumises à Israël. «La paix nous attend sur les cimes, dit Albert Caraco, auteur de l’Apologie d’Israël, en la royale solitude où nous demeurons face à Dieu, les nations gisant dans la poussière. » « Les nations qui résistent à Dieu ou à son Messie seront brisées, taillées en pièces. Les rois qui attaquent Sion seront pris de panique et mis en déroute, surenchérit André Chouraqui. »

Cette certitude que l’avenir du monde appartient au peuple juif est, selon Hervé Ryssen, la cause qui motive de manière sous-jacente nombre d’intellectuels, de cinéastes ou d’hommes politiques aujourd’hui. Leur mission est de travailler inlassablement à instaurer la Paix dans le monde, condition indispensable à la venue du Messie. Voilà pourquoi, dit Ryssen, les Juifs sont aujourd’hui les plus ardents propagandistes du mondialisme et de la société multiculturelle. La disparition des nations et l’unification du monde font partie du même programme égalitaire qui avait autrefois inspiré les doctrines marxistes, remplacé désormais par le modèle libéral qui réussit mieux. Il faut donc tout mettre en œuvre, ajoute-t-il, pour instaurer des régimes démocratiques, partout dans le monde, et imposer aux peuples le modèle de la société marchande, ouverte et multiculturelle, qui permet de dissoudre les identités, les religions et les sentiments d’appartenance. Le judaïsme est une puissance dissolvante.

Dans le n° d’avril 2003 d’Israël Magazine, le docteur Itzhak Attia, directeur à l’Ecole Internationale de l’Institut Yas Vashem, disait : « Même si notre raison nous crie de toutes ses forces l’absurdité de ce face à face entre un tout petit peuple aussi insignifiant que le peuple d’Israël et le reste de l’humanité… aussi absurde, aussi incohérent, aussi monstrueux que cela puisse paraître, nous sommes bien engagés dans un combat intime entre Israël et les Nations qui ne peut être que génocidaire et total, parce qu’il en va de nos identité respectives. »

Suite au prochain billet…

 

 

Publicités