1. INTRODUCTION: Néhémie 4,9 à 17

 

Face à la menace avortée d’une attaque de la part des ennemis d’Israël, Néhémie met en place autour de la muraille un plan Vigipirate. Désormais, plus personne ne doit travailler de manière isolée et vulnérable. Tous doivent, en cas d’attaque, être en mesure de se défendre immédiatement. Sans doute les nouvelles mesures prises par Néhémie handicapaient-elles les travailleurs. Il ne devait être commode, en effet, pour personne de travailler avec à la main droite une truelle et dans la main gauche une épée. Mais, estime Néhémie, c’était le prix à payer, non seulement pour se protéger soi-même, mais aussi pour dissuader les ennemis d’oser encore attaquer les travailleurs.

 

Plus encore que les nouvelles mesures que Néhémie avait prises pour armer les travailleurs, la nouvelle situation exigeait que chacun soit présent 24 H/24 sur son lieu de travail. On imagine les revendications qui auraient été celles des travailleurs d’aujourd’hui face à une telle exigence. Mais Néhémie est formel : pour que le travail avance au plus vite, il faut que chaque homme de la maison d’Israël reste à Jérusalem pour la nuit. Pas question donc de rentrer chez soi et passer une soirée tranquille avec femme et enfants. De plus, des tours de garde sont organisés. Chacun qui est dans la ville devra donc veiller à la sécurité de ses frères pendant que les autres dorment. Pour ce qui est enfin de la propreté, ce n’est manifestement pas le premier souci de Néhémie. Ni lui, dit-il, ni ses frères, ni ses serviteurs, ni les hommes de garde qui le suivaient ne quittaient leurs vêtements. Néhémie n’était pas à Jérusalem pour une mission de confort. Aussi considérait-il que les habitudes qu’il avait dans la vie normale ne comptaient pas ici. Les poursuivre comme si de rien n’était représentait pour Néhémie un luxe qu’il ne pouvait pas se payer.

 

Qu’apprendre pour nous du texte qui nous est donné ici dans le livre de Néhémie ? Y a-t-il des parallèles que nous pouvons tirer entre la situation dans laquelle se trouve le gouverneur et ses hommes et la nôtre sur le plan spirituel ? C’est ce que nous allons essayer de voir !

 

  1. APPLICATIONS:

 

  1. Etat de menace permanente

 

Le premier parallèle que nous pouvons tirer entre la situation dans laquelle se trouvent Néhémie et ses hommes et la nôtre est l’idée que, tout comme eux, le contexte dans lequel nous vivons notre vie chrétienne est un contexte de menace permanente. Sans doute ne nous en rendons-nous compte pas assez, mais la Bible tient régulièrement à nous en rendre conscients. Nous ne sommes pas seuls dans ce monde :

 

Soyez sobres, veillez, nous dit l’apôtre Pierre. Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera : 1 Pierre 5,8.

 

De même, alors que Jésus venait d’être tenté au désert et qu’Il avait triomphé de la triple attaque de l’ennemi, l’Ecriture n’estime pas que, pour autant, Il soit tiré d’affaire. A la fin de la tentation, elle précise une chose :

 

Après l’avoir tenté de toutes ces manières, le diable s’éloigna de lui jusqu’à un moment favorable : Luc 4,13.

 

Il arrive souvent que, pour décrire la situation dans laquelle nous nous trouvons dans ce monde, les prédicateurs chrétiens emploient le terme de guerre spirituelle. A vrai dire ce terme n’est peut-être pas le mieux approprié. La Bible nous atteste clairement que la guerre entre le diable et Dieu a déjà été jouée. La bataille décisive, livrée à la croix, a été gagnée par Jésus, le Fils de Dieu. Désormais, le diable est vaincu, dépouillé de ses armes. Paul le dit, clairement dans son épître aux Colossiens :

 

Le Christ a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix : Colossiens 2,15.

 

Parce que, il y a près de 2 000 ans le Christ a remporté la victoire sur toutes les puissances mauvaises qui nous entourent, nous ne sommes plus dans une situation de guerre. La situation de guerre supposerait que l’issue du combat ne nous est pas encore connue, alors qu’ici elle l’est pour nous. Nous ne sommes plus avec l’ennemi de nos âmes dans une situation de guerre, mais de guérilla.

 

Le terme de guérilla, qui signifie petite guerre, nous vient de l’Espagne. Son utilisation, nous dit le dictionnaire, remonte au XIXème siècle, au temps de Napoléon Bonaparte. Le terme est employé pour désigner la tactique de résistance qu’opposèrent les Espagnols pour lutter contre le régime imposé par l’Empereur.

 

Russian special forces

La guérilla n’est pas un affrontement direct d’armée contre armée. Elle est plutôt, dit le dictionnaire, le fait de petits groupes menant une guerre permanente de harcèlement, de coups de main, d’embuscades, de sabotages contre une armée régulière. Le combat par la guérilla se caractérise de quatre manières, que l’on retrouve aujourd’hui dans la stratégie utilisée par les terroristes, à la différence près que, alors que les terroristes s’attaquent à la population civile, les guérilleros espagnols ne s’attaquaient qu’aux forces armées :

 

  • Disproportion des forces en présence : le nombre, les armes des guérilleros n’ont rien à voir avec ceux de l’armée qu’ils combattent.
  • Effet de surprise des attaques menées : c’est toujours quand l’armée s’y attend le moins que les guérilleros choisissent de l’attaquer.
  • Terrain d’action : il est étendu et difficile d’accès : c’est dans les lieux, les situations les moins commodes que les attaques sont les plus efficaces.
  • Mobilité, flexibilité, capacité de dispersion et de repli : pour que l’attaque fasse le moins de victimes chez les guérilleros, elle doit être brève et hyper organisée. A peine a-t-elle débutée que, déjà, elle est finie ne laissant derrière elle que des victimes du côté de l’ennemi.

 

Comme il en était pour Néhémie, il en est de même pour nous. La stratégie qu’utilise l’ennemi contre nous n’est pas celle d’une guerre avec des lignes de front bien connues et visibles. Elle est plutôt celle d’une petite guerre, d’une guérilla, une guerre faite d’attaques surprises, une guerre de harcèlement continuel, une guerre menée contre nous alors que nous nous trouvons peut-être dans une situation difficile (comme c’était le cas pour Jésus après 40 jours de jeûne), une guerre éclair dont le but est de nous faire mal vite et bien.

 

Comme il en est aujourd’hui en France avec l’état d’urgence, il nous faut comprendre que, face à notre ennemi, nous nous trouvons dans un état de menace permanente. La guérilla que mène l’ennemi contre nous peut se déclencher à tout moment et n’importe où :

 

  • Cela peut commencer par nos pensées par une tentation ou une suggestion faite à notre esprit :

 

Or, une pensée leur vint à l’esprit, savoir lequel d’entre eux était le plus grand : Luc 9,46

 

  • Cela peut se faire par la pression d’un proche que l’on aime qui veut nous détourner de la voie d’obéissance à laquelle Dieu nous appelle :

 

Pierre, l’ayant pris à part, se mit à le reprendre, et dit: A Dieu ne plaise, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. Mais Jésus, se retournant, dit à Pierre : Arrière de moi, Satan ! tu m’es en scandale ; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes : Matthieu 16,22-23.

 

  • Cela peut se faire par la pression d’incroyants nous invitant à les suivre, les imiter et à entrer avec eux dans le moule de leurs mauvaises actions :

 

Mon fils, si des pécheurs veulent te séduire, Ne te laisse pas gagner.  S’ils disent : Viens avec nous ! Dressons des embûches, versons du sang, Tendons des pièges à celui qui se repose en vain sur son innocence, Engloutissons-les tout vifs, comme le séjour des morts, Et tout entiers, comme ceux qui descendent dans la fosse ;  Nous trouverons toute sorte de biens précieux, nous remplirons de butin nos maisons ; Tu auras ta part avec nous, il n’y aura qu’une bourse pour nous tous !  Mon fils, ne te mets pas en chemin avec eux, Détourne ton pied de leur sentier ; Car leurs pieds courent au mal, et ils ont hâte de répandre le sang : Proverbes 1,10 à 16.

 

  • Cela se fait certainement enfin au moment où nous nous y attendons le moins, alors qu’on pense à tout sauf à être sur ses gardes, comme ce sera le cas pour le roi David qui flânait sur le toit de son palais alors que ses soldats étaient tous engagés sur le front

 

Mieux que nous ne nous connaissions nous-mêmes, dit Thomas Watson, Satan prend note du tempérament et de la personnalité de chacun. Aussi, ne tente-t-il jamais quelqu’un à l’encontre des penchants naturels de son caractère. Le vent de la tentation souffle dans le même sens que le courant naturel du cœur. Satan tente l’homme ambitieux par une couronne, et l’homme sensuel par la beauté, et non l’inverse… Satan guette sa proie pour trouver le moment le plus opportun pour tenter, comme le pécheur rusé jette sa ligne au moment où les poissons sont le plus disposé à mordre.

 

Comme Néhémie le vit à Jérusalem, soyons conscient que notre vie se déroule dans un climat de menace permanente. Nous avons un adversaire vaincu, mais qui n’est pas encore totalement hors d’état de nuire. Face à la menace permanente qu’il représente pour nous, le texte de Néhémie nous montre que nous n’avons pour nous qu’une seule arme : celle de la vigilance permanente. Que signifie-t-elle pour nous, et comment réellement la vivre ? C’est ce que nous allons voir maintenant !

 

  1. Etat de vigilance permanente

 

Si, comme nous l’avons vu au début du chapitre 4 du livre de Néhémie, la prière est la première arme que nous devons utiliser lorsque nous sommes l’objet d’une attaque de l’ennemi, elle n’est pas la seule. Avant comme après l’attaque, il nous faut apprendre, non seulement à prier, mais encore à veiller.

 

Veiller est toujours, avec prier, le double ordre que Jésus a donné à Ses disciples pour faire face à la tentation :

 

Et il vint vers les disciples, qu’il trouva endormis, et il dit à Pierre : Vous n’avez donc pu veiller une heure avec moi ! Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation ; l’esprit est bien disposé, mais la chair est faible : Matthieu 26,40-41.

A l’écoute de ce que dit Jésus, que signifie veiller ? Veiller, c’est travailler avec Dieu dans la prière à ce que les bonnes dispositions de notre esprit ne fléchissent pas pour laisser finalement la place à la volonté et aux désirs de la chair. A chaque fois que nous sommes tentés par quelque chose qui fait appel à des instincts mauvais en nous, nous devons nous souvenir d’une chose : c’est toujours la première pensée de résistance qui nous vient à l’esprit qui est la bonne. En même temps, il nous faut nous souvenir que notre force propre ne suffit pas pour que cette pensée de résistance garde sa supériorité sur nous. Cette pensée doit être soutenue par la force du Seigneur Lui-même, d’où la nécessité de prier.

Que signifie veiller ? C’est en quelque sorte comme le dit Paul dans l’une de ses épîtres, prier sans cesse : 1 Thessaloniciens 5,17. C’est de manière permanente veiller à garder le contact avec Dieu et ne rien laisser qui, venant de l’extérieur ou de nous-mêmes, nous couper de Lui. Veiller, c’est aussi en quelque sorte demeurer en Christ, le seul ordre vraiment important que Jésus ait donné à Ses disciples en ce qui concerne la communion qu’Il voulait avoir avec eux :

« Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi. Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire… Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé : Jean 15,4-5.7.

Veiller, c’est aussi travailler, comme les hommes de Néhémie, à ne jamais quitter ses armes et, en particulier, l’épée dont nous sommes ceints pour nous défendre. Cette épée est, comme Jésus en a fait la démonstration au jour où il fut tenté, est la Parole de Dieu appelée par Paul l’épée de l’Esprit : Ephésiens 6,17.

Que signifie pour nous le fait, quoi que nous fassions, de ne jamais quitter l’épée que Dieu nous a donnés pour faire face aux attaques de notre ennemi ? Cela veut-il dire que, partout où nous allons, nous ayons toujours à notre portée une Bible ?

Je ne le crois pas vu qu’une telle exigence aurait été difficile à tenir pour les chrétiens du passé, y compris les propres disciples de Jésus. Avoir toujours avec soi et sur soi l’épée de l’Esprit qu’est la Parole de Dieu, c’est bien plutôt faire dans notre vie quotidienne ce que Paul recommande aux chrétien de la ville de Colosses : c’est laisser la Parole de Dieu habiter en soi et s’entretenir constamment à l’intérieur de soi de ce qu’elle dit :

Que la parole de Christ habite parmi vous abondamment ; instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres en toute sagesse, par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels, chantant à Dieu dans vos cœurs sous l’inspiration de la grâce : Colossiens 3,16.

Avoir la Parole de Dieu constamment avec soi, c’est non seulement la lire régulièrement, mais c’est aussi la méditer, la ruminer de manière à ce que, quoi que ce soit qui survienne, nous n’ayons pas à chercher longtemps avant de savoir ce qu’il nous faut faire, mais qu’immédiatement, sous l’inspiration de l’Esprit, le conseil dont nous avons besoin nous soit donné à l’instant même.

Quoi qu’il soit le Fils de Dieu en personne, souvenons-nous que c’est par l’épée de l’Esprit, la Parole de Dieu seule, qu’Il réussira lors de la tentation à mettre en fuite l’adversaire.

 

Jésus dit une première fois : Il est écrit, et le diable s’arrête !

Jésus dit une seconde fois : Il est écrit,  et le diable recule !

Jésus dit une 3ème fois : Il est écrit, et le diable s’enfuit !

 

Si donc il a fallu pour Jésus l’utilisation de cette arme, à combien plus forte raison, nous qui ne sommes pas de Sa trempe, en avons-nous besoin !

 

Veiller, c’est aussi, comme nous le montre la façon avec laquelle Néhémie a organisé la défense de leur travail, quelque chose qui doit se faire collectivement :

« L’ouvrage est considérable et étendu, et nous sommes dispersés sur la muraille, éloignés les uns des autres.  Au son de la trompette, rassemblez-vous auprès de nous, vers le lieu d’où vous l’entendrez ; notre Dieu combattra pour nous : Néhémie 4,13-14 (ou 19-20). »

Il n’est jamais agréable pour personne d’être exhorté ou repris par un frère ou une sœur. Mais croyons qu’il y a ici une vraie source de salut et de protection voulue par Dieu pour notre âme. L’Ecriture nous dit et nous redit à bien des endroits et de bien des manières que nous avons, en tant que membres d’une même communauté, un devoir de veille les uns sur les autres :

C’est pourquoi exhortez-vous réciproquement, et édifiez-vous les uns les autres, comme en réalité vous le faites : 1 Thessaloniciens 5,11

Mais exhortez-vous les uns les autres chaque jour, aussi longtemps qu’on peut dire : Aujourd’hui ! afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché : Hébreux 3:13.

Néhémie l’avait bien compris : plus les rangs des Israélites qui travaillaient ensemble sur la muraille étaient serrés, moins leurs adversaires n’avaient de chance de leur causer de graves préjudices. Il en est ainsi aussi de l’Eglise : plus les relations entre ceux qui la composent sont fortes et étroites, plus il sera difficile pour l’ennemi de les diviser ou de les amener à échouer dans leurs projets. Plus par contre, il y a de distance, de séparation, d’isolement entre les chrétiens, plus il lui sera aisé de les faire capoter dans leurs projets.

  1. CONCLUSION:

 

Que retenir du passage du livre de Néhémie que nous avons lu ce matin ? Essentiellement deux choses :

 

  • La 1ère est que nous devons être conscients que nous vivons, sur le plan spirituel, dans un état de menace permanent. L’ennemi est vaincu, mais toujours pas hors d’état de nuire. Im mène contre l’Eglise une guérilla qui ne cessera qu’au retour du Seigneur.
  • Que face à l’état de menace permanente dans lequel nous sommes, une seule attitude convient : un état de veille permanente. Cette veille s’entretient pour nous de trois manières : par la prière, par le fait de laisser la Parole de Dieu habiter en nous et par la construction de liens forts et étroits dans la communauté.

 

La guérilla que mène l’ennemi contre le peuple de Dieu a du bon. Elle nous oblige à nous tenir éveillé. Le plus grand danger qui guette le chrétien n’est pas l’ennemi, mais l’assoupissement (comme les disciples dans le jardin de Gethsémané). L’ennemi et sa stratégie de harcèlement continuel est le moyen que Dieu utilise pour garder Son peuple dans l’unité et la vigilance. Plus les chrétiens se sentent den danger, plus ils se serrent les coudes et s’attachent à Dieu.

 

Que Dieu nous donne en Lui et par Lui, ensemble, d’être vainqueurs !

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