CONTRADICTION ?

Une question récurrente revient souvent dans le discours de ceux qui contestent le caractère bienveillant du Dieu de la Bible, en particulier tel qu’il se révèle dans l’Ancien Testament : comment ce Dieu, qui prétend faire d’Israël un outil par lequel il bénit les nations, peut-il utiliser le même Israël pour détruire les Cananéens pour lui donner leur pays ? Dieu a-t-il deux poids, deux mesures envers les nations ? Ainsi, favorise-t-il Israël aux dépens d’autres peuples ? Croire cela, c’est, pour le moins, faire une lecture très partiale de l’Ancien Testament.

LE REGARD DU NOUVEAU TESTAMENT

Si l’on ne voit pas, immédiatement après qu’il ait été fait, que le choix de Dieu de faire d’Israël son peuple ait pour aboutissement la bénédiction des nations, cela ne signifie pas que cela ne soit pas le cas ultimement. Le Nouveau Testament nous révèle de quelle manière cette promesse s’accomplit. Car, malgré le fait qu’une partie d’Israël n’ait pas reconnu en Jésus, le Christ-Sauveur de tous les hommes, c’est bien du canal national d’Israël que celui-ci est venu. C’est en lui, montre Paul, que la bénédiction d’Abraham, d’abord faite à ses descendants physiques, s’étend à tous ceux qui, parmi les peuples, manifestent la même foi que lui. Il y aura donc bien auprès de Dieu et pour l’éternité, un peuple composé d’hommes et de femmes sortis de toutes les nations et qui auront été bénis au travers de l’élection d’’Israël.

JUGEMENT HISTORIQUE

La promesse de Dieu de bénir toutes les nations à travers Israël n’a jamais été de sa part une promesse d’être « gentil » à l’égard de celle-ci quel que soit leur comportement. Avant que la promesse ne se réalise, Dieu se réserve le droit, ici et là, de juger tel ou tel peuple à cause de son comportement qui dépasse les bornes. Il y ainsi pour tout peuple un temps où il subsiste à cause de la patience de Dieu et un temps où cette patience est, en quelque sorte, usée. C’est ce que Dieu dit d’avance au sujet des Cananéens, 400 ans avant que le jugement de Dieu ne fonde sur eux par Israël :

« L’Eternel dit à Abram : Sache que tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera point à eux ; ils y seront asservis, et on les opprimera pendant quatre cents ans. Mais je jugerai la nation à laquelle ils seront asservis, et ils sortiront ensuite avec de grandes richesses. Toi, tu iras en paix vers tes pères, tu seras enterré après une heureuse vieillesse. A la quatrième génération, ils reviendront ici ; car l’iniquité des Amoréens n’est pas encore à son comble : Genèse 15,13 à 16. »

De même, quand Dieu envoie ses anges vers Sodome, il s’agit clairement de jauger si la coupe des péchés de la ville est pleine :

« Le cri contre Sodome et Gomorrhe s’est accru, et leur péché est énorme. C’est pourquoi je vais descendre, et je verrai s’ils ont agi entièrement selon le bruit venu jusqu’à moi ; et si cela n’est pas, je le saurai : Genèse 18,20-21. »

Il n’y a pas d’incompatibilité absolue et fondamentale entre la volonté de Dieu de bénir in fine toutes les nations par Israël et de juger sur le plan historique les Cananéens au bout de 400 ans d’une lente dégradation morale. Il faut, pour que nous nous rendions compte de la réalité, saisir à quels extrêmes s’étaient rendus cette société pour que Dieu en vienne à cet arrêté. Dans le chapitre 18 du Lévitique, Dieu avertit Israël ne pas imiter les pratiques des nations qu’il va chasser devant eux : homosexualité, inceste, zoophilie (rapports sexuels avec des bêtes), sacrifices d’enfants à des idoles…

« Ne vous souillez par aucune de ces choses, car c’est par toutes ces choses que se sont souillées les nations que je vais chasser devant vous. Le pays en a été souillé ; je punirai son iniquité, et le pays vomira ses habitants : Lévitique 18,24 et 25. »

Le jugement qui atteint les Cananéens, et que Dieu leur infligera par la conquête d’Israël, n’est pas arbitraire. Il est au contraire largement motivé par le caractère déviant des pratiques contre nature auxquelles les habitants se livraient en masse et les souffrances des victimes innocentes de leurs crimes. La compassion de Dieu envers tous les hommes qui est à l’origine de son offre de grâce et de salut ne se fait pas aux dépens de sa justice dont il a le droit légitime d’exercice.

UN DIEU JUSTE ET EQUITABLE

Tout au long de l’Ecriture, Dieu se révèle comme un Dieu juste et équitable. Si Israël a été l’objet de nombre de promesses de bénédictions, il faut aussi noter qu’il a été, plus que tout autre peuple, aussi l’objet de nombre de menaces, s’il ne se montrait pas à la hauteur des privilèges reçus. Or, l’Ancien Testament est là pour témoigner que Dieu a largement tenu parole en ce qui touche à l’un ou l’autre côté de ses engagements envers Israël. Dieu n’a cessé de le dire à Israël : si Israël se comporte comme les Cananéens, il sera traité comme tel. D’autres peuples viendront, envahiront son pays, le déposséderont de ses terres et seul un reste subsistera. C’est ce qui se produisit pour lui :

« Je vous ai choisis, vous seuls parmi toutes les familles de la terre, dit le prophète Amos. C’est pourquoi je vous châtierai pour toutes vos iniquités : Amos 3,2. »

Le privilège de l’élection inclut aussi une responsabilité plus grande envers Dieu, que souligne autant l’Ancien que le Nouveau Testament pour le peuple de Dieu.

L’IMPARTIALITE DE DIEU

L’impartialité des jugements de Dieu a toujours posé problème aux êtres humains. Voici comment y répond Christopher Wright dans son livre sur l’Ethique de l’Ancien Testament, un livre de référence sur toutes ces questions :

« Dieu était-il équitable en jugeant ainsi les Cananéens ? D’une part, la liste de leurs fautes n’était pas pire que celle de nombreuses autres sociétés, antiques et modernes, sur lesquelles Dieu n’a pas fait pleuvoir le feu et le souffre de Sodome et Gomorrhe, et auxquelles il n’a pas infligé des invasions armées comme expression de son jugement. Pourquoi eux et pas les autres ? D’autres part, était-il juste d’infliger la conquête israélite à cette génération précise de Cananéens, alors qu’on peut supposer que la précédente n’était pas plus juste et ne méritait pas moins de châtiment.

Ce sont des questions délicates, mais elles renvoient toutes au problème de l’existence de l’équité, dans l’histoire humaine, dans un monde déchu… On peut estimer tout aussi injuste que la génération israélite de l’exil ait été ainsi punie, alors que les générations précédentes de Juda étaient tout aussi mauvaises… Mais dans sa manifestation historique, le jugement de Dieu s’abat forcément à un moment ou un autre. Certains seront là à ce moment, d’autres non.  Si ça ne paraît pas juste, cela semble pourtant inévitable, sauf si Dieu suspendait toute manifestation de sa  justice dans l’histoire. C’est une des raisons pour lesquelles la Bible annonce de plus en plus souvent le règlement de compte final, où Dieu rétablira la droiture ultime, de sorte que la justice l’emporte et règne dans la création entière…

Si je suis puni pour ce que j’ai manifestement fait de mal, c’est intrinsèquement juste. En ce qui concerne, je ne peux me plaindre d’injustice. Cependant, si d’autres ne sont pas punis pour la même chose, je ressens un sentiment d’injustice, d’un point de vue extrinsèque. Ma punition est juste. Leur impunité est injuste. La Bible affirme sans ambiguïté que la punition des Cananéens, à l’époque de la conquête, était intrinsèquement juste et équitable. Dieu avait agi sur des bases morales impartiales. Mais la Bible n’aborde pas la question de l’apparente injustice du fait que d’autres nations n’ont pas été punies de la même manière. Ce qu’elle fait, cependant, c’est d’affirmer qu’en fin de compte, Dieu demeure le juge ultime de toute l’humanité – nations et individus.

Il vaut peut-être la peine de noter le fait étrange qu’on ne se pose habituellement pas la question de la justice ou de l’impartialité des bénédictions de Dieu, alors même qu’elles paraissent réparties de manière tout aussi aléatoire et inéquitable que ses jugements (dans la vie présente). Nous n’avons pas tendance à dire « c’est injuste », lorsque nous jouissons des dons et des bénédictions de Dieu que d’autres n’ont pas…

Comme les histoires de Sodome et Gomorrhe et du déluge, l’histoire de la conquête de Canaan joue le rôle biblique de récit « archétypal ». La Bible l’affirme, au cours du jugement dernier, les méchants devront faire face à la terrible réalité de la colère de Dieu qui se manifestera par l’exclusion, la punition et la destruction. La justice éthique de Dieu sera finalement rétablie. Mais en certains moments de l’histoire, comme lors de la conquête, Dieu démontre la puissance de son jugement… et avertit par les peuples qu’il a jugé les autres qui prennent la même voie.

CONCLUSION

Le jour vient où Dieu jugera justement, selon ce qu’elle mérite, notre nation, la France. Il le fera en toute connaissance de cause des lumières et des bénédictions qu’elle a reçues et de sa réponse à celles-ci. Dieu offre encore à chacun aujourd’hui, par le Christ la grâce de faire partie de son peuple racheté. C’est aujourd’hui le jour du salut, pas demain qui sera celui du jugement.

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