LE BUT DU TRANSHUMANISME

Le transhumanisme est-il une nouvelle religion ? Pour rappel, le transhumanisme est un courant intellectuel qui cherche à utiliser les technologies actuelles et futures dans le but d’améliorer certains aspects de l’être humain, tels que la mort et le vieillissement. Si le projet est un succès, l’être humain pourrait se transformer en une nouvelle espèce : le post-humain, « un descendant d’Homos sapiens, dont les capacités auront tellement dépassé celles de l’Homme qu’il ne fera plus partie de la même espèce » (Le Temps, 15.11.12). Cependant, les analyses journalistiques omettent de discuter un aspect essentiel de cette idéologie : le religieux. Souvent ignoré dans ce débat d’idées, l’aspect religieux de ce mouvement est frappant, de par ses origines, ses idéologies et ses promesses.

DU CHRISTIANISME SANS CHRIST

Né de la raison, de la science et de la technologie, le transhumanisme peut, à première vue, paraître un mouvement athée. Cependant, au-delà des apparences, on y trouve une idéologie fortement inspirée du Christianisme. Le théologien Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), par exemple, fut l’un des premiers à considérer sérieusement le futur de l’évolution humaine. Ses recherches discutent du génie génétique, de l’émergence d’un réseau mondial de communication (qui pour certains est considéré comme précurseur d’Internet), et de l’accélération du progrès technologique vers une intelligence supérieure à l’intelligence humaine. Ces thèmes sont aujourd’hui tous repris par les transhumanistes d’une manière ou d’une autre.

Idéologiquement, le transhumanisme peut être interprété comme un mélange de Christianisme et de diverses hérésies chrétiennes, avec comme thèmes récurrents : la chute et le salut de l’Homme. Bien que la doctrine de la chute ne soit pas présente explicitement dans le transhumanisme, elle y est implicitement. Cette idéologie offre, en effet, une réponse salvatrice à l’Homme, qui, comme dans le Christianisme, est loin de l’idéal qu’il pourrait être. C’est pourquoi elle y voue une certaine obsession à vouloir le transformer en Surhomme. Cette transformation peut se faire de trois façons : l’Homme peut devenir immortel biologiquement, bioniquement, ou virtuellement. Ici, comme dans le Christianisme, l’ennemi final se veut la mort elle-même.

Cependant, pour le transhumanisme, l’immortalité s’acquiert à travers une transformation technologique, alors que pour le Christianisme, elle découle de la résurrection de la chair à travers le Christ. De plus, le salut envisagé par le transhumanisme contient certains aspects ayant déjà été considérés comme hérétiques par les Chrétiens. Le gnosticisme, par exemple, éprouve un dédain pour le corps et la matière, ce qui est contraire à l’orthodoxie chrétienne. Pour le Christianisme, la matière et le corps humain ne sont pas mauvais en soi, sans quoi la résurrection de la chair n’aurait plus de sens. C’est pourquoi, d’un point de vue chrétien, les promesses d’immortalité biologique, virtuelle, ou bionique sont irrecevables.

En outre, dans le transhumanisme, l’idée que l’Homme ait besoin d’être sauvé, est bien présente. Cependant, la grâce divine a été remplacée par le savoir humain. Ici, certains y verront une renaissance du pélagianisme, hérésie chrétienne combattue par Saint Augustin. Le pélagianisme enseigne que l’Homme peut vivre sans péché par sa propre volonté. D’une certaine façon, l’Homme peut se sauver lui-même en choisissant le bien, sans recours à la grâce divine. Dans le transhumanisme, le salut vient de l’ingénuité humaine, et non du cadeau divin.

Les atouts souvent réservés à Dieu, tels que l’omniprésence, l’omnipotence et l’omniscience, sont maintenant des caractéristiques convoitées par les transhumanistes. Pour eux, nouvelles et futures technologies nous permettraient de les acquérir. Quoi qu’il en soit, si ces caractéristiques, d’habitude réservées au divin, peuvent être volées des Dieux à la Prométhée, les transhumains auront-il l’amour et le sacrifice du dieu Chrétien ? Est-ce que ces nouveaux pouvoirs seront au service de soi ou d’autrui? Car, avec ces nouvelles facultés, viendront de nouvelles responsabilités. C’est pourquoi certains parlent déjà d’améliorations morales, qui pourraient se réaliser à l’aide de médicaments. Mais ici, l’Homme y perdrait sans doute sa liberté.

CONCLUSION

En conclusion, un des points positifs que le défi transhumaniste et les nouvelles technologies nous posent, est qu’ils nous obligent à nous questionner sur le fondement de nos croyances, de nos espérances et de nos valeurs. Le transhumanisme n’est peut être pas une religion au sens conventionnel du terme, mais comme une religion, il nous offre quelque chose en quoi nous pouvons mettre notre foi et notre confiance. Comme la religion, il nous promet transcendance, mais à la différence de celle-ci, cette transcendance est acquise à travers nos propres moyens technologiques, et non à travers Dieu. La question se pose donc : faut-il mettre notre espérance, confiance, et foi en la vision du monde transhumaniste ?

Tiré d’un article de Johann Roduit, docteur en droit et éthique médicale, paru dans le Huffington Post

Livre chrétien sur le sujet : Rechercher l’immortalité, folie ou réalité ? Yannick Imberti

 

 

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