ECOLOGIE

Il est indéniable que les préoccupations écologiques occupent aujourd’hui, avec raison, nombre de noscomposition contemporains. De nombreux ouvrages alarmistes, tel le film de Nicolas Hulot « Le syndrome du Titanic », y ont largement contribué. Préoccupés par les questions d’ordre spirituel et éternel, les chrétiens restent assez silencieux et discret sur le sujet. Pour autant, la question se pose : quelle réflexion la Bible nous incite-t-elle à avoir dans notre rapport avec la création ? Quelle place à celle-ci dans le renouvellement que le Christ apportera lors de Son retour ?

UNE CREATION BONNE

L’apôtre Paul est formel. La création, telle que nous la connaissons aujourd’hui,  n’est pas dans l’état dans laquelle elle se trouvait lorsqu’elle a été créée par Dieu. La création, à l’origine, était bonne. C’est l’une des conclusions évidentes qui ressort de la lecture des textes du début de la genèse. L’expression n’est pas dite une seule fois, mais répétée 6 fois. Une question se pose pourtant : que veut dire dans le langage de Dieu que la création est bonne ?

Christopher Wright, qui a réfléchi sur le sujet, nous livre dans son livre « L’éthique de l’Ancien Testament » sa réponse :

  1. Une création bonne, dit-il, ne peut être que l’œuvre d’un Dieu bon. Cela distingue le récit hébraïque de la création d’autres récits du Proche-Orient ancien, où les puissances et les dieux du monde naturel sont dotés de divers degrés de malveillance, et où certains aspects de l’ordre naturel s’expliquent en conséquence de celle-ci. Dans l’Ancien Testament, l’ordre naturel est fondamentalement, dans son origine, bon, car il est l’œuvre d’un Dieu bon. Cette bonté de la création a notamment pour sens de témoigner du Dieu qui en est à l’origine, et de refléter quelque chose de son caractère.

 

  1. La bonté de la création s’établit indépendamment de toute présence humaine en son sein et de notre capacité à l’évaluer. Dans les récits de la création, l’affirmation « cela était bon » ne sort pas de la bouche d’Adam et Eve, mais de Dieu lui-même. La bonté de la création est quelque chose que Dieu voit et affirme avant que l’humanité ne soit en mesure de le constater… La bonté de la création est le sceau de l’approbation divine, apposé sur l’ensemble de l’univers, à chaque étape de sa création… La terre n’a donc pas seulement la valeur que nous, humains, lui attribuons. Au contraire, notre propre valeur d’êtres humains trouve son origine dans le fait que nous faisons partie de la création que Dieu a déclarée bonne.

 

  1. La création est bonne dans son rapport avec le projet que Dieu a pour elle… Certes, le sens de cette bonté comprend une dimension esthétique : la création est belle car elle est une remarquable œuvre d’art. Mais il comprend aussi une dimension fonctionnelle : quelque chose est bon lorsqu’il fonctionne comme prévu, conformément à l’intention de départ.

 

  1. La bonté de la création a une dimension eschatologique. La création n’est pas encore tout ce que Dieu a voulu qu’elle soit, même indépendamment des effets de la chute. Dieu a intégré à la création une énorme capacité de procréation, des ressources inépuisables de reproduction, de fécondité, et de diversité… L’affirmation de la bonté de la création est également une expression de confiance ultime en la bonté de Dieu. Le monde est actuellement dans un état de bonté provisoire. Il n’a pas à être méprisé, ni rejeté, ni transcendé. Il doit être apprécié et estimé comme une expression de la bonté de Dieu. Il regorge de merveilles et soutient diverses formes de vies, pour un temps. Mais il est aussi un monde d’aliénation systémique dans lequel toute vie est temporaire et destructrice d’autres vies. La création a besoin de libération et de réconciliation.

 

SOUMISE A LA VANITE

 

Le diagnostic de Christopher Wright sur l’état de la création rejoint celui de Paul. Solidaire avec l’homme désigné par Dieu comme son gérant, la création a été affectée et souffre de sa révolte contre son Créateur. « La création a été soumise au pouvoir de la fragilité ; cela ne s’est pas produit de son gré, mais à cause de celui qui l’y a epinessoumise. Il lui a toutefois donné une espérance : c’est que la création elle-même sera délivrée de la puissance de corruption qui l’asservit pour accéder à la liberté que les enfants de Dieu connaîtront dans la gloire. Nous le savons bien, en effet : jusqu’à présent la création tout entière est unie dans un profond gémissement et dans les douleurs d’un enfantement : Romains 8,20 à 22. » Contre son gré donc, la création, selon le principe organique qui lie la tête au corps, a été avec Adam objet de la malédiction divine relative au péché et à la révolte contre le Créateur. La sentence divine, suite à la chute, est sans appel : « A cause de toi, le sol sera maudit. C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l’herbe des champs. C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière : Genèse 3,17 à 19. »

 

Comme le péché a brouillé l’homme avec Dieu, il l’a aussi brouillé avec tout son environnement. Dans son livre « La pollution et la mort de l’homme », Francis Schaeffer dresse la liste de toutes les ruptures qu’a entraîné le péché. « En premier lieu, dit-il, l’homme a été séparé de Dieu. Ensuite, l’homme est séparé de lui-même : de là proviennent toutes les divisions psychologiques, la cause fondamentale de toutes les psychoses. L’homme est ensuite séparé des autres : ce sont les divisions sociologiques. Et puis l’homme est séparé de la nature et la nature est séparée d’elle-même. Toutes ces divisions ne disparaîtront qu’au retour du Christ, quand se réalisera la guérison parfaite grâce au sang de l’Agneau. »

 

Cette espérance d’une réconciliation de l’homme et de son environnement est au cœur de l’espérance de l’Evangile. Pour autant, la question se pose : le chrétien doit-il se résigner au fait que la chute a provoqué la dislocation de toutes les relations ? Ou la rédemption accomplie par le Christ doit-elle déjà produire des effets bénéfiques dans la restauration de notre relation avec la création ?

 

ECOLOGIE EXTREME

 

Une différence notoire distinguait le récit hébraïque de la création de celui des mythes des civilisations qui l’entouraient. Dans le récit biblique, la création était distincte mais dépendante de Dieu. Les autres récits avaient, par contre, la forte tendance à diviniser les forces de la nature. Aussi bon nombre de rites religieux païens ne poursuivaient-ils qu’un seul but : apaiser les dieux et les déesses de la nature ou les convaincre d’accomplir des actions bénéfiques pour l’agriculture. « Il existe cependant, dit Christopher Wright, une différence fondamentale entre le fait de traiter la création comme sacrée et le fait de la traiter comme divine… L’Ancien Testament considère constamment la création dans son rapport à Dieu. L’ordre créé obéit à Dieu, se soumet aux commandements de Dieu, bénéficie de tout ce que Dieu lui donne, et se met au service des desseins de Dieu… Toutefois, adorer la nature sous l’une ou l’autre de ses manifestations reviendrait à mettre le créé à la place du Créateur. C’est d’ailleurs la forme d’idolâtrie contre laquelle Israël était régulièrement mis en garde»

 

Loin s’en faut, cette idolâtrie des éléments de la nature n’a pas disparu. On la retrouve en particulier dans la spiritualité du Nouvel Age, divinisant la création sous le nom de Gaia (mot grec signifiant terre, qui désigne la déesse du même nom dans la mythologie grecque). Déconnectée de son Créateur, Gaia est perçue comme un biosystème autonome qui défend farouchement sa propre sauvegarde. Gaia n’est pas seulement matière. Elle est vivante, une sorte d’esprit immanent qui tolère pour l’instant les injures destructrices des humains, mais qui ne le fera pas toujours.

 

S’il est bon que le monde soit alerté des questions écologiques, il nous faut prendre aussi conscience que celles-ci ne sont pas traitées par tous dans une juste proportion. Animé de l’esprit de Gaia, certains sont prêts à aller loin dans la défense des intérêts de la nature. C’est ce que rapporte Jean-Christophe Rufin dans son roman « Le Parfum d’Adam » un livre qui nous plonge dans l’univers terrifiant de l’écologie radicale et de ceux qui la manipulent. « Car, dit-il, la défense de l’environnement n’a pas partout le visage sympathique qu’on lui connaît chez nous. La recherche d’un Paradis perdu, la nostalgie d’un temps où l’homme était en harmonie avec la nature peuvent conduire au fanatisme le plus meurtrier : voir le Mouvement pour l’Extinction volontaire de l’humanité. »

 

ECOLOGIE ET CHRISTIANISME

 

S’il doit exister une écologie chrétienne, celle-ci ne peut reposer que sur les vérités qui fondent le récit de la création :

 

1ère vérité : la terre et tout ce qu’elle renferme appartient à Dieu : Deutéronome 10,14 ; Job 41,3 ; Psaume 24,1

 

La création n’existe pas d’abord pour l’homme, mais pour la louange et la gloire de Celui qui l’a faite. La Bible rappelle avec force que tel est le premier but de l’univers créé. « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’étendue manifeste l’œuvre de ses mains : Psaume 19,1. Le psaume 148 exprime l’idée que tout ce qui a été créé, étoiles, pluie, vent, brouillard… est là pour célébrer la louange de Dieu. Dégrader, abîmer la création, la brutaliser, c’est pécher contre Celui qui l’a voulu comme un témoignage de sa gloire.

 

2ème vérité : la terre a été donnée par Dieu en gérance à l’humanité

 

« Les cieux sont les cieux de l’Eternel, mais il a donné la terre aux fils de l’homme : Psaume 115,16. » C’est là le sens du mandat qui est donné à l’homme dès la création : dominer toutes les autres espèces qui sont sur terre. Selon James Barr, l’expression employée ici de domination de l’homme n’a pas d’aspect sensiblement exploiteur ;bergerelle se rapproche de l’idée orientale bien connue de Roi-Berger. » « Cette compréhension, dit un autre auteur, renverse toute tendance à la suprématie, car si nous ressemblons à Dieu en ce que nous avons l’autorité, nous sommes appelés à être ses imitateurs (Ephésiens 5,1), dans la manière de l’exercer. Le fait d’être l’image de Dieu nous impose des limites. Nous devons être des rois, et non des tyrans ; si nous devenons des tyrans, nous nions, et même détruisons, l’image qui est en nous… Si nous avons la domination sur les autres créatures de Dieu, alors nous sommes appelés à vivre en paix avec elles, comme de bons bergers et d’humbles serviteurs… En tant que rois, nous avons sur elles le pouvoir de vie et de mort, et le droit de l’exercer conformément aux principes de la justice et de la miséricorde ; mais nous avons parallèlement le devoir, non seulement envers Dieu mais envers elles, de les aimer et de les protéger.»

 

Francis Schaeffer, déjà cité, donne plusieurs applications de cette bonne façon pour l’homme d’exercer sa domination sur les autres espèces. « On peut, dit-il, légitimement tuer des animaux pour se nourrir, mais il serait faux de ne voir en eux que des cibles prêtes à être abattues. Il en est de même pour la pêche : beaucoup vont à la pêche et laissent ensuite leurs victimes sur place, les abandonnant à la pourriture et aux mauvaises odeurs. Le poisson n’a-t-il aucun droit ? Sans le traiter comme un petit enfant, il n’est pas non plus un morceau de bois. Nous avons le droit d’abattre un arbre. Mais nous ne devons jamais oublier qu’il s’agit d’un arbre, ayant une valeur en tant qu’arbre, et qu’il ne s’agit pas d’un simple zéro. »

 

3ème vérité : les ressources de la terre doivent servir à tous

 

Ce principe était garanti en Israël par un système de répartition des terres aussi équitable et large que possible. Chaque tribu reçut ainsi au moment de la division du pays un territoire proportionnel à sa taille. Le but paraît clair : chaque tribu, clan, et famille reçoit une part suffisante de terre, qui correspond à sa taille et ses besoins. Ce principe d’équité est le modèle sur lequel devrait aussi se fondre l’économie entre les peuples. Le but de Dieu n’a jamais été que quelques-uns possèdent tout tandis que la majorité manque de l’essentiel. Notons que lorsque Jésus a multiplié les pains et les poissons, il a réparti équitablement entre tous les aliments à distribuer et qu’il a mis un point d’honneur à ce qu’il n’y ait aucun gaspillage.

 

Au-delà des principes présents dès la création, Francis Schaeffer défend aussi l’idée que la rédemption doit aussi conditionner notre attitude envers la création. « Puisqu’un jour la rédemption sera totale, dit-il, le chrétien devrait déjà agir envers la nature comme si elle présentait déjà l’aspect qu’elle aura après le retour de Christ. Certes, cela ne sera pas parfait mais si le résultat n’est pas sensible, il aura failli à sa vocation. »

 

L’apôtre Jean nous avertit dans l’Apocalypse : le temps de la colère de Dieu arrive. Il nous donne une raison précise du pourquoi de cette colère : « Les nations se sont irritées ; et ta colère est venue, et le temps est venu de juger les morts, de récompenser tes serviteurs les prophètes, les saints et ceux qui craignent ton nom, les petits et les grands, et de détruire ceux qui détruisent la terre : Apocalypse 11,18. »

 

ECOLOGIE ET ESCHATOLOGIE

 

La création, dit Paul, souffre les douleurs de l’enfantement. Elle attend avec impatience le jour de la révélation de la gloire des fils de Dieu. Car, en ce jour, elle aussi sera délivrée de sa servitude pour avoir part à leur liberté. « Ce n’est pas pour rien, faisait remarquer quelqu’un, que les branches des arbres sont tournées vers le ciel, telles des mains qui prient. C’est de lui qu’ils attendent leur salut ! »

 

L’espérance écologique trouvera un jour, elle aussi, comme toutes les autres, sa vraie réponse. Elle sera dans le renouvellement des toutes choses qui se produira au jour du retour du Christ et de l’établissement de son royaume ! Esaïe dépeint cette nouvelle création de Dieu comme un lieu de joie,  d’épanouissement, libre de toute peine et de toute larme, libre des malédictions d’un travail contrarié, et sûr du point de vue de l’environnement !

terreCar je vais créer de nouveaux cieux et une nouvelle terre ; On ne se rappellera plus les choses passées, Elles ne reviendront plus à l’esprit. Réjouissez-vous plutôt et soyez à toujours dans l’allégresse, à cause de ce que je vais créer ; car je vais créer Jérusalem pour l’allégresse, et son peuple pour la joie.  Je ferai de Jérusalem mon allégresse, et de mon peuple ma joie ; on n’y entendra plus le bruit des pleurs et le bruit des cris. Il n’y aura plus ni enfants ni vieillards qui n’accomplissent leurs jours ; car celui qui mourra à cent ans sera jeune, et le pécheur âgé de cent ans sera maudit. Ils bâtiront des maisons et les habiteront ; ils planteront des vignes et en mangeront le fruit. Ils ne bâtiront pas des maisons pour qu’un autre les habite, ils ne planteront pas des vignes pour qu’un autre en mange le fruit ; car les jours de mon peuple seront comme les jours des arbres, et mes élus jouiront de l’œuvre de leurs mains.  Ils ne travailleront pas en vain, et ils n’auront pas des enfants pour les voir périr ; car ils formeront une race bénie de l’Eternel, et leurs enfants seront avec eux. Avant qu’ils m’invoquent, je répondrai ; avant qu’ils aient cessé de parler, j’exaucerai.  Le loup et l’agneau paîtront ensemble, le lion, comme le bœuf, mangera de la paille, et le serpent aura la poussière pour nourriture. Il ne se fera ni tort ni dommage sur toute ma montagne sainte, dit l’Eternel : Esaïe 65,17 à 25.

OUVRAGES CONSULTES :

L’éthique de l’Ancien Testament : Christopher J. H. Wright : Editions Excelsis

La pollution et la mort de l’homme : Francis Schaeffer : Editions Ligue pour la lecture de la Bible

Le parfum d’Adam : Jean-Christophe Rufin : Editions Folio

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