LE LIVRE DE DANIEL

Sur le plan eschatologique, le livre de Daniel est l’un des livres les plus importants de la Bible. L’objectif principal et l’accent mis à travers tout le livre est celui du conflit final entre l’antichrist, ses partisans et le peuple de Dieu. Ceux qui appartiennent à Yahweh seront finalement délivrés par la venue du Messie, que Daniel appelle « le fils de l’homme ». Presque tous les chapitres de Daniel contiennent des éléments sur cet affrontement final. Il est question l’empire de l’antichrist, de son origine géographique, du moment de son émergence, de ses motivations, de ses croyances et de la nature des persécutions infligée au peuple de Dieu. Le livre de Daniel aborde également la persévérance et la foi des vainqueurs parmi le peuple de Dieu ainsi que la victoire ultime du Messie sur l’antichrist et le Royaume Messianique qui suit.

Le livre de Daniel s’appuie sur de nombreuses visions prophétiques. Deux d’entre elles décrivent la montée en puissance de quatre royaumes successifs. C’est du dernier de ces quatre que devrait émerger l’antichrist. La première vision est celle de la statue que voit en rêve le roi Nabuchodonosor. Cette vision se trouve dans le 2ème chapitre du livre. La seconde évoque la manifestation de quatre bêtes énormes. Elle se trouve dans le chapitre 7 du livre. L’interprétation courante de ces visions dans le monde chrétien est que la première bête symbolise Babylone. Elle est aussi la tête d’or de la statue. La seconde bête représente l’empire médo-perse qui renversa Babylone. Cet empire est associé à la poitrine et aux bras d’argent de la statue. La 3ème bête évoque les conquêtes fulgurantes d’Alexandre le Grand, le grec. Il correspond au ventre et aux cuisses d’airain de la statue. La 4ème bête enfin correspondrait à l’empire romain qui serait aussi les jambes de fer de la statue.

Pour Joël Richardson, l’interprétation des trois premiers royaumes ne prête nullement à caution. Il conteste cependant que le 4ème soit associé à l’empire romain. Selon lui, la juste interprétation serait de voir en lui le califat islamique passé. Il nous en donne ici les raisons. Attachons-nous maintenant à décrypter la vision de la statue qu’a reçue le prophète Daniel.

ARGUMENTS POUR LE CALIFAT ISLAMIQUE

Si, dans le livre de Daniel, les royaumes médo-perse et grec sont clairement identifiés pour être les deux royaumes qui succèderaient à celui de Babylone (Daniel 8,20-21 et 10,20), il faut noter que jamais le prophète ne met un nom sur l’identité du dernier. Nous pouvons donc dire que le fait d’assimiler celui-ci à l’empire de Rome n’est qu’une interprétation. A notre avis, les faits démontrent plutôt qu’il n’est pas possible que ce soit Rome. Ils collent par contre de près avec ce que fut dans l’histoire le califat islamique.

1er ARGUMENT : LE CRITERE DE DANIEL 2,40

« Il y aura un quatrième royaume, fort comme du fer ; de même que le fer brise et rompt tout, il brisera et rompra tout, comme le fer qui met tout en pièces. »

Ce verset nous parle de la nature et de la montée en puissance du 4ème royaume. Le texte nous dit clairement qu’à sa venue, le quatrième royaume écrasera les trois royaumes précédents. Le texte de Daniel 7 nous dit la même chose : « « Il me parla ainsi : le quatrième animal, c’est un quatrième royaume qui existera sur la terre, différent de tous les royaumes, et qui dévorera toute la terre, la foulera et la brisera. » Sachant que ces trois empires n’ont jamais coexisté, nous devons donc nous demander ce que le texte signifie lorsqu’il nous dit que le quatrième empire va « briser » tous les autres.

Le premier sens du mot « briser » fait tout simplement référence au plan géographique. Si nous examinons les cartes ci-dessous, nous voyons clairement que l’empire romain n’a conquis qu’environ un tiers des régions contrôlées par Babylone, les Médo-Perses et la Grèce. Environ deux tiers des régions contrôlées par ces empires n’ont jamais été contrôlés par l’empire romain. En fait, l’empire romain n’a même jamais atteint les deux capitales perses, Ecbatane et Persépolis. L’empire romain n’a en fait conquis qu’1/5 des terres de l’empire médo-perse. En revanche, lorsque nous tournons nos regards vers le califat, nous voyons qu’au cours de  l’histoire, le califat a pleinement conquis toutes les terres des empires qui l’ont précédé. Sur le plan géographique, la conquête du califat a été complète et absolue.

  1. l’EMPIRE BABYLONIEN

2. L’EMPIRE MEDO-PERSE

 

3. L’EMPIRE GREC D’ALEXANDRE LE GRAND

4. L’EMPIRE ROMAIN

 

5. CARTE DU PREMIER CALIFAT ISLAMIQUE

 

Les cartes montrent clairement que l’empire romain ne recoupent pas les territoires que les autres recoupent. La prophétie a été donnée à Babylone. Or l’Empire romain reste situé à 750 kms de la ville.

Que se passe-t-il si nous élargissons la définition du mot « briser » au-delà de son aspect purement géographique ? Et si le but de la répétition des termes tels que « dévorer, briser, fouler », attribués à la quatrième bête, allait au-delà d’une simple conquête géographique, et voulaient suggérer davantage sur les plans culturel, religieux et linguistique ?

LA POLITIQUE DE ROME ENVERS LES PEUPLES CONQUIS

Lorsque l’on considère la nature de l’empire romain, son influence sur les peuples conquis était loin d’être destructrice. En fait, cet empire est bien connu pour tout ce qu’il a entrepris et développé dans l’ancien monde. Lorsque l’empire romain avait conquis un peuple, plutôt que de détruire sa culture, d’abolir sa religion et d’imposer une nouvelle langue, il tolérait en général toutes ces choses. Il ajoutait ses lois, construisait des routes, développait les infrastructures et créait de l’ordre. Les fameuses routes romaines allaient dans tous les recoins de l’empire romain. Elles étaient bien construites, couvertes de pierre et reposaient sur des bases solides. Afin de contrôler leurs territoires, les romains avaient besoin d’accéder facilement, même aux provinces les plus éloignées. Les routes commerciales permettaient également à l’empire de prospérer grâce aux différentes taxes. Tous les villages, toutes les villes de l’empire étaient reliés par un système élaboré de voies romaines, d’où le fameux dicton : « tous les chemins mènent à Rome ». La loi romaine et la protection de son armée apportaient généralement paix et stabilité, connues sous le célèbre nom de Pax Romana.

Au-delà des infrastructures, les romains s’attendaient à recevoir des taxes et l’allégeance à César. D’après les standards de l’époque, cet empire était un empire très tolérant. A l’époque de Jésus, bien qu’étant sous l’autorité romaine, le Temple prédominait dans Jérusalem. Les juifs pratiquaient librement leur religion. La loi romaine les protégeait dans la pratique de leur religion. Bien qu’il y ait des exceptions, comme la brève période de persécutions sous l’empereur Caligula, l’empire romain a été relativement tolérant durant la majorité de son règne.  Considérons par exemple la relation de l’empire romain avec la culture grecque. Plutôt que d’écraser et de briser cette culture, la grande partie de l’empire romain fut submergée par la culture grecque. Sous l’hégémonie romaine, à l’époque de Jésus, le grec était la langue dominante au Moyen-Orient. Sur le plan religieux, la culture romaine a adopté le panthéon des dieux païens grecs. Bien que les noms aient été changés, le panthéon resta le même. Zeus devint Jupiter, Artémis devint Diane, Aphrodite, Vénus, etc. Visiblement, sur cet aspect culturel, l’empire romain ne remplit pas la condition requise par Daniel 2:40. Cet empire n’a pas brisé, foulé, ni détruit la culture de l’empire précédent.

LA POLITIQUE DE L’ISLAM ENVERS LES PEUPLES CONQUIS

Contrairement à l’empire romain, lorsque nous considérons le califat islamique, il est clair que depuis ses débuts, la force arabo-musulmane a écrasé et effacé les cultures et les religions des peuples conquis. Cela est dû à l’idéologie unique de l’Islam qui englobe toutes les facettes de la vie. L’Islam comporte des règles et des commandements qui dépassent largement le domaine de la théologie. Ce système englobe la loi, le gouvernement, la langue, le domaine militaire, et même les pratiques sexuelles et hygiéniques de ceux qui sont sous son autorité. Le nom même de l’Islam signifie soumission à la loi d’Allah, le dieu de l’Islam, ainsi qu’aux pratiques de Mahomet, son prophète.

L’Islam est la quintessence d’une idéologie totalitaire. Partout où cette religion s’est répandue, elle a apporté avec elle cette idéologie totalitaire de la soumission. L’Islam a conquis toutes les régions anciennement occupées par les empires babylonien, médo-perse et grec. L’Islam a imposé la langue arabe à de nombreux peuples conquis. Aujourd’hui, en Jordanie, en Irak, en Syrie, au Liban, et à travers une grande partie de l’Afrique du Nord, les peuples parlent l’arabe. Bien que les perses et les turcs aient maintenu leurs propres langues, leurs alphabets furent tous les deux arabisés. Plus tard, Mustafa Kemal Atatürk imposa un nouvel alphabet anglicisé en Turquie. En tant que force impériale, l’Islam imposa sa religion et sa culture arabe sur l’ensemble de peuples conquis, tout en effaçant les preuves des religions et des cultures non musulmanes précédentes.

Un livre entier pourrait être écrit pour détailler les innombrables exemples d’impérialisme et la suprématie de l’Islam. Quelques brefs exemples devraient suffire pour démontrer ce point. Aujourd’hui, dans le centre antique de l’Eglise primitive chrétienne, la communauté chrétienne représente une minorité en difficulté, qui doit souvent se battre pour sa propre survie. Alors que les villes d’Antioche, d’Alexandrie et de Jérusalem étaient autrefois des capitales prospères et des bastions de l’Eglise, aujourd’hui, les communautés autochtones chrétiennes, sont une ombre de ce qu’elles étaient autrefois.

Nous assistons à un programme calculé et délibéré de la part des musulmans qui nient tout lien ou toute présence historique juive sur le Mont du Temple (le lieu le plus important et le plus sacré de la foi biblique). Ces types de négationnisme sont légion au sein de l’Islam. L’ancien Grand Mufti de Jérusalem, le Cheikh Shaykh Ikrima, a déclaré à plusieurs reprises que la connexion juive au Mont du Temple est un mythe. En 1998, ce dernier déclarait : « les musulmans n’ont aucune connaissance ou conscience du fait que le Mont du Temple ait un caractère sacré pour les juifs »3. Dans la même trempe, l’ancien responsable du tribunal religieux de la Palestine et Président du Conseil Islamo-Chrétien pour Jérusalem et les Lieux Saints, le Cheikh Shaykh Taysir al-Tamimi déclarait en 2009 : « les juifs n’ont aucun lien avec Jérusalem … Je ne connais aucun lieu saint juif … depuis 1967, Israël fait des fouilles à la recherche de restes de leur temple ou de leur histoire juive fictive »[1].

A Istanbul se trouve la basilique Sainte-Sophie, autrefois la plus grande église chrétienne du monde. Aujourd’hui, c’est à la fois une mosquée et un musée. Immédiatement après que Mehmet le Conquérant ait pris Constantinople en 1453, la basilique Sainte-Sophie fut transformée en lieu de culte musulman. Les icônes et les symboles chrétiens furent détruits, et recouverts de grandes plaques couvertes de feuilles d’or et de calligraphies arabes vantant les noms d’Allah, de Mahomet et d’Ali. Bien que la basilique Sainte-Sophie soit considérée aujourd’hui comme un musée, les musulmans y sont toujours autorisés à prier. En revanche les chrétiens et les groupes chrétiens n’ont pas le droit de prier ouvertement dans ce lieu, qui était autrefois le cœur du christianisme oriental. A l’extérieur, là où la croix couronnait autrefois la vaste structure, siège désormais un croissant de lune.

Au centre de l’Afghanistan, pendant plus de 1500 ans trônaient les anciennes statues bouddhistes de Bamiyah, sculptées directement dans les falaises. Dénonçant ces statues comme des idoles, en mars 2001, le chef taliban, le mollah Mohammed Omar les fit exploser à la dynamite.

Ces dernières années, l’arrondissement londonien historique de Tower Hamlets devenu le foyer d’une population croissante d’immigrants musulmans, a vu l’élimination systématique de nombreux sites chrétiens historiques. Ce qui autrefois était le cimetière St. Mary, un ancien monastère datant de 1122 est maintenant devenu le parc Altab Ali. A l’un des coins du parc siège une réplique d’un monument national à Dhaka, au Bangladesh, connu sous le nom de Shaheed Minar (« Monument du martyr »). Si on faisait la liste, on pourrait littéralement remplir des volumes avec de tels exemples…

Partout où l’Islam s’est propagé, les cultures locales ont progressivement été effacées. Les symboles et les marques de ces anciennes cultures ont été détruits. Les religions des peuples conquis ont plus particulièrement été ciblées. Tel est l’héritage de l’Islam qui répond parfaitement au critère de Daniel 2:40. L’Islam est une puissance écrasante qui « brise et qui rompt tout ». Le califat remplit cette description biblique à la lettre. Il est très difficile d’en dire autant en ce qui concerne l’empire romain. La distinction entre ces deux empires doit sérieusement être prise en compte si nous voulons identifier l’identité du quatrième empire.

2ème ARGUMENT : LA FIN DE CES ROYAUMES : LE CRITERE DE DANIEL 2,34-35

 

« Tu regardais, lorsqu’une pierre se détacha sans le secours d’aucune main, frappa les pieds de fer et d’argile de la statue, et les mit en pièces. Alors le fer, l’argile, l’airain, l’argent et l’or, furent brisés ensemble, et devinrent comme la balle qui s’échappe d’une aire en été ; le vent les emporta, et nulle trace n’en fut retrouvée. Mais la pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne, et remplit toute la terre. »

 Le deuxième problème qui se pose concernant l’identification de l’empire romain en tant que quatrième empire vient du critère cité en Daniel 2:34-35. Cette fois-ci, au lieu de la montée en puissance du quatrième royaume, ces versets nous parlent de sa disparition — du jour de sa destruction. Ce passage nous parle du retour du Messie et de Son royaume. Son royaume est décrit comme « une pierre qui se détache sans le secours d’aucune main ». Le Royaume Messianique va tout particulièrement détruire le royaume de l’antichrist. Lorsque cela aura lieu en même temps que la destruction du royaume de l’antichrist, les royaumes babyloniens, médo-perses et grec seront également détruits tous «ensemble.»

En d’autres termes, si l’empire romain devait renaître aujourd’hui tel qu’il était à son apogée, et si Jésus revenait pour entièrement le détruire, alors les royaumes babylonien, médo-perse et grec ne pourraient pas être brisés « ensemble ». Une grande partie du territoire occupé par ces empires seraient détruites, mais les deux tiers resteraient intacts.

En revanche, si le califat islamique devait renaître tel qu’il était à son apogée, et si Jésus revenait pour entièrement le détruire, alors les Royaumes babylonien, médo-perses et grec seraient complètement brisés « ensemble ». Une fois de plus, nous voyons le califat remplir tous les critères et les exigences du texte, ce qui n’est pas le cas de l’empire romain.

Nous poursuivrons dans un prochain post la réflexion sur d’autres terrains !

 

  1. [1] “Les juifs n’ont pas de connexion avec Jérusalem,” Palestinian Media Watch, June 9, 2009, http://www. palwatch.org/main.aspx?fi=636&fld_id=636&doc_ id = 1105.

 

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