arbres-fruitiersLa domination royale de Dieu est le but de l’histoire du salut : Dieu tout en tous : 1 Corinthiens 15,28. C’est ici le vrai thème de base de la Bible.

Tous les chrétiens des premiers temps avaient en commun une même foi en un royaume visible, doctrine appelée chiliasme (du grec chilioi, mille). Cette doctrine était partagée par Papias, Justin, Tertullien, Irénée, Hippolyte… Mais elle se perdit avec l’extension du catholicisme sous l’influence de Clément, Origène (250) et Augustin (400). Elle ne sera remise en valeur que des siècles plus tard.

Nous croyons aujourd’hui à la réalité du royaume messianique terrestre pour quatre raisons. Elle est :

  1. La seule interprétation logique des prophéties messianiques de l’Ancien Testament

 

Les promesses qui concernaient la première venue du Christ se sont accomplies littéralement. Souvent, elles sont associées à celles non encore accomplies de sa seconde venue. Comment alors justifierait-on pour ces dernières une interprétation spirituelle ? L’ange précise à propos de la venue de Jésus, que le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père, et qu’il règnera sur la maison de Jacob : Luc 1,32. C’est littéralement que le Messie naquit à Bethléem : Michée 5,1, qu’il entra à Jérusalem monté sur un ânon : Zacharie 9,9, qu’il fut vendu pour trente pièces d’argent : Zacharie 11,12, qu’il eut les mains, les pieds et le côté percés à la croix : Psaume 22,7 ; Zacharie 12,10. C’est littéralement qu’il mourut et fut enterré : Esaïe 53,8-9.12, qu’il ressuscita le 3ème jour : Psaume 16,10. Réduire en simples métaphores les prédictions de sa venue en gloire serait absurde et contradictoire.

 

Le Seigneur n’est pas mort en croix d’une manière spirituelle. Il n’a pas bu un vinaigre spirituel. On n’a pas tiré au sort ses vêtements de manière imagée. Son peuple n’a pas été dispersé parmi les nations de manière figurative. Il n’est pas aujourd’hui privé de roi, de prince, de sacrifice, d’éphod, d’autel et de sanctuaire de manière métaphorique : Osée 3,4. D’innombrables prophéties affirment que Dieu fera sortir son peuple d’Israël hors des nations pour le ramener dans la terre de ses pères : Jérémie 16,14-15 ; Esaïe 27,12-13 ; Ezéchiel 11,17 ; 28,25-26… Comment supposer que tout ceci soit simplement une manière figurative de parler ? En vertu de quoi lirions-nous ‘chrétiens, Eglise ou ciel » lorsque les textes disent « Juifs, Jérusalem ou Canaan » ? le trône de David fut-il un jour dans les cieux ? La terre de Galaad et le Liban où le Seigneur replantera son peuple furent-ils jamais ailleurs qu’ici-bas et dans le Proche-Orient : Jérémie 32,41, Zacharie 10,10 ; Amos 9,14-15 ?

 

Il est certain que les prophéties emploient un grand nombre de métaphores poétiques et que le royaume millénial est le type et la préfiguration du royaume éternel. Il est aussi vrai que, dans l’Eglise, Dieu donne un accomplissement spirituel des promesses du royaume. Mais il est dangereux d’appliquer de manière uniquement spirituelle ce que dit le sens direct de l’Ecriture. Il y a là une façon de lire l’Ecriture qui ne respecte pas le sens voulu et donné par les auteurs à leurs auditeurs.

 

  1. La seule vraie démonstration de la fidélité de Dieu à ses promesses

 

Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel : Romains 11,29. Aux croyants de la postérité naturelle d’Abraham, Dieu a fait la promesse d’un pays : Genèse 15,4 à 7,18. Cette prophétie est née avec Abraham, non avec Moïse. Elle n’est donc pas fondée sur la loi, mais sur la promesse : Romains 4,13 à 15. C’est pourquoi elle ne peut être annulée par la faute d’Israël et demeure inchangée à cause de l’honneur même de Dieu : Ezéchiel 36,22 à 24, de sa vérité : Romains 15,8 et d’Abraham, son ami : Genèse 26,2.5 ; Lévitique 26,42.

 

Parce qu’elle est certaine et solide, la promesse est comparée :

 

  • A l’ordre naturel et à la stabilité des montagnes : Esaïe 54,10, au cours des jours et des nuits : Jérémie 33,20-21,25-26
  • A l’ordonnance du soleil, de la lune et des étoiles : Jérémie 31,35 à 37 ; Psaume 89,36 à 38
  • A l’univers renouvelé : Esaïe 66,22.

 

Il est évident que ces prophéties étaient données pour être comprises littéralement par Israël. Les spiritualiser ou les attribuer à un quelconque autre destinataire serait, de la part de Dieu, une rupture camouflée de l’alliance de la promesse. Cela ne peut être !

 

  1. La seule interprétation conforme aux textes prophétiques du Seigneur et de ses apôtres

 

  1. Les paroles de Jésus

 

« Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu !  Voici, votre maison vous sera laissée déserte ; car, je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! : Matthieu 23,37 à 39. »

 

La parole du Seigneur est explicite. Elle parle du jugement qui va venir sur Jérusalem ; mais elle spécifie que la maison d’Israël ne restera pas pour toujours déserte. Le temps vient où, reconnaissant son Messie, Israël le recevra avec des chants de joie et des acclamations de bonheur.

 

Après sa résurrection, les disciples lui demandent si le moment est venu de rétablir le royaume d’Israël : Actes 1,6. Il aurait été facile pour Jésus de les rebuter à cause de leur conception charnelle des promesses de Dieu. Il ne l’a pas fait. Il se contentera de dire : « Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité : Actes 1,7. » Cette expression « temps et moments » montre que le royaume d’Israël sera bel et bien rétabli un jour.

 

  1. Les paroles de Jean

 

L’Apocalypse, incontestablement, rend témoignage, en accord avec les prophètes, à la venue de ce règne terrestre glorieux. C’est le seule livre de la Bible qui en fixe la durée : mille ans. Le fait qu’il place cette tranche de l’histoire après le récit de l’apparition du Christ et de sa victoire sur l’Antichrist, indique qu’il s’établira au moment du retour glorieux du Christ. Il précèdera le jugement final du grand trône blanc.

 

  1. L’apôtre Paul

 

Paul parle expressément d’un jour où Israël se convertira et verra le voile qui l’aveugle ôté : 2 Corinthiens 3,14 à 16.

 

Dans son chapitre sur la résurrection, Paul définit les étapes par lesquelles celle-ci se produira : 1 Corinthiens 15,24

 

  • Christ, les prémices
  • Puis ceux qui sont à Christ lors de sa parution
  • Puis à la fin, les incroyants, ce qui correspond au jour du jugement final

 

Comme entre la première et la seconde étape, un laps de temps d’histoire doit exister entre la seconde et la dernière étape. Cela laisse la place au règne millénial du Christ, selon ce que révèle Jean.

 

Dans l’épître aux Romains, Paul précise clairement que le jugement de Dieu sur Israël ne consiste pas en son rejet définitif, mais dans sa mise de côté pour un temps : Romains 11,1. Israël dispersé garde son espérance. De plus, la manière divine de procéder envers Israël n’a pas pour résultat sa fin, mais la bénédiction de tous : Romains 11,11-12. L’endurcissement d’Israël est partiel, et seulement jusqu’à ce que la totalité des païens soit entrée dans le salut : Romains 11,25. Ensuite tout Israël sera sauvé : Romains 11,26. Les mots utilisés par Paul pour décrire l’effet de cette conversion sans équivoque : elle est salut pour les peuples du monde, richesse pour les nations, résurrection pour l’ensemble de l’humanité, vie d’entre les morts. De quoi parle-t-on ici si ce n’est de ce royaume décrit par les prophètes, du Christ à Jérusalem ?

 

Dans la théologie de Paul, Israël occupe une place centrale pour ce qui concerne l’histoire de l’humanité. Nier la fidélité de Dieu à l’alliance faite avec Israël, c’est nier la base du sens de l’existence de l’Eglise et de sa mission. La question du règne millénial du Christ est liée aux doctrines centrales de l’Evangile.

 

  1. L’ultime démonstration de la condition désespérée de l’homme et de la justice de Dieu

 

Le très-haut n’est-il pas tenu de donner à son oint l’occasion de prouver qu’il est le meilleur législateur, juge, régent et gouverneur mondial ? Ne faut-il pas que soit faite, dans le cadre même de l’ancienne création, et cela pendant une longue période, la preuve que le Christ rejeté était bien le seul homme capable de comprendre et de conduire les affaires du monde ? Pendant des millénaires, Satan a montré au monde son habileté au mensonge, à la tromperie et à la corruption. N’est-il pas juste que Dieu démontre en Christ son pouvoir de bénir, sauver et répandre la paix ? Et c’est cette même terre qui a vu la honte et l’apparente défaite du Fils de Dieu qui doit voir un jour sa gloire et son plein triomphe. La justice de Dieu le demande. Là même ou Satan triomphait, Jésus doit être couronné.

 

Si nous considérons le règne millénial libre de tout préjugé, nous devons admettre que c’est là une grande et délicate pensée de la part de Dieu, d’octroyer à cette pauvre terre et à ses hôtes fatigués après de si dures journées de fardeaux et de labeurs, un grand sabbat pendant lequel Christ prendra des mains de l’homme de péché les rênes du monde pour le gouverner personnellement. Jamais, jusque-là, la preuve n’aura été faite que l’homme peut vivre dans le bonheur et la gloire, même sur cette terre, s’il possède le Seigneur pour roi. La preuve sera faite que si les peuples ne peuvent vivre dans la paix mutuelle, la faute n’en est pas  aux circonstances mais au péché de l’homme et à l’action corruptrice du diable.

 

Mais la démonstration de Dieu va plus loin. Que fera l’homme après mille ans de parfait gouvernement ? Il se révoltera contre le Très-haut : Apocalypse 20,7 à 10. Ainsi, la démonstration de la justice de Dieu pendant le millénium est, en même temps, la manifestation de l’incurable méchanceté de l’homme. Les nations auront appris si peu des conditions économiques et politiques les plus idéales, des preuves les plus évidentes de la grâce divine, qu’à la fin, séduites par le diable, elles se rassembleront pour la plus virulente des révoltes. La cause est maintenant entendue : l’homme est non seulement incapable de créer des conditions idéales, mais encore de les préserver lorsqu’elles existent.

La plus brillante période de l’histoire humaine manifeste la condition désespérée du pécheur et prouve irréfutablement que Dieu est juste lorsque, pour la rédemption, il exclut d’une manière absolue toute force propre de l’homme. Le royaume devient ainsi la démonstration publique, devant le monde entier, du seul chemin qui jamais puisse conduire l’humanité à la paix, à savoir la seule grâce de Dieu et la croix de Golgotha.

 

Tiré du « Triomphe du Crucifié » d’Erich Sauer : Edition Excelsis

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