LA PERPLEXITE D’HABACUC

Je veux être à mon poste et me tenir sur la tour. Je veux veiller pour voir ce que l’Eternel me dira et ce que je répliquerai à mes reproches. L’Eternel m’a répondu et a dit: « Mets la vision par écrit, grave-la sur des tables afin qu’on la lise couramment.  En effet, c’est encore une vision qui concerne un moment fixé; elle parle de la fin et ne mentira pas. Si elle tarde, attends-la, car elle s’accomplira, elle s’accomplira certainement. Il est plein d’orgueil, celui dont l’âme n’est pas droite, mais le juste vivra par sa foi : Habacuc 2,1 à 4.

Habacuc est un prophète à part. Alors que tous les prophètes sont porteurs d’un message pour leurs contemporains ou pour le futur, il est le seul à ne délivrer aucune parole destinée à soutenir le peuple de Dieu dans l’immédiat. Le livre d’Habacuc relate le dialogue que le prophète a avec son Dieu. Alors que les Babyloniens s’apprêtent à envahir Israël, le prophète s’interroge. Il fait part à Dieu de son questionnement, de sa perplexité. Il ose dire à Dieu ce qu’un prophète ne devrait pas dire : Tes yeux sont trop purs pour voir ce qui est mauvais, tu ne peux pas regarder l’oppression. Pourquoi donc regardes-tu les traîtres ? Pourquoi gardes-tu le silence quand un méchant engloutit plus juste que lui ? : Habacuc 1,13.

Dieu ne va pas directement répondre à la question du prophète. Mais il va lui donner deux choses qui vont l’aider à vivre et à traverser l’époque difficile qu’il connaît et à surmonter ainsi sa perplexité. Nous avons besoin comme le prophète de ces deux choses. Car nous aussi, avouons-le, il nous arrive d’être perplexe par rapport aux voies de Dieu. Nous espérions que notre travail porte du fruit. Nous constatons que ce n’est pas le cas. Nous nous attendions à ce que l’Evangile gagne du terrain dans les cœurs. Mais nous faisons le constat que l’incrédulité et la dureté de cœur sont de plus en plus grandes ? De quoi a-t-on besoin lorsque la perplexité tend à nous envahir ?

UNE VISION

La première chose que Dieu va donner à Habacuc, c’est une vision. Lorsqu’il est parlé de vision dans l’Ecriture, cela ne s’applique pas forcément à une sorte d’image que nous viendrait par révélation. La vision dont avait besoin Habacuc, c’est une vue plus large de la réalité que celle qu’il avait devant ses yeux. La vue d’Habacuc sur les événements qui se produisaient était collée au présent. Elle ne s’inscrivait pas dans un plan, un dessein plus vaste. Si Habacuc avait eu cette vue dès le début, beaucoup des « pourquoi » et des « jusques-à-quand » qui parsèment son livre seraient tombés d’eux-mêmes.

Comme Habacuc, nous avons besoin pour notre présent de la perspective eschatologique des choses. Si nous ne l’avons pas, nous risquons fort, comme lui, de tomber dans l’abattement ou le découragement. Car, c’est vrai, souvent les choses semblent aller dans le sens contraire que ce à quoi on aurait pu s’attendre. Aussi, sans la vue d’ensemble de l’œuvre de Dieu, pouvons-nous nous mettre à douter : Dieu est-il si fiable que cela ? Ne fait-il pas erreur ? Est-il vraiment au contrôle ?

TEMOIGNAGES BIBLIQUES

Il faut remarquer ici que, quel que soit l’homme de Dieu dont parle la Bible, chacun a dû passer par cette étape de perplexité. Abraham avait bien reçu des promesses de la part de Dieu. Mais le temps passait et rien ne se produisait comme annoncé. Sa femme était stérile et le restait. Puisque Dieu ne faisait pas ce qu’il avait promis, Abraham chercha à bidouiller une solution de fortune. Il s’unit à Agar, sa servante, et Ismaël naquit. Mais cela ne fit que compliquer les choses. Abraham retrouva la foi en Dieu. Il fut certain que ce que Dieu promet, il peut l’accomplir. Sa vue dépassa sa situation présente et se porta sur le futur certain, puisque promis par Dieu. Et Isaac, le fils de la promesse, naquit.

Néhémie interrogea ses frères qui rentraient de Jérusalem sur l’état de l’avancement des travaux de reconstruction de la ville. Le rapport qu’il entendit le jeta dans la désolation. Pour autant, il ne se résigna pas. Il s’adressa à Dieu pour invoquer sa grâce et lui rappeler ses promesses. Il n’était pas possible que les choses restent dans l’état. L’humiliation d’Israël ne pouvait être perpétuelle. Fort de sa conviction, il profita de sa proximité avec le roi de Perse (il était son échanson), pour oser lui adresser une demande qui nécessitait son autorisation. Le roi la lui accorda car, dit-il, la bonne main de Dieu était sur lui : Néhémie 2,8. Néhémie put partir pour entreprendre la reconstruction des murailles de la ville. Néhémie ne se résigna pas parce qu’il était habité par une perspective eschatologique. Il croyait en Dieu, sa Parole, ses promesses. Il n’était pas possible que le projet de Dieu avec Israël fasse échec.

Nous pourrions encore parler ainsi de beaucoup d’autres, tels David, Moïse, ou Jésus. Tous sont passés par le même chemin. Mais tous ont triomphé, parce qui les portait ne venait pas de cette terre, mais leur avait été donné des cieux : la vision du futur et des fins dernières dans laquelle s’inscrivait leur présent.

PERSPECTIVE ESCHATOLOGIQUE

La Bible est un livre essentiellement eschatologique, c’est-à-dire, porté sur le futur et les fins dernières. Qui la lit sans avoir en tête cette perspective sera inévitablement troublé. Car le présent que l’on traverse peut fort bien nous donner l’impression que ce ne sont pas les projets de Dieu qui se réalisent, mais ceux des méchants. Asaph, dans le psaume 73, témoigne de la perplexité qui l’envahit à cause de cela. Celle-ci s’évanouit pourtant aussitôt qu’il put pénétrer dans les sanctuaires de Dieu et voir le sort final des méchants : Psaume 73,16-17.

Trop souvent, je l’avoue, la perplexité d’Asaph m’envahit aussi. Cela sert-il encore à quelque chose en France de parler de Jésus, d’annoncer l’Evangile ? Qu’est devenue toute la semence jetée en terre ? Où sont les millions d’Evangiles, de Bibles distribuées dans la rue, les maisons, etc… ? Quand cesseront les discours de l’arrogance, les paroles de ceux qui renversent les fondements et veulent appeler le bien mal, et le mal bien ?

Avec Habacuc, il nous faut revenir à la vision que Dieu nous donne dans sa parole des fins dernières. Un temps est annoncé où la connaissance de Dieu couvrira la terre comme la mer couvre le fond des eaux. Après cette époque dans laquelle nous sommes, où la rébellion de l’homme va atteindre son paroxysme, des choses extraordinaires vont se produire. Au sein de sa détresse la plus grande, Israël va reconnaître comme Messie celui qu’ils ont percé. La conversion des Juifs à Jésus va produire le plus grand réveil et la plus grande bénédiction pour le monde. Christ lui-même reviendra et établira son règne à Jérusalem. Oui, le Jésus dont nous parlons aujourd’hui, et dont si peu veulent entendre parler, sera le personnage clé de l’avenir. On verra alors, à la surprise générale, la semence jetée en terre et cachée lever d’un coup.

LE PRINCIPE

Outre la vision, Dieu a donné à Habacuc un principe : le juste vivra par sa foi. Il n’a jamais été dans la pensée de Dieu que ceux avec qui il travaille marchent par la vue ou le simple raisonnement. Dieu n’est pas l’actionnaire d’une entreprise qui ne pense qu’à une chose : au profit immédiat qu’il peut faire de son investissement. Dieu est un semeur. Il croit au principe de vie qui habite la semence et qui, inéluctablement, produira une moisson. Celle-ci peut sembler bien longue à lever, mais elle lèvera ! Dieu n’est pas un homme pour se tromper ou mentir.

Comment vaincre ses doutes et sa perplexité ? Nous avons ici la réponse de Dieu : s’attacher à la vision et vivre par la foi. Fixons nos regards sur la fin des choses. Travaillons dans une perspective eschatologique. L’apôtre Paul nous le dit : Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur : 1 Corinthiens 15,58.

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