LE PROBLEME DU MAL

Le mal est perçu, d’un point de vue biblique, comme un problème vaste et complexe. On ne peut le réduire à des choix humains, à des systèmes sociaux ou à des problèmes psychologiques ni à un simple manque d’éducation. De fait, on ne peut même pas le situer tout à fait dans l’ensemble de ces forces réunies. Nous ne pouvons pas non plus adopter la démarche consistant à désigner des boucs émissaires, démarche qui a causé énormément de ravages dans l’histoire et qui revient à affirmer que le mal est principalement causé par ces gens-là, là-bas. Ces « gens-là » peuvent être d’une certaine race, classe sociale, nation, religion ou idéologie politique. D’après la Bible, le mal est à la fois naturel et surnaturel ; il est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de nous ; il est individuel et il s’inscrit dans un système social. Il est humainement impossible d’y échapper complètement ou même de le comprendre dans ses moindres détails.

DUALISME ET MONISME

Historiquement, deux principaux points de vue se sont affrontés pour tenter d’expliquer la nature du mal. D’après la première approche, le dualisme, le bien et le mal sont des forces égales et opposées dans le monde. La réalité repose fondamentalement sur le conflit entre ces deux forces, qui vont se combattre jusqu’à la fin des temps, voire éternellement. Cela signifie qu’il n’y a absolument aucun triomphe possible. Dans cette vision des choses, Dieu n’est pas vraiment plus puissant que Satan. Saint-Augustin souligne, dans La cité de Dieu, le caractère dualiste du paganisme : la plupart des religions païennes ont de bons dieux et de mauvais dieux, des puissances bonnes et des puissances mauvaises. Cela signifie que le monde est fondamentalement et irrémédiablement un endroit violent, et qu’il ne peut y régner ni l’ordre, ni la beauté, ni l’espoir. Il est constitué de multiples centres de pouvoir toujours en guerre les uns contre les autres. Vous pouvez peut-être parvenir à créer un îlot de paix et d’ordre, mais quelque chose finira par le détruire. On ne peut pas vraiment espérer trouver un moyen de mettre un terme au conflit et d’apporter une paix durable.

L’autre approche philosophique du mal est le monisme ou panthéisme. Cette conception se situe à l’opposé du dualisme : la réalité est une. Tout fait partie de Dieu ; Dieu est tout et, par conséquent, tout finit par faire un avec tout. Les individualités sont en quelque sorte une illusion. Nous sommes tous liés d’une façon profonde, pas simplement par notre expérience commune de l’humanité mais, en fin de compte, amalgamés les uns aux autres. Dans cette vision des choses, contrairement au dualisme, le mal et la souffrance ne sont pas éternels ni insurmontables ; en fait, ils n’existent pas vraiment et peuvent être assimilés à une illusion.

DANS NOTRE SOCIETE

Il est intéressant de noter que la société profane moderne aborde le mal de façon plutôt fragmentée et incohérente, en empruntant à ces deux approches. D’une part, comme dans le polythéisme ancien, on voit le monde comme n’ayant pas été créé par un seul artiste tout-puissant mais comme étant le produit de forces violentes et indomptables. Non seulement l’univers physique est le produit d’une série interminable d’explosions et de combustions, mais nous-mêmes ne sommes que le produit de l’évolution, de la survie du plus fort. Si cette représentation du monde est exacte, il n’y a pas de remède à la violence, puisqu’elle imprègne toute la réalité. Nous sommes arrivés ici par des moyens violents et vides de sens, et nous continuerons d’exister et d’évoluer de la même façon.

En même temps, de nombreux penseurs non-croyants considèrent le mal humain comme résultant de mauvais systèmes sociaux ou de maladies psychologiques. Au 19ème siècle, on a commencé à suggérer que les tueurs en série étaient le produit d’une mauvaise éducation, de la pauvreté ou d’une privation quelconque. Il devait leur être arrivé quelque chose pour qu’ils en arrivent à commettre un meurtre, le mal n’étant pas inhérent aux êtres humains.

LA VISION CHRETIENNE DU MAL

De façon intéressante, le christianisme ne penche ni vers le dualisme ni vers le monisme. Il mentionne quelque chose que vous considérerez peut-être comme légèrement plus plausible qu’auparavant : un véritable diable. S’il est vrai qu’il existe effectivement des forces démoniaques, on ne peut réduire le mal dans le monde à des choix humains. Ne vous méprenez pas : les êtres humains sont tous en mesure, par eux-mêmes, de commettre de grands péchés et, bien évidemment, ces choix humains immoraux représentent un élément important de la matrice du mal dans le monde. Mais, il y a plus de mal dans le monde qu’on ne peut l’expliquer par l’effet cumulatif de mauvais choix personnels, et l’on peut attribuer une partie de ce mal à des forces démoniaques réelles.

Toutefois, le christianisme n’est pas dualiste : les forces démoniaques ne sont pas les égales de Dieu. Le diable est un ange déchu à la tête des anges déchus, et Dieu est infiniment plus puissant. En fin de compte, non seulement il pourra  les vaincre tous, mais il est certain qu’il le fera. Voilà la promesse et l’espoir électrisants insufflés par chaque page de la Bible.

 

Extrait du livre de Timothy Keller : Rencontres avec Jésus – Editions Ourania

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