Nous avons vu dans le dernier post par quoi se caractériserait la mentalité des derniers jours de l’humanité. Plus que jamais l’égoïsme primera. Le monde perdra la notion et le sens du sacré. Il plongera dans une barbarie et une cruauté conséquentes à l’irrespect généralisé. Il valorisera l’Argent comme le dieu à encenser et à servir. Il reléguera la foi à un formalisme sans vie. Il prônera la recherche du plaisir immédiat comme la fin ultime de toutes choses.

Dans une société marquée par une telle mentalité, qu’en sera-t-il de l’évangélisation ? A quelles difficultés particulières les porteurs du message de l’Evangile devront-ils faire face. La suite de la seconde épître de Paul à Timothée y répond !

Le temps viendra où les hommes ne voudront plus rien savoir de l’enseignement authentique. Au gré de leurs propres désirs, ils se choisiront une foule de maîtres à qui ils ne demanderont que de leur caresser agréablement les oreilles. Ils détourneront l’oreille de la vérité pour écouter des récits de pure invention : 2 Timothée 4,3-4.

LES MENSONGES AGREABLES

C’est une caractéristique assumée de la Parole de Dieu. Elle n’est pas là pour flatter l’homme. Si Dieu aime passionnément son peuple et ses créatures, il estime que le plus grand bien qu’il puisse leur faire est de leur parler en vérité. Dès le début, l’Ecriture ne cache rien de la duplicité, du mensonge, de la fourberie auxquels les êtres humains se livrent. Même les plus grands héros de la foi ne sont pas épargnés. Le livre de la genèse nous parle de l’ivresse de Noé, des demi-mensonges d’Abraham, du caractère tortueux d’un Jacob. Elle témoigne du penchant de David pour les belles femmes, de son adultère avec Bath-Shéba suivi du meurtre organisé de son mari Urie. Tout ami qu’il fut du roi, Nathan le prophète, après lui avoir raconté l’histoire inventée d’un riche spoliant un pauvre du seul bien qu’il possédait, n’hésitera pas à lui dire : « Tu es cet homme-là, David ! »

« Tu es cet homme-là ! » Voilà bien le verdict que nos contemporains, égoïstes et imbus d’eux-mêmes comme jamais, ne veulent pas entendre. Et il faut dire que l’on fait tout pour que, quelque part, ils ne soient jamais ni responsables, ni coupables de leurs crimes. « Au 19ème siècle, écrit Timothée Keller, on a commencé à suggérer que les tueurs en série étaient le produit d’une mauvaise éducation, de la pauvreté ou d’une privation quelconque. Il devait leur être arrivé quelque chose pour qu’ils en arrivent à commettre un meurtre, le mal n’étant pas inhérent aux êtres humains. La pensée profane contemporaine est relativiste : elle souligne que ce qui est mal dans une culture donnée ne l’est pas dans une autre. Celui que l’un voit comme un terroriste, l’autre le voit comme un combattant pour la liberté. Le mal n’est donc qu’une question de perception… Si l’on se débarrasse de la notion de péché, de Satan et de mal cosmique, toute mauvaise action ne peut avoir que des racines psychologiques ou sociologiques.[1] »

Quel en est la conséquence concrète ? La réponse nous est donnée par un passage du livre « Le silence des agneaux. Alors que Clarice Starling interroge le monstre Hannibal Lecter pour les crimes qu’il a commis, celui-ci lui répond : « Vous devez dire à toutes les familles des pauvres gens que j’ai décapités et mangés que ma mère ne m’aimait pas. Vous ne pouvez pas m’en tenir pour responsable. Vous ne pouvez même pas, elle, l’en tenir pour responsable… » Puis il ajoute moqueur : « Il ne m’est rien arrivé. J’ai agi en toute connaissance de cause. Vous ne pouvez pas me réduire à une série d’influences. Vous avez abandonné le bien et le mal, agent Starling… Vous avez mis moralement des couches à tout le monde, personne n’est plus responsable. Seriez-vous capables de me qualifier d’être malfaisant ? Est-ce que je fais le mal, agent Starling ? »

Telle est la question qui vaut pour chacune et chacun. Certes, nous ne sommes pas tous des monstres ! Mais à quoi attribue-t-on le mal que nous commettons tous : mensonge, convoitise, haine, jalousie, excès de toutes sortes ! Sommes-nous des êtres malfaisants par nature ? Ou, selon les discours des maîtres nouveaux qui veulent nous caresser dans le sens du poil, tout cela n’est-il dû qu’à notre mauvais environnement ?

LES MOTS DESAGREABLES DE L’EVANGILE

Le fait que les mots de l’Evangile sonnent de manière désagréable aux oreilles de l’homme n’est pas propre à notre temps. Il en fut toujours ainsi. Mais il est indéniable qu’à notre époque dite moderne, les mots de l’Evangile sont à contre-courant total de la mentalité ambiante. Une simple lecture du livre des Actes nous donne un aperçu des mots de l’Evangile difficiles à entendre par l’homme mauvais !

Alors qu’il se trouvait devant le gouverneur Félix prêt à l’entendre, Paul discourut sur la justice, la tempérance et le jugement à venir. La réaction du gouverneur ne se fit pas attendre. Effrayé par les thèmes abordés par Paul, il lui dit : « Pour le moment, retire-toi ; quand j’en trouverai l’occasion, je te rappellerai : Actes 24,25. » Il ne le fera jamais. Entendre, en tant que gouverneur, qu’un jour on devrait rendre compte à Dieu de sa vie, de ses abus, de ses injustices, fut plus que Félix ne put entendre. Les mots de l’Evangile grinçaient à ses oreilles comme une musique funeste.

Alors qu’il parlait à ses compatriotes juifs qui venaient de mettre à mort Jésus, Etienne utilisa l’Ecriture pour leur montrer qu’ils ne valaient pas mieux que leurs pères qui ont tué les prophètes et adoré des idoles. Ce qu’ils entendaient, dit le texte, les exaspérait ; ils grinçaient des dents contre lui. Pour autant, Etienne ne s’arrêta pas ici. Il poursuivit. Levant les yeux, il vit Jésus debout à la droite de Dieu et dit : « Je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu ! » Ce fut plus qu’ils ne pouvaient supporter. Ils poussèrent alors de grands cris en SE BOUCHANT LES OREILLES. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui pour le lapider : Actes 7. Ici encore, les mots de l’Evangile ne passèrent pas. Le geste des auditeurs est significatif. Ils sont prêts à tout entendre sauf les vérités fondamentales de l’Evangile.

Nous pourrions encore citer d’autres passages du livre des Actes, tel celui qui provoqua à Ephèse une émeute contre Paul. Le problème ici était que la prédication de Paul mettait en péril le commerce de la vente de petites idoles à l’effigie de la déesse Diane. Les mots de l’Evangile qui condamnaient l’idolâtrie ne passèrent pas !

LA GRACE A BON MARCHE

Si aujourd’hui il n’y a plus beaucoup de villes qui vivent du commerce de l’idolâtrie religieuse (quoique), il n’en reste pas moins vrai que notre génération préfère un Evangile dénaturé à celui que prêchait Paul. Dietrich Bonhoeffer en dénonça déjà la teneur au milieu du XXème siècle en pleine montée du nazisme. Dans son livre, « Le prix de la grâce », il nous dit de quoi est fait cet Evangile moderne agréable à écouter :

« La grâce à bon marché est l’ennemie mortelle de notre Eglise. Actuellement, dans notre combat, il y va de la grâce qui coûte. La grâce à bon marché, c’est la grâce considérée comme une marchandise à liquider, le pardon au rabais, la consolation au rabais, le sacrement au rabais ; la grâce servant de magasin intarissable à l’Eglise, où des mains inconsidérées puisent pour distribuer sans hésitation ni limite, la grâce non tarifée, la grâce qui ne coûte rien. Car on se dit que, selon la nature même de la la grâce, la facture est d’avance et définitivement réglée. Sur la foi de cette facture, on peut tout avoir gratuitement… La grâce à bon marché, c’est la justification du péché et non du pécheur. Puisque la grâce fait tout toute seul, tout n’a qu’à rester comme avant. Toutes nos œuvres sont vaines. Le monde reste monde et nous demeurons pécheurs même avec la vie la meilleure… ceci, c’est la grâce à bon marché, justification du péché mais non point justification du pécheur repentant, du pécheur qui abandonne son péché et fait demi-tour… la grâce à bon marché, c’est la prédication du pardon sans repentance, c’est le baptême sans discipline ecclésiastique, c’est la sainte cène sans confession des péchés, c’est l’absolution sans confession personnelle… Ce qui coûte cher à Dieu ne peut être bon marché pour nous. Elle est grâce d’abord parce que Dieu n’a pas trouvé que son Fils fût trop cher pour notre vie, mais qu’il l’a donné pour nous. La grâce qui coûte, c’est l’incarnation de Dieu. »

A quoi conduit la grâce à bon marché. On l’a vu, il y a peu. Elle a mené ses tenants à oser au nom de l’amour valider le mariage homosexuel dans l’Eglise : une gifle de plus au Christ sur la croix !

L’EVANGILE DE LA PROSPERITE

D’excellents articles ayant été écrits sur le sujet, je ne vais pas ici m’y remettre. Il me suffira de reprendre intégralement celui rédigé par Nicolas Blocher sur le site de la rébellution :

Qu’est-ce que la théologie de la prospérité ?

À la fin de la seconde guerre mondiale, plusieurs télé-évangélistes aux États-Unis ont mis l’accent sur le miraculeux : miracles, bénédictions financières, etc. Leur succès apparent était un gage de vérité de leur doctrine, et leurs auditeurs nécessiteux étaient attirés par leurs enseignements. Peu à peu, de nombreuses églises et œuvres « évangéliques » ont, volontairement ou non, adopté cette doctrine avec tous les degrés d’hérésie imaginables.

Cette doctrine enseigne, qu’avec le salut Jésus va promettre aux bons croyants, les richesses matérielles et financières, la santé, le succès. Du coup, plus tu seras proche de Dieu, plus tu seras prospère.

Les enseignants ont souvent une gestion douteuse des finances, et ils sont extérieurement riches… Ils paraissent donc proches de Dieu ! Naturellement, les simples croyants, qui ne prospèrent pas en déduisent qu’ils sont spirituellement déficients… Mais vont venir aux réunions, et donner, pour grandir dans la foi…et surtout dans la prospérité ! Le système est bien huilé… et fait des ravages sur plusieurs continents.

 Sur qui l’enseignement est-il centré ?

Il y a différents types d’évangile de la prospérité. Les punchlines vont de « Donne 10 € à Dieu et il t’en rendra 1000€ ! », jusqu’au plus évasif « Dieu veut te bénir », en passant par « découvre le champion qui est en toi ». L’année dernière, je suis entré dans une église de la région parisienne (qui prêche l’évangile de la prospérité), et l’argument choc pour convaincre tous les fidèles de participer au culte, aux réunions de prières, aux sorties d’évangélisation, aux conférences, c’était : « Vous serez bénis ! » La motivation ultime était alors ce que Dieu allait t’apporter immédiatement. Nulle trace de l’obéissance aux commandements de Christ, ou de l’amour et de la passion pour Dieu…

Dans ce genre d’enseignements, la vision de l’homme est erronée. Certains pensent que nous sommes des petits dieux, ou des hommes-dieux, et/ou que nous avons une autorité particulière sur les anges et sur Dieu grâce à la puissance de la foi, exercée par la prière. Les enseignements nous incitent à mettre en œuvre notre foi en exerçant notre autorité sur la maladie, les esprits, les anges, et même Dieu lui-même ! Le résultat ? L’homme se croit (tout-)puissant, avec une puissance particulière qu’il n’a pas en réalité.

La vision de Dieu est également fausse. On découvre un dieu au service des hommes, qui n’attend que ses ordres pour agir. Jésus aurait souffert en enfer, il aurait cessé d’être le Fils de Dieu, c’est tout juste s’il a pu ressusciter !

Les prédications des enseignants de la prospérité sont centrées sur les problèmes humains : physiques, matériels, émotionnels… On comprend très vite que les prédicateurs veulent plaire à leurs auditeurs en répondant à leurs préoccupations primaires, et, de fait, en négligeant leurs besoins spirituels. L’homme est exalté, et l’enseignement n’est pas centré sur le Dieu de la Bible.

 Les enseignements sont-ils conformes à la Bible ?

Le problème de l’évangile de la prospérité est aussi théologique. Thierry Huser, membre du comité théologique du CNEF, assure : « L’une des tendances lourdes de cette théologie est précisément de dire que tout nous est déjà acquis, que nous possédons tout en Jésus. La théologie de la prospérité veut nous faire des « déjà-riches-de-tout », et pour certains, des « déjà-en-droit-de-tout-posséder ».» Ainsi, certaines des bénédictions que Dieu nous promet pour le monde à venir sont déjà promises sur la terre.

Les bénédictions terrestres de l’ancienne alliance sont sorties de leur contexte et utilisées à tort et à travers. Aujourd’hui, Dieu veut toujours notre bien (!), mais la norme chrétienne est au contentement, comme Jésus, Pierre, ou Paul qui n’ont pas eu la vie prospère que promettent les enseignants de la prospérité. Paul disait en Philippiens 4.12 : « Je sais vivre dans l’humiliation, et je sais vivre dans l’abondance. En tout et partout j’ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l’abondance et à être dans la disette. » D’autre part, nombreux sont les avertissements aux riches…

La Bible présente toute une théologie de la souffrance, que Dieu utilise pour nous former. Comme Paul, « nous nous glorifions même des afflictions, sachant que l’affliction produit la persévérance, la persévérance la victoire dans l’épreuve, et cette victoire l’espérance » Romains 5.3-4.

Dieu fait pleuvoir sur les méchants comme sur les justes, et accorde chaque jour de grandes bénédictions à son peuple, comme aux gens du dehors. Il s’occupe aussi particulièrement de ses enfants en leur donnant ce qui est nécessaire pour vivre. Mais, il ne leur a jamais promis une quelconque prospérité matérielle, émotionnelle, physique ou financière !

 Les enseignements sont-ils influencés par les philosophies du monde ?

Comme le montre ce dessin du webdessinateur américain Adam4d, les premiers chrétiens n’auraient jamais pu croire en un tel évangile… Décimés, ils avaient le choix entre la fuite, ou la croix. Pourquoi, aujourd’hui, un tel engouement pour ces enseignements ?

Les recettes de la publicité augmentent constamment, et l’être humain n’a jamais été autant matérialiste, à la poursuite du succès et du développement personnel… D’autre part, l’inquiétude généralisée est courante avec les informations que transmettent les médias. Les hommes sont donc à la poursuite des biens et du succès et, en même temps, tentent d’échapper aux souffrances qui nous entourent. Qui ne voudrait pas d’un dieu à notre service qui comble nos besoins et désirs terrestres ?

De la même manière, la foi et la prière deviennent des prétextes pour exprimer des rêves, des aspirations… Jusque-là, rien de grave, mais en y regardant de plus près, en écoutant les enseignements, on retrouve des grandes similitudes avec le courant de la pensée positive[6] et de la visualisation qu’on retrouve sur des sites d’hypno-praticiens… Bref, un enseignement bien imprégné des philosophies du monde.

 Si notre piété amène Dieu à nous donner une Ferrari, les gens ne s’intéresseront pas à Dieu… Mais à la Ferrari ! Voilà le gros problème des bénédictions terrestres, qu’elles soient financières, matérielles, émotionnelles ou familiales… Au contraire, comme déclare le théologien John Piper : « Nous devons pouvoir dire, au milieu des épreuves et des privations : « Dieu me suffit. » ».

La France n’est malheureusement pas épargnée, et on retrouve beaucoup de ces charlatans dans certaines églises… Si tu veux aller plus loin, je te conseille de lire ce très bon document du CNEF sur la théologie de la prospérité.

CONCLUSION

Il arrivera un temps où les hommes ne supporteront plus l’enseignement sain de l’Evangile, a averti Paul. Ces jours sont les nôtres. L’apôtre n’en reste pas là. Ailleurs, il avertit aussi : « Si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait une bonne nouvelle différente de celle que nous vous avons annoncée, qu’il soit anathème (maudit) ! : Galates 1,8. Nous voici prévenus !

[1] Timothy Keller : Rencontres avec Jésus : Editions Ourania, page 137 et 138

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