Dans un livre paru il y a quelques années, intitulé « le Principe de Lucifer », Howard Bloom nous offre un outil de réflexion sur la question du mal dans le monde. Tout ce qu’il dit et échafaude ne pourra être pris à la lettre par le chrétien attaché à l’autorité de la Parole de Dieu. Le livre a cependant le mérite de nous livrer une analyse historique qui démontre pourquoi certains groupes, sous l’impulsion d’un leader, en viennent à prendre par la violence la domination du monde ou d’une de ses parties. Qui veut une réponse simple à la question du mal doit se désillusionner. « Si seulement il y avait des gens mauvais quelque part en train de commettre insidieusement des actes mauvais et s’il suffisait de les isoler et de les détruire, dit Soljenitsyne, cité par Bloom. Mais la frontière entre le bien et le mal traverse le cœur de chaque être humain. Et qui souhaite détruire un morceau de son cœur ? »

J’ai retenu pour ce billet la réflexion que nous livre Howard Bloom sur le principe barbare, titre de l’un de ses chapitres. Si je l’ai fait, c’est parce qu’elle me semble livrer une vue historique pertinente expliquant pourquoi des empires tombent pour laisser la place à d’autres en gestation qui, une fois arrivés au sommet de la hiérarchie, vivent le même processus de remplacement. La partie dans laquelle s’intègre ce chapitre pose la question de savoir qui sont les prochains barbares ? Car ce sont eux qui vont nous remplacer !

LA PRESEANCE EST PROVISOIRE

Une place au sommet de l’ordre de préséance (au sommet de la hiérarchie) n’est pas permanente. Loin de là ! Les animaux qui arrivent au sommet connaissent ce simple fait. Ils savent que les adolescents d’hier sont devenus les adultes agités d’aujourd’hui et observent avec circonspection ces jeunes rivaux jauger leurs chances de renverser leurs aînés au sommet de l’ordre social. Les bêtes dominantes restent vigilantes.

Mais une chose étrange se produit parmi les nations qui sont à l’apogée de l’ordre de préséance. Le superorganisme dominant s’endort parfois. Il tombe avec suffisance dans un piège fatal, pensant que sa position supérieure est un don de Dieu, que son sort heureux est éternel, que son statut imposant est gravé dans la pierre. Il oublie que tout ordre de préséance est temporaire et ne se souvient plus à quel point la vie peut être affreuse ici-bas. Il doit alors souvent faire face à une désagréable surprise

EXEMPLES HISTORIQUES

Nous savons tous que Rome a été morcelée par des peuples méprisés par les Romains. Les barbares ne se rasaient pas. Ils portaient des vêtements sales. Ils étaient presque toujours saouls. Leur niveau de vie était légèrement au-dessus de celui d’une mule. Leur technologie était ridicule. Ils ne savaient généralement ni lire ni écrire et n’avaient certainement pas de culture. Mais ces primitifs malodorants savaient se battre.

Rome ne fut pas la première superpuissance à être renversée par les rebuts du tiers-monde de son époque. L’Egypte, avant elle, le fut aussi. Au point de vue militaire, l’Egypte surpassait ses voisins. Ses bâtiments publics étaient ornés de scènes solennelles représentant des guerriers égyptiens menant des foules immenses de peuples conquis vers l’esclavage et décapitant les indisciplinés qui refusaient leur captivité. Personne ne pouvait défier le puissant empire… Mais plusieurs tribus rôdaient tels des animaux dans des terres à l’abandon au-delà des frontières égyptiennes. Un Egyptien aurait ricané si on lui avait dit que ces rôdeurs pourraient un jour représenter une menace sérieuse. Mais une foule hargneuse dont personne n’avait jamais entendu parler entra par le nord. C’était, culturellement, des moins-que-rien, des rustres méprisables. Ils avaient un style de vie de dernière catégorie. En-dehors de leur manque de bonnes manières, ils n’avaient que trois caractéristiques : ils étaient d’excellents cavaliers, se délectaient de la violence et avaient un don pour l’invention d’équipements militaires. Leur nom était les Hyksos. Ils écrasèrent entièrement l’Egypte, réduisant en miettes son armée, pourtant organisée avec précision.

Le même scénario se répéta pour les Babyloniens. Lorsque Babylone eut écrasé tous les peuples tribaux des alentours, sa principale source d’inquiétude devint les autres superpuissances de l’époque : les Assyriens et les Mèdes. La Babylonie avait de bonnes raisons de s’inquiéter. Chacune de ses rivales était un empire géant connu pour ses prouesses militaires. Avec cette double menace qui planait sur eux, les Babyloniens ne s’inquiétèrent pas d’une menace venant d’une tribu lointaine d’Iran. Installée sur une zone montagneuse, elle décida soudainement qu’elle voulait régner dans les vallées luxuriantes où florissaient les villes où les riches portaient d’élégants vêtements. Cette tribu se nommait les Perses. Les Perses étaient illettrés et frustres. Mais ils adoraient se battre. Il ne fallut pas longtemps à cette tribu jusqu’alors inconnue pour vaincre les Assyriens et les Mèdes. Puis les Perses s’en prirent aux Babyloniens isolés et les vainquirent.

L’ironie apparut quelques décennies plus tard. A présent, les dirigeants Perses victorieux étaient passés du statut de barbares à celui de citadins. Comme les Babyloniens avant eux, les Perses ne voyaient pas les barbares et ne pensaient avoir d’ennuis qu’avec les nations connues pour leur puissance militaire. Ils oubliaient que le réel danger vient souvent d’un peuple que tout le monde a totalement rejeté. Le grand chef Darius ne s’inquiéta donc pas des rustres qui se querellaient sans répit sur un groupe d’îles et de côtes rocheuses à l’ouest et qui s’appelaient les Grecs. Les parvenus occidentaux provoquèrent une bataille. Lorsque certaines villes sous commandement perse se révoltèrent, les insignifiants étrangers envoyèrent une flotte pour les aider. Puis ces barbares brûlèrent Sardes, la capitale de la région occidentale de l’Empire Perse. Déterminés à donner une leçon à ces impertinents moins-que-rien, les Perses ordonnèrent à un détachement naval de leur infliger une punition. Mais la flotte perse fut anéantie par une tempête. Le conflit perdura des décennies. Puis, un jour, un jeune homme grec que même ses concitoyens qualifiaient de barbare allait conquérir tout l’Empire Perse. Son nom était Alexandre le Grand.

EXISTE-T-IL DES CULTURES TUEUSES ?

Certains pourraient être choqués de m’entendre parler de barbares, dit Bloom. Il n’y a pas de barbares. Il y a simplement des cultures que nous n’avons pas pris le temps de comprendre, ou qui ont besoin de se développer. Sous leur peau, les hommes sont tous les mêmes. Ils ont les mêmes besoins et les mêmes émotions !

Mais il y a des barbares : des peuples dont les cultures glorifient le meurtre et élèvent la violence au statut d’acte sacré. Ces cultures dépeignent l’anéantissement d’autres êtres humains comme une preuve de virilité, un geste héroïque au nom de la vérité ou simplement une bonne façon de prendre de l’avance dans le monde. Certaines sociétés islamiques tendent à être en tête de liste.

L’ISLAM, CULTURE BARBARE

Dans les cultures islamiques, la sainteté, la vertu et même les convenances quotidiennes sont fondées sur l’exemple de Mahomet. Bien que la littérature islamique loue Mahomet comme homme de paix, il était également un chef militaire. En 624 ap. J-C, le prophète annonça le concept du jihad : la guerre sainte. « Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts… Et tuez-les, où que vous les rencontriez… » Au cours des neuf années suivantes, l’homme de paix ordonna au moins 27 campagnes militaires. Il en mena personnellement 9.

Il n’est pas surprenant que les juristes musulmans aient plus tard déclaré qu’il y avait deux mondes : le monde de l’Islam, Dar al-Islam et le monde non islamique, Dar al-Harb. Ces deux sphères territoriales, expliquèrent les savants musulmans, sont dans un état de guerre perpétuelle. Selon certains interprètes du Coran, un leader qui n’arrive pas à commettre de grands massacres dans les terres des infidèles commet un péché. Un homme d’Etat a droit à l’expédient temporaire qu’est la paix uniquement si ses forces ne sont pas encore assez puissantes pour gagner.

Nous pourrions penser que de tels propos sont extrémistes. On les retrouve cependant tels quels dans la bouche d’un Khomeyni :

« Les Musulmans n’ont d’autre alternative… qu’une guerre sainte armée contre les gouvernements profanes. Une guerre sainte signifie la conquête de tous les territoires non musulmans. Il sera du devoir de chaque homme adulte  de se porter volontaire pour cette guerre de conquête, dont le but final est de placer la loi coranique d’un bout à l’autre de la terre… Les dirigeants de l’URSS et de l’Angleterre et le Président des Etats-Unis sont des infidèles… Chaque partie du corps d’un individu non musulman est impure, même ses cheveux et ses poils, ses ongles et toutes les sécrétions de son corps. Tout homme ou femme qui nie l’existence de Dieu, ou croit en ses partenaires (la Trinité), ou ne croit pas en son prophète Mahomet est impur (tout comme le sont les excréments, les chiens et le vin). »

Le développement actuel de l’Islam est la fusion d’un superorganisme rassemblé par l’attraction magnétique d’un mème (un mème est un élément culturel reconnaissable répliqué et transmis par l’imitation du comportement d’un individu par d’autres individus). Mais ce mème a un avantage : le corps social qu’il essaie de réunir existait sous la forme d’une bête sociale dans le passé. Les vieux réflexes de solidarité sont encore présents, attendant d’être réveillés. Le mème du nouvel Islam n’essaie pas d’engendrer un petit embryon fragile. Il tente simplement de réveiller un géant endormi.

 

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