Qu’englobe l’eschatologie ?

Le terme « eschatologie » a fait, tout au long de l’histoire, l’objet de vives polémiques et discussions. Son origine remonte au terme grec « eschatos », ce qui, dans une séquence, arrive au dernier rang. Il y a donc une connotation temporelle indéniable dans le terme. Dans le Nouveau Testament, elle est signifiée par les termes « dans les derniers temps » ou « aux derniers jours ». Dans le sens le plus ample, l’expression englobe l’ensemble des événements qui courent de l’incarnation de Jésus jusqu’ au renouvellement de toutes choses. C’est le sens que lui donne le début de l’épître aux hébreux : Hébreux 1,1 à 3. Dans un sens ponctuel, le terme cible l’événement majeur sur lequel débouche la dernière étape de l’histoire : la révélation manifeste et glorieuse du Christ au monde introduisant l’état ultime. C’est l’usage qu’en fait l’apôtre Pierre dans sa première épître lorsqu’il parle du salut prêt à être révélé dans les derniers temps : 1 Pierre 1,5. A ces deux usages principaux, il peut s’y s’ajouter un 3ème qui traite de ce qui doit se produire dans la dernière étape, mais avant la parousie éclatante du Christ. Ainsi, à la limite, on pourrait ranger tout ce qui se dit dans le Nouveau Testament dans la rubrique eschatologique. Pour que le concept demeure maniable, il faut cependant le délimiter. Nous dirons donc que l’eschatologie traite de l’achèvement glorieux de l’histoire, et ce qui le prépare !

Le langage eschatologique du NT 

Le langage eschatologique ne se nourrit pas seulement de l’étrange, du grandiloquent propre au style apocalyptique. Il utilise aussi des termes du langage de la vie courante tels l’habillement (être vêtu ou nu), le monde du travail (le salaire, œuvrer), le sport (l’athlète), l’habitation (la tente, la maison), le code juridique (la sanction, la récompense), la cité, la patrie, les relations personnelles (être avec Christ)…

4 structures majeures

 

  1. L’eschatologie néotestamentaire est une eschatologie temporelle orientée vers l’avenir

 

Elle utilise le schéma temporel courant : passé, présent et avenir. Elle est tendue cependant vers l’avenir, mais elle n’est pas détachable d’une foi en Dieu, maître du temps. Elle se distingue de toute pensée qui affirme la fixité des choses et l’immutabilité du monde. L’apôtre Pierre s’en prend directement aux sceptiques convaincus de la permanence du monde : 2Pierre 3,3. L’histoire n’est pas cyclique, mais linéaire : elle va vers un aboutissement.

 

L’utilisation du vocabulaire temporel apparaît de façon récurrente. L’âge à venir est mis en contraste avec l’âge présent. Il est parlé de la 1ère et de la seconde venue de Jésus. Le temps pointe vers un jour particulier : le Jour du Seigneur. L’eschatologie temporelle ne propose pas pour autant une vision mécanique et uniforme de l’histoire. Le Jour de la gloire future s’est levé avec la venue première de Jésus. Le royaume s’est approché, ses prémices sont là, nous recevons les gages de notre futur héritage. Le croyant vit dans les deux âges, le présent et l’avenir.

 

La ligne du temps est dominée par deux interventions divines décisives, deux temps forts :

 

  1. La 1ère est faite du complexe d’événements constitué par la venue du Fils pour l’œuvre de la rédemption : incarnation, vie, ministère de Jésus, croix, résurrection, don de l’Esprit…

 

  1. Le 2ème traite de la seconde venue du Fils : la parousie en vue de l’achèvement de la rédemption : les signes, les tribulations qui la précèdent, la résurrection des corps, la transformation des vivants, le rassemblement de l’Eglise, la destruction des puissances adverses, le jugement…

 

Il y a donc trois temps forts dans la ligne du temps : le temps de la préparation de la première venue du Fils, le temps de l’exploitation des grâces apportées par la première venue et la préparation de la seconde venue, le temps de la pleine exploitation des grâces apportées par la première et la seconde venue du Fils.

 

La difficulté pour le croyant de l’âge présent est d’apprendre à fixer son regard à la fois sur la première et la seconde venue du Fils. Il doit apprendre à se réjouir du salut accordé tout en aspirant au salut attendu. A Corinthe, Paul a dû combattre des chrétiens convaincus que tout avait déjà été donné lors de la première intervention du Christ. Ils se désintéressaient donc de la seconde. A l’opposé, les thessaloniciens oubliaient les possibilités présentes de vie abondante et utile pour attendre tout du renouvellement promis.

 

  1. Une eschatologie de la totalité

 

L’eschatologie traite de la totalité de l’homme, créé à l’image de Dieu. Dieu s’intéresse à la totalité de l’homme, depuis sa conception jusqu’à sa vieillesse, dans tous les aspects de sa vie terrestre et au-delà. L’eschatologie ne se limite pas à l’âme humaine. Elle concerne aussi le corps. Les Evangiles signalent l’intérêt du Christ pour tous les aspects de la vie concrète de l’homme. Le Christ Lui-même est ressuscité corporellement. Paul affirme fortement la résurrection des morts avec un nouveau corps.

 

Confesser la résurrection du corps est aujourd’hui encore une thèse hardie pour l’esprit moderne et scientifique. L’âme, affirme-t-on, n’est pas dissociable du corps. La pensée est produite par le cerveau. Parler d’un esprit détaché d’un corps est tenir un discours d’un autre temps.

 

L’unité de l’être humain est duelle selon la tradition chrétienne : réconciliation de l’âme avec Dieu par Christ, dissociation âme-corps lors de la mort, et unité retrouvée ensuite. Il y a selon Paul une continuité et une discontinuité de l’être humain en perspective eschatologique. Paul distingue le corps psychique du corps spirituel, qu’il revêt par la transformation au dernier jour. Entre temps, il y a la mort. Mais c’est le même homme qui ressuscite et accède à la plénitude de la vie. C’est le même mot « soma » qui est utilisé pour les deux corps.

 

A l’eschatologie de la totalité de l’homme, s’en ajoute une autre : une eschatologie de la totalité du monde. Il y aura selon l’Ecriture une résurrection des justes et des injustes : Daniel 12,2. L’achèvement est une remise dans l’ordre de Dieu dans la totalité : Dieu est tout en tous, dira Paul : 1 Corinthiens 15,28. L’eschatologie embrasse aussi tout le monde créé. La création a part au renouvellement des choses, à la liberté et à la gloire des fils de Dieu. Tout est réconcilié par lui et pour lui. Non seulement l’humanité est nouvelle, mais l’univers aussi est apaisé et transfiguré. Ainsi se réalise en gloire tout le projet créateur originel.

 

  1. Une eschatologie trinitaire

 

Elle se distingue de toute eschatologie humaniste puisqu’elle rapporte toute la réalité au Dieu vivant. Elle s’oppose à la notion d’un progrès constant de l’humanité par la connaissance, la technique, l’éducation, vision de l’avenir aujourd’hui périmée. Elle se distingue du messianisme marxiste  de type économique qui compte arriver à une société sans classe. Elle se distingue des eschatologies à structures évolutionnistes pour qui le point Oméga est atteint par spiritualisation progressive dans une sorte d’immense processus sans rupture majeure.

 

Elle exalte le Dieu qui se fait connaître comme 3 personnes en un seul, comme Trinité agissante. Le moteur de l’histoire et de l’eschatologie est le Dieu de la Révélation, Père-Fils-Saint-Esprit. Toute action peut être référée au Dieu Père. C’est Lui qui ressuscite le Christ, qui ressuscitera les morts… C’est lui qui déclenche le processus eschatologique et qui en scande les moments. Mais à partir de Pâques, c’est l’œuvre du Fils qui est mise en valeur et la puissance de sa résurrection. Cette puissance du Fils se déploie dans la vie du croyant le conduisant jusqu’à son terme. Le Christ ressuscité domine le temps présent et ouvre l’avenir (Christ est le second Adam et la Tête du corps). L’Esprit-Saint : Actes 2 souligne la portée eschatologique du don de l’Esprit (prophétie de Joël). L’Esprit est la puissance de vie et de résurrection agissant dans le croyant. Nous recevons en Christ les prémices de l’Esprit : la présence de l’Esprit est un gage de la plénitude des grâces eschatologiques. Il atteste notre statut de fils adoptif et notre droit au plein héritage. L’Esprit soupire au cœur du croyant dans l’attente de la plénitude.

 

  1. Une eschatologie de la souveraineté de Dieu

 

L’autorité de Dieu est contestée dans le monde, sa volonté bafouée. Le mal s’étend avec arrogance et la loi de la mort est fermement établie. L’eschatologie, c’est l’affirmation du rétablissement de la souveraineté de Dieu sur la création visible et invisible. Parler de la souveraineté de Dieu, c’est utiliser le registre du pouvoir, de la force qui imposent la soumission. C’est aussi aborder le domaine du droit et de la justice.

 

L’eschatologie c’est la reconnaissance des droits et de la justice de Dieu. La résurrection du Christ est déjà une manifestation de souveraineté décisive. Mais la portée de l’événement n’est accessible que dans la foi. Dans la mort et la résurrection du Christ, le mal est effectivement terrassé, Satan est défait, les puissances hostiles sont réduites à l’impuissance, voire ridiculisées : Colossiens 2,15. En même temps, il y a démonstration de justice. Ceux que le Christ représente sont justifiés car le prix a été payé. Mais le Nouveau Testament attend encore la spectaculaire et irréfutable démonstration de la souveraineté de Dieu et l’établissement définitif de son règne. 1 Cor 15,24 : Il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds.

 

Il n’y aura plus de contestation : les croyants recevront les grâces supplémentaires de la récompense et les injustes leur rétribution. C’est le triomphe de l’amour total. C’est pourquoi l’Eglise, les croyants et, d’une certaine façon, le monde aussi dit : Viens bientôt !

D’après une étude de Samuel Bénétreau

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