Nous avons vu dans les deux précédents billets que l’apostasie, qui décrit le phénomène qui doit se produire avant le retour de Jésus, exprime le divorce, la rupture du monde christianisé d’avec l’Evangile. Ce divorce supposait antérieurement une union qui, selon les propos de Jésus, n’aurait pas dû avoir lieu. Il fut entamé de manière saine par le mouvement de la Réforme qui se produisit au XVIème siècle. Le divorce qui eut lieu ici conduisit à une séparation de nombre d’Etats européens avec le pouvoir indu que s’arrogeait le pape, chef de l’Eglise catholique, sur eux. Au-delà de la Réforme, un autre courant, né de la Renaissance en Italie, prit petit à petit le pouvoir sur les esprits. C’est le courant rationaliste, pur produit de l’humanisme.

L’humanisme

Selon sa propre définition, l’humanisme est un courant qui met sa foi en l’homme. Cette foi en la valeur de l’homme nécessite, comme il en est de même pour la foi en Dieu et en Christ, plusieurs présupposés. Je n’en traiterai ici que deux.

  1. le libre-arbitre

Le premier d’entre eux, commun à tous les humanismes, est l’idée selon laquelle la nature humaine ne serait pas aliénée au mal au point de ne pas avoir de libre-arbitre. Par la capacité propre à la nature humaine, les humanistes sont convaincus que l’homme peut s’éduquer lui-même en vue de la sagesse. L’humain étant la mesure et le but de toutes choses, l’humanisme place les valeurs de la personne humaine et la dignité de l’individu au-dessus de tout.

Aussi philosophique puisse paraître le débat sur la question, il n’est pas sans importance au regard de l’histoire du christianisme. En effet, avant d’être le fondement philosophique de l’humanisme, le libre-arbitre fut une question longuement débattue par les théologiens et les Pères de l’Eglise. L’un de ses tenants les plus connus fut Pélage, un moine breton, que combattra Saint-Augustin. « La raison, disait Pélage, n’est pas viciée par le péché originel. La perfection est possible. » Le pélagianisme sera condamné en 418 par le pape Zozime.

Pour autant, le pélagianisme, et sa conception de l’homme dans sa nature, ne disparut pas. Il fut même un nouvel objet de dispute au temps de la Réforme entre Calvin, par exemple, et Jacob Arminius, un théologien hollandais, adepte d’idées pélagiennes. Héritiers de la pensée d’Augustin, les Réformateurs affirment que seule la grâce opérante de Dieu peut conduire un homme à la foi. C’est pourquoi les croyants ne peuvent être que des élus, sujets de la prédestination divine. L’homme ne possède pas,  en ce qui concerne les choses de Dieu, de réel libre-arbitre, mais, il est soumis, disaient Luther et Calvin, au serf-arbitre. En 1619, le synode de l’Eglise Réformée de Dordrecht condamnera de façon formelle l’arminianisme.

Si la Réforme a favorisé le divorce entre l’Eglise catholique et les Etats, nous constatons ici que l’humanisme va plus loin. C’est à la conception biblique de l’homme, de sa servitude et de son aliénation au péché, qu’il s’attaque. Si l’homme a une dignité, elle n’est pas, selon l’Ecriture, intrinsèque à celui-ci. Elle l’est en raison de sa création par Dieu et du projet de salut que Dieu a mis en œuvre en sa faveur. En déconnectant l’homme de son statut de créature, l’humanisme séculier ne peut aboutir in fine qu’à un antichristianisme.

  1. le refus de la transcendance

Pour le Juif pieux comme pour le chrétien, la sagesse comme la vérité ne sont accessibles qu’au travers d’une Révélation. « Sans l’Ecriture qui n’a que Jésus-Christ comme objet, disait Blaise Pascal, nous ne connaissons rien et nous ne voyons qu’obscurité et confusion dans la nature de Dieu et dans notre propre nature. » L’humanisme considérant que l’homme a, par sa raison, la capacité de déterminer lui-même ce qui est bien et mal, la transcendance, cette idée selon laquelle la connaissance ultime des choses dépasse l’homme, n’est plus de mise.

Il n’en fallait pas plus pour que, tôt ou tard, l’inutilité de Dieu soit déclarée. C’est la rupture qu’opérera Nietzche avec la morale judéo-chrétienne : déclarant « la mort de Dieu », il ouvrira la voie à l’humanisme athée. Mais quel est-il cet humanisme athée ? Selon le théologien catholique Henry de Lubac, il ne constitue qu’une forme nouvelle de pélagianisme, une religion humaniste privée de grâce, dans laquelle le libre arbitre est exaltée jusqu’à l’excès. Pour Pierre-André Taguieff, sociologue français, il n’est pas sans danger. Une certaine conception de l’humanisme peut amener l’homme à se voir comme un « Etre suprême » ayant le droit (et même le devoir) de s’approprier la nature et d’en faire une exploitation sans limite. L’humain n’étant plus raccordé à Dieu, il devient inévitablement la mesure et le but de toutes choses.

La franc-maçonnerie

Notre réflexion sur l’humanisme, fondement philosophique du divorce de l’Occident avec l’Evangile, serait incomplète si nous n’évoquions pas une société secrète toute pétrie de son influence et qui, aujourd’hui comme dans les siècles qui nous ont précédés, continue à infléchir et conditionner les valeurs de notre société vers un antichristianisme de plus en plus marqué : la franc-maçonnerie.

Les francs-maçons eux-mêmes le disent : la franc-maçonnerie est toute entière rattachée à l’humanisme et ses principes. Il suffit pour s’en convaincre de se reporter au document cité ici en lien. Aussi n’est-il pas étonnant que cette société compte parmi elles de nombreux philosophes, tels Goethe, Voltaire, Mirabeau, Montesquieu ou le marquis de Sade, et des hommes politiques de premier plan dans tous les pays. C’est aux francs-maçons que notre République française doit sa devise : Liberté, Egalité, Fraternité qui est et reste la référence qui justifie tous les renversements de valeurs qui se sont opérés ces dernières décennies ! Si ce sont nos députés qui votent les lois proposées, leur élaboration ne sorte pas d’un obscur bureau d’un ministère. Selon le témoignage de Serge Abad-Gallardo, ancien franc-maçon, des lois comme l’avortement, l’euthanasie ou le mariage homosexuel ont été mûries et étudiées dans les loges avant de passer au Parlement pour aval.

Aussi les liens entre franc-maçonnerie et pouvoir ne sont plus un secret pour personne. Preuve en est une fois de plus par le colloque sur la jeunesse, organisé en avril prochain par la Grande Loge de France, sous le haut patronage du ministère de l’Education Nationale !

CONCLUSION

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le grand divorce qui s’opère silencieusement entre nos nations christianisées et la foi, les valeurs qui ont fait leurs richesses. Le processus qui sous-tend l’histoire de tout divorce est ici bien repérable. Après l’union suit la séparation. Après la séparation, vient l’adultère (on se choisit d’autres amants !). De nouvelles unions consommées, il ne faut pas longtemps pour que la rupture engendre la haine envers l’ancien époux, et tout ce qu’il représente. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, selon l’Ecriture, le rejet du Christ finira par l’exaltation, l’adoration, y compris dans les sociétés autrefois chrétiennes de l’Antichrist, celui qui nie le Père et le Fils !

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