Le signe majeur

Jeunes convertis encore peu affermis, les chrétiens de Thessalonique s’étaient laissés ébranler dans leur foi par de prétendues révélations que l’on disait provenir des apôtres. Elles leur laissaient croire que le jour du Seigneur était déjà là. L’apôtre Paul les invite à rejeter cette erreur. Puis, pour qu’ils ne se laissent plus prendre par de telles affirmations, il leur donne un signe qui doit absolument se produire au préalable avant que ce jour, le grand Jour de Dieu vienne !

« Que personne ne vous trompe d’aucune manière : il faut d’abord que vienne l’apostasie et que se révèle la personnification du mal, celui qui est voué à la perdition, l’adversaire qui s’élève au-dessus de tout ce qu’on appelle dieu, de tout ce qu’on adore, et qui va jusqu’à s’asseoir dans le sanctuaire de Dieu et à se présenter lui-même comme Dieu : 1 Thessaloniciens 2,3 et 4. »

Il faut d’abord, dit Paul, que vienne l’apostasie. Il se peut que, pour certains d’entre nous, ce mot ne signifie pas grand-chose. Il nous sera cependant plus facile de le comprendre, si nous le remplaçons par un autre mot utilisé par l’Ecriture et qui signifie la même chose. Nous trouvons ce mot dans la bouche de Jésus en Matthieu 5,31. Jésus traite ici le sujet de la répudiation qui peut se produire dans un couple. Il dit :

« Il a été dit : Que celui qui répudie sa femme lui donne une lettre de divorce. » Si les traducteurs de la Bible l’avaient voulu, ils auraient pu choisir de traduire le terme divorce autrement. Le mot grec d’où il vient se dit en effet apostasion. Aux yeux de Jésus, le divorce d’un couple est une apostasie. Il en porte les caractéristiques. Le processus qui y conduit, les éléments qui le constituent en décrivent parfaitement l’idée.

Aussi n’est-ce pas exagéré de dire ou de traduire la pensée de Paul lorsqu’il écrit aux Thessaloniciens de la sorte : Que personne ne vous trompe d’aucune manière : il faut d’abord que vienne le grand divorce !

La réalité du divorce, des étapes qui y mènent et des souffrances qui en résultent, nous étant familières en notre temps, je vous propose ici d’y réfléchir et d’en tirer toutes les applications qu’implique sa comparaison avec le signe majeur qui doit se produire dans le monde avant le Jour du Seigneur !

Qui divorce de Dieu ?

A plusieurs reprises, l’Ecriture avertit, sous la plume de différents auteurs qu’il y aura du milieu du peuple de Dieu des faux-chrétiens qui croiront un temps, puis qui abandonneront la foi. Evoquant les 4 types de terrain sur lesquels tombe la semence de la Parole de Dieu, Jésus dit :

« Celui qui a été ensemencé dans les endroits pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie, mais il n’a pas de racine en lui-même, il ne tient qu’un temps ; sitôt que survient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, c’est pour lui une cause de chute : Matthieu 13,20-21. »

Evoquant la question de la venue de l’antichrist, Jean dit dans sa première lettre qu’il y a déjà dans le monde beaucoup d’antichrists précurseurs du dernier. Puis il ajoute :

« Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils eussent été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous, mais cela est arrivé afin qu’il fût manifeste que tous ne sont pas des nôtres : 1 Jean 2,19.

Les apôtres Paul, Pierre et Jude n’en pensent pas moins, eux qui ne cessent d’avertir les différentes églises auxquelles ils s’adressent contre les faux ouvriers, les faux docteurs ou les faux prophètes qui changent la grâce de Dieu en débauche !

Le premier constat que l’on peut faire de cette lecture est que l’apostasie, le grand divorce final ne concernent pas les véritables enfants de Dieu. Ceux-ci, dit Pierre, sont, par la puissance de Dieu, gardés par la foi pour le salut prêt à être révélé dans les derniers temps : 1 Pierre 1,5. Jésus l’affirme fortement : la volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour : Jean 6,39. Il n’y va pas de notre propre pouvoir, mais de la fidélité de Christ de conduire chacun de ceux pour qui Il est mort à bon port !

Mais Paul l’annonce ! Il vient un jour dans le monde où se produira un grand divorce d’avec le christianisme. Ce moment sera le signe majeur de la proximité du Jour du Seigneur. Reprenons cependant les choses depuis le début ! Qui dit divorce dit forcément mariage ! Quand celui-ci se produisit-il ? Et à partir de quand les signes de la rupture ont-ils commencé à se manifester ?

Le mariage du monde et de l’Eglise

Il est indéniable que, dans une grande partie de l’humanité au moins, une véritable union se produisit dans l’histoire entre le monde et l’Eglise. Cette union fut si forte qu’il n’était pratiquement pas possible de dissocier l’histoire profane de l’histoire de l’Eglise. Il suffit de lire le Nouveau Testament ou les Actes des apôtres pour remarquer qu’il n’en était pas du tout ainsi au début. Mais les progrès fulgurants de l’Evangile aidant, vint le jour où, de minorité qu’il était, le christianisme devint majoritaire. C’est alors que, sous l’empereur Constantin le Grand, des fiançailles officielles eurent lieu mariage entre les puissances du monde et l’Eglise !

Ecoutons Jules-Marcel Nicole évoquer dans son « Précis d’histoire de l’Eglise » ce tournant décisif dans l’histoire :

« A la veille de la bataille au Pont Milvius contre un usurpateur, Constantin eut une vision de la croix accompagnée d’un ordre : « Remporte la victoire par ce signe ». Dès lors, il prit le labarum comme emblème. Devenu maître de tout l’Occident, il promulgua avec l’empereur d’Orient Licinius en 313 peut-être d’abord à Milan, ensuite à Nicomédie, un édit de tolérance pour les chrétiens. Tout en gardant son titre païen de souverain pontife, il favorisa le christianisme, surtout lorsqu’après sa victoire sur Licinius, il devint le seul empereur. Il rendit obligatoire le chômage du dimanche, donna le droit de propriété aux Eglises, reconnut l’autorité des tribunaux ecclésiastiques et restreignit certains usages païens. »

Les fiançailles entre le christianisme et l’empire romain connurent bien des hauts et des bas. Julien l’Apostat, le neveu de Constantin qui lui succéda, tenta de les rompre en rétablissant le paganisme. Mais son règne fut bref (361 – 363). Il mourut, dit-on, en s’écriant : « Galiléen, tu as vaincu ! »

Les siècles qui suivront verront l’union entre l’Eglise et l’Etat devenir de plus en plus étroite, aussi bien en Orient qu’en Occident. Selon la situation, ce sont les empereurs qui domineront l’Eglise, soit l’inverse. Charlemagne, par exemple, fut la première incarnation du césaropapisme. Se considérant comme maître de l’Occident à tous points de vue, il régit l’Eglise, se mêle de questions de doctrines, d’administration ecclésiastiques, nomme les évêques, convoque les conciles. Il surveille la moralité des prêtres, recommande la prédication en langue

Philippe IV le Bel

vulgaire, fait traduire le credo et l’oraison dominicale. Son fils Louis proclamera plus tard la suprématie de l’empereur sur le pape.

Dans l’Europe divisée du XIème au XIIème siècle, l’Eglise paraissait comme le seul vrai ilot de stabilité. Aussi parvint-elle, au cours de cette période, à regrouper tout l’Occident sous son sceptre comme jamais auparavant et jamais depuis. Toute la vie politique, artistique, littéraire, intellectuelle gravite autour de l’Eglise romaine et de son représentant, le pape. Le droit donné aux princes de nommer les dignitaires ecclésiastiques leur sera ôté par Grégoire VII. Le pape Boniface VIII affirma la suprématie du pape sur les souverains dans les domaines temporel aussi bien que spirituel. Mais le roi de France Philippe IV le Bel le mettra en prison, ce qui va porter un coup terrible au prestige papal.

Dans les siècles qui suivront, les signes du désamour entre Eglise et Etat ou Occident ne vont pas cesser de se renforcer. Nous verrons comment ils aboutiront au grand divorce d’aujourd’hui dans le prochain billet.

 

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