OU ALLONS-NOUS ?

Il faudrait être aveugle, c’est-à-dire déjà dans les ténèbres, pour ne pas s’apercevoir que la nuit descend sur le monde : nuit spirituelle, nuit morale, nuit de misère matérielle ; nuit plus tragique que toutes les nuits de l’histoire. Dans tous les continents, des hommes de tous pays, de toutes races, de toutes langues, de toutes opinions, de toutes religions, s’interrogent anxieusement : où allons-nous ?

On multiplie les conférences pour essayer de trouver une solution à cette situation qui apparaît de plus en plus critique à ceux qui pensent et qui voient. Cette angoisse mondiale n’empêche pas, il est vrai, une foule d’hommes et de femmes de vivre apparemment dans l’insouciance, avides de plaisirs. Il faut bien se distraire, pour ne pas penser. S’étourdir, s’enivrer même, sont des moyens de perdre conscience d’un danger, mais ne sauraient le supprimer.

LE CREPUSCULE DU MONDE

Vous savez tous ce qu’est le crépuscule, cette lumière qui persiste après le coucher du soleil ou qui paraît avant son lever. Cette lumière incertaine est produite par l’illumination des couches supérieures de l’atmosphère, par les rayons du soleil lorsque ce dernier, se trouvant au-dessous de l’horizon, mais toutefois à une certaine distance seulement, ne peut plus ou ne peut pas encore nous éclairer directement. Ainsi, les molécules d’air des régions atmosphériques supérieures nous renvoient une portion de la lumière qu’elles ont reçue, clarté qui va toujours en diminuant ou augmentant.

Il y a donc en réalité deux crépuscules, celui du soir appelé brune, et celui du matin connu sous le nom d’aurore. La Bible, elle aussi, nous parle clairement de ces deux crépuscules, et, si paradoxal que cela puisse vous paraître, elle nous montre que nous arrivons de nos jours, à la fois au crépuscule du soir et à l’aurore d’un matin sans nuage. Esaïe, le prophète, dans son oracle sur Duma, nous rapporte cette parole lourde de sens : On me crie de Séir : Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? La sentinelle répond : Le matin vient, et la nuit aussi. Si vous voulez interroger, interrogez : convertissez-vous et revenez ! : Esaïe 21,11-12.

En effet, si pour un monde impie, moqueur et sans Dieu, si, pour une religion hypocrite et sans vie, sans réalité, la nuit vient, le matin aussi s’annonce pour tous les croyants fidèles. Sans cesse, la Bible nous montre ces deux parts d’une façon très claire : le croyant fidèle attend la délivrance ; le monde incrédule et apostat, la colère à venir

VERS LA FIN DU SILENCE DE DIEU

A l’aurore de l’ère atomique, à l’époque thermonucléaire, à l’apogée de la lumière de la civilisation, nous assistons au coucher de l’ère de la grâce, de l’ère du pardon, de la patience et du silence de Dieu ; à la fin de l’économie de la foi, de ce temps bienheureux où Dieu voulait qu’on croie en lui sans le voir, et sans l’entendre autrement que par ses oeuvres et dans sa Parole. Le monde va entrer dans l’ère où les hommes devront croire en face de l’évidence, quand les puissances des cieux seront ébranlées et que Dieu se lèvera, pour accomplir, comme le dit l’Ecriture, des bouleversements sur la terre.

Au temps heureux de la foi où les hommes pouvaient croire sans voir pour être sauvés, va succéder l’heure tragique où le monde sera obligé de croire en face de l’évidence. Mais cette démonstration, si souvent réclamée, ne sauvera hélas personne. Au contraire, nous dit Jean dans son Apocalypse : « Quand ils Le verront, ils diront aux montagnes et aux rochers : Tombez sur nous et cachez-nous devant la face de Celui qui est assis sur le trône, et devant la colère de l’Agneau, car le grand jour de sa colère est venu, et qui peut subsister ? : Apocalypse 6,16-17.

Qui que nous soyons, ne nous y trompons pas : alors que l’Evangile est encore annoncé aux pauvres, que la guérison est offerte à ceux qui ont le coeur brisé, alors que la délivrance est encore promise à tous les captifs et la liberté à tous les opprimés, au jour où la vue peut encore être rendue aux aveugles, les ombres descendent dans nos vallées ; il commence à faire froid dans le monde, et ce froid pénètre les âmes et remplace la chaleur de l’amour pour Dieu et le prochain. Le désespoir et la haine s’insinuent dans nos coeurs.

Fait-il froid dans votre âme ? Froid pour Dieu ? Froid pour votre prochain ? Ce n’est pas bientôt la fin du monde, mais c’est bientôt la fin d’un âge. Nous arrivons au coucher du jour de la grâce, à la fin de l’an de grâce du Seigneur qui dure depuis plus de deux mille ans, et la nuit froide du règne de l’antichrist, la nuit de l’erreur, du mensonge, de l’oppression et du jugement, vient.

LE REGNE DE LA PEUR

Regardez un peu ce monde dont les oeuvres racontent encore la gloire et la puissance du Créateur. Vaste théâtre donné à l’homme pour glorifier Dieu, il devient de plus en plus la scène sur laquelle les hommes jouent la pièce de Satan, des rôles appris du diable. Contemplez donc ce monde, dans lequel évolue un vaste système politique, moral et religieux, et vous verrez qu’il n’y reste plus qu’une petite place pour Dieu, ou trop souvent hélas, pour une caricature de Dieu.

Sortez donc quelques instants de vos petites circonstances personnelles, de vos petites ou grandes préoccupations nationales, sociales, ecclésiales ou familiales, et ouvrez vos yeux, vos oreilles et vos coeurs. Vous verrez alors des choses effrayantes, vous entendrez des choses bouleversantes, dont nous sommes aussi responsables.

Au sein de la nature, restée pourtant si belle malgré le joug de corruption auquel elle se trouve asservie, vous verrez la pauvre humanité démente, révoltée, désespérée, vivant sans Dieu, sans secours surnaturel, mordue aux entrailles par la peur, avançant les mains sales, et les yeux noyés de désespoir.

La peur règne sur le monde. Peur de la guerre chez les grands et les petits, peur des tremblements de terre dans certains pays, peur des raz de marée, peur de tous ces éléments qui peuvent se déchaîner d’un moment à l’autre, peur des épidémies, sans parler de toutes les autres peurs qui règnent dans les foyers : peur de la vie, peur de la mort, peur du jugement.

Croyants ou incrédules, qu’en cet instant Dieu vous saisisse, qu’il ouvre vos yeux  afin que vous voyiez, et vos oreilles afin que vous entendiez, car il y va de votre vie, de votre bonheur présent et éternel.

Gaston racine : l’athéisme pratique (extraits)

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