L’AVENIR : PREOCCUPATION CENTRALE

« L’Eglise, dit Jûrgen Moltman, est semblable à une flèche vers l’avenir envoyée au-dehors du monde (1). » Nous vivons dans un monde où tous s’intéressent à l’avenir. Que ce soit sur le plan politique ou scientifique, chacun veut un avenir plus beau. Certains le cherchent dans une utopie socialiste sans classes, de type marxiste. L’idée biblique du royaume de Dieu se trouve remplacée par la perspective d’une société terrestre parfaite. L’immortalité est alors collective et non personnelle : survivance de l’Etat et non des individus.

Les Etats totalitaires, ces dernières décennies, ont éliminé des millions d’êtres humains indésirables dans l’intérêt de leur nouvel ordre social. Nombreux sont ceux qui partagent ce cynisme et attendent « une république d’animaux humains où les membres du parti seront plus justes que les autres (2). »

L’autre solution, inacceptable selon Lesslie Newbiggin, est que « la signification de la vie humaine doit être vue dans l’aventure spirituelle de chaque individu. Le but dernier, c’est alors la destinée de chaque âme, cependant que le drame général de l’histoire universelle, avec ses guerres, ses révolutions, ses tensions politiques et sociales sont vides de sens, dénué de finalité. L’histoire est alors comme une sorte d’interminable revue où chacun apparaît sur scène, joue son numéro, puis disparaît dans les coulisses avec les fleurs qu’il mérite !… Le sens de la vie réside dans la recherche d’une immortalité personnelle. »

N’existe-t-il aucune nouvelle communauté aventureuse, au style de vie admirable, accomplissant la véritable destinée de l’homme pour l’avenir ? L’Evangile n’a-t-il rien à dire ?

LA PLACE CENTRALE DE L’ESCHATOLOGIE

Si l’on évacue ce que la Bible dit sur l’avenir – les promesses, la plupart des paraboles, le royaume, l’avènement du Fils de l’homme – il ne reste plus grand chose de l’Evangile.

« Le christianisme est tout entier (et pas seulement en appendice) eschatologique. Il est espérance, perspectives et orientation en avant, donc aussi départ et changement du présent. La perspective eschatologique n’est pas un aspect du christianisme, elle est à tous les égards le milieu de la foi chrétienne, le ton sur lequel tout, en elle, s’accorde, la couleur de l’aurore d’un jour nouveau attendu dans laquelle tout baigne ici. En effet, la religion chrétienne vit de la Résurrection du Christ crucifié et tend vers les promesses de son avenir universel. L’eschatologie est la souffrance et la passion qui naissent au contact du Messie. Aussi l’eschatologie ne peut pas être, à proprement parler, un élément de la doctrine chrétienne. L’orientation eschatologique est bien plutôt caractéristique de toute prédication chrétienne, de toute existence chrétienne et de toute l’Eglise (4). »

L’Eglise s’est si souvent égarée en chemin. Sous Constantin, elle est devenue « culte public » se contentant de fournir au système en place son approvisionnement religieux. Dans l’Europe post-chrétienne, elle est devenue un culte privé, dégénérant en un piétisme individuel, fuite du chrétien isolé hors du monde hostile qui l’entoure. Elle n’existe plus actuellement que comme une ronde sans fin d’activités conçues en termes de programme.

LE COEUR DE LA MISSION

La mission, cependant, ne peut pas si facilement esquiver les questions. Sauver des âmes de quoi et pour quoi ? Fonder des églises de quelle qualité ? Quand notre tâche sera-t-elle terminée ? Toute théologie viable de l’Eglise et de la mission ne peut manquer de poser les questions ultimes. Il est impossible d’avoir un programme en vue d’une Eglise rendue parfaite et d’une mission achevée si l’on ne pense pas en termes eschatologiques.

« Le représentant historique du royaume de Dieu est l’Eglise chrétienne. L’Eglise chrétienne, incarnation de de l’Etre Nouveau en une communauté, représente le Royaume de Dieu. L’Eglise n’est pas elle-même le royaume de Dieu, mais son intermédiaire, son anticipation, sa réalisation fragmentaire. Elle combat dans l’Histoire et, comme elle représente le Royaume de Dieu, elle peut être déformée, mais elle ne peut être vaincue (5). »

« L’Eglise a-t-elle un avenir, un avenir dans le monde moderne ? La réponse fondamentale est donnée : Si l’Eglise croit, annonce et vit effectivement de manière convaincante le message de Jésus-Christ, elle a un avenir, même dans le monde et l’humanité modernes. Alors lui est donné, par-delà tous les temps modernes de chaque époque, non seulement un avenir, mais l’avenir, le seul avenir parfait : le royaume de Dieu. Nul ne peut promettre et donner davantage (6). »

(1) : Jürgen Moltmann : Théologie de l’espérance

(2) : George Orwell : 1984 et La République des animaux

(3) Leslie Newbigin : L’universalisme de la foi chrétienne

(4) Jürgen Moltmann

(5) Paul Tillich : Missions and World History

(6) Hans Küng : l’Eglise

Extrait du livre : Eglise ! Lève-toi pour ta mission : Mickaël Griffith

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