Troisième partie, l’arrivée : De 19:11 à chapitre 22

  1. Millénium

Au temps de la pleine domination de la Bête, le ciel s’ouvre ; le Messie apparaît sur un cheval blanc, emblème de victoire. Il s’appelle le Verbe de Dieu ; ses armées célestes le suivent ; ce sont les croyants, vêtus de blanc, symbole de sainteté. L’Antéchrist et le faux prophète sont jetés dans l’étang de feu ; ceux qu’ils ont entraînés dans leur révolte périssent. Puis Satan, le tentateur, est emprisonné dans l’abîme pendant mille ans.

Cette période est le temps du règne de Christ au sein de l’humanité, non comme si Jésus devait régner corporellement sur la terre, (le tableau apocalyptique ne dit rien de semblable) il s’agit de la domination de son Esprit. L’Évangile déploie dans la société humaine tous ses effets bienfaisants ; les fidèles ressuscités prennent, des sphères supérieures, une part active à ce parfait épanouissement du règne de Dieu sur la terre.

Jésus a comparé sa Parousie à l’éclair qui resplendit instantanément d’un bout du ciel à l’autre (Lu 17:24). Il résulte de cette image même que Jésus n’a point voulu annoncer un séjour permanent et visible de sa personne glorifiée sur la terre, soit à Jérusalem, soit ailleurs, ainsi que l’ont imaginé les chiliastes de tous les temps (partisans de l’idée d’un règne visible de Jésus sur la terre pendant mille ans).

La Parousie ne peut être qu’un fait sensible, instantané, qui, semblable au contact subi du fer rouge qui fait tressaillir les chairs, secouera l’humanité plongée dans la vie des sens et décidera la puissante réaction morale que couronnera la plénitude des bénédictions spirituelles de l’époque millénaire. Vivant dans uns sphère supérieure, mais rapprochée, les fidèles, qui seront ressuscités à l’avènement du Seigneur, seront en communion avec la chrétienté terrestre, comme le Christ ressuscité fut en communion avec ses disciples jusqu’à l’ascension. Ce sera le temps de la glorieuse efflorescence du culte spirituel et de la civilisation chrétienne, où, comme au moyen-âge, mais sous un rayon de lumière plus intense et plus pur, la science, les arts, l’industrie, le commerce prêteront à l’esprit chrétien leur ressources pour sa complète incarnation dans la vie humaine. Alors s’accomplira l’image du levain qui doit faire lever toute la pâte.

Le nombre mille est symbolique, comme tous ceux de l’Apocalypse. Il représente un développement complet que rien d’extérieur ne viendra entraver ni abréger, une époque qui s’étalera, comme à son aise, au terme de l’histoire. Ce règne est l’ordre de choses parfait auquel aspire l’humanité et qu’Ézéchiel avait décrit, sous la forme d’un sanctuaire juif idéal, dans les neuf derniers chapitres de sa prophétie.

Mais la réintégration de la terre dans l’organisme céleste n’a pas encore eu lieu. Au terme de cette période, Satan est délié ; une longue prospérité spirituelle et sociale a préparé une nouvelle aberration et une dernière lutte. La crise éclate ; elle a pour résultat la complète défaite de l’esprit du mal. Satan est précipité cette fois dans l’étang de feu où l’attendent la Bête et le faux prophète et d’où l’on ne ressort pas.

Si l’on s’étonne qu’à la suite de cet état de choses pénétré de l’esprit chrétien, il puisse y avoir encore une lutte sur la terre, comme celle qui est décrite  en Ap 20:7-8 (Gog et Magog), il faut penser au danger d’orgueil, de tiédeur et de charnelle sécurité que renferme une longue période de prospérité temporelle et spirituelle durant laquelle l’humanité n’a plus connu ni la souffrance ni la tentation diabolique.

2.  Nouveaux cieux et nouvelle terre

La résurrection universelle et le jugement dernier ont lieu et sont suivis de l’apparition des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. Au milieu de cet univers transformé apparaît la nouvelle Jérusalem, la société des élus, dont la perfection est magnifiquement décrite par un seul mot : la longueur, la largeur et la hauteur de la ville sont égales. C’est la forme d’un cube parfait.

Que signifie cette image, qui, prise à la lettre, serait grotesque ? La forme cubique était, comme on le sait, celle du Lieu très-saint dans le temple de Jérusalem. Le sens de cet emblème est donc que la ville entière est désormais ce qu’était le Lieu très-saint : le théâtre de l’apparition immédiate de Dieu. Voilà pourquoi Jean n’y voit pas de temple. Elle est elle-même tout entière la sainte demeure de Dieu dans la création renouvelée. Aussi toutes les créatures qui n’ont pas encore pris part à la rédemption viennent-elles y chercher leur guérison (Ap 22:2).

3. Dernières exhortations

Dans la seconde partie du chapitre 22, l’ange, qui est l’interprète de la révélation, revient à Jean et à l’état de l’Église et du monde au moment de la vision. Il invite l’Église à croître dans la sainteté jusqu’à la perfection, et le monde à mûrir, par une souillure toujours croissante, pour le jugement.

Puis Jean somme les copistes qui reproduiront cette prophétie d’en respecter scrupuleusement le texte, en n’y ajoutant et n’en retranchant arbitrairement quoi que ce soit ; et, se faisant l’organe du soupir de l’Église, il supplie le Seigneur d’accélérer sa marche et de hâter son arrivée : « Seigneur, viens vite ! » Le Seigneur répond : « Oui, je viens ». Ce dernier mot exprime l’essence de la vie de l’Église depuis le moment de la vision jusqu’à celui de la Parousie.

CONCLUSION

Cette analyse du drame apocalyptique ne permet pas de n’y voir, comme on cherche à le faire aujourd’hui, qu’un composé de pièces rapportées. Une idée domine le tout, celle de la lutte de Jésus glorifié avec le monde des Gentils et de sa victoire finale. Cette lutte se déroule en un certain nombre de phases (sept sceaux, sept trompettes, sept coupes), qui se succèdent avec une gradation évidente jusqu’au dénouement et qui sont régulièrement entrecoupées de scènes rafraîchissantes et encourageantes pour la foi.

Sans doute il ne serait pas impossible que l’auteur eût employé des tableaux prophétiques déjà existants. Mais en tout cas il ne l’a pas fait machinalement : il n’en a usé qu’en se les assimilant et en les faisant rentrer dans l’organisme de sa prophétie.

Le tableau apocalyptique que nous venons de parcourir est le couronnement du long développement des révélations divines. Mais ce qui nous autorise à attribuer le caractère d’une révélation à la vision que nous étudions, c’est que dans notre conviction, le livre où elle est transmise provient du disciple que Jésus avait fait pénétrer le plus avant dans l’intimité de sa pensée.

NOTE FINALE :

L’interprétation que nous a donné le théologien Frédéric Godet est une parmi d’autres. Sur la réalité du millénium, tant dans sa durée que dans son existence physique, les avis divergent entre commentateurs. L’angle sous lequel Godet a lu l’apocalypse m’a semblé original. Voici ce qu’il en dit :

« Le grand antagonisme posé par Dieu même, qui fait le fond du développement de son règne ici-bas, le contraste entre les Juifs et les Gentils, a été pour nous la clef de la prophétie, comme il est celle de l’histoire, ainsi que l’a montré saint Paul dans les chapitres 9 à 11 de l’épître aux Romains. »

Que chaque lecteur reçoive et se fasse lui-même son avis !

 

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