Les 144 000

Ce tableau sinistre du règne de l’Antéchrist est suivi, comme cela arrive à chaque fois dans l’Apocalypse, d’une scène propre à fortifier les croyants que pourraient ébranler de si terribles perspectives. Au chapitre 14, l’Agneau passe en revue sur la montagne de Sion, évidemment en raison de la lutte suprême actuellement engagée, une troupe de cent quarante-quatre mille fidèles qui doivent être la force de l’Église. Il est impossible de ne pas reconnaître ici les 144 000 du chapitre 7 qui avaient été scellés, c’est-à-dire mis en réserve comme destinés de Dieu à une œuvre spéciale. C’étaient alors de simples serviteurs de Dieu, aux fronts desquels était imprimé le nom de leur Maître (8:3). Ils représentaient comme nous l’avons vu, l’élite fidèle qui se trouvera en Israël jusqu’à la fin, même dans son état de réjection. Maintenant ils font partie du peuple de Dieu et de l’Agneau ; ils portent gravé sur leur front le nom de leur Père. Ils chantent un cantique nouveau ; car Dieu a fait en eux une œuvre nouvelle ; ils sont devenus les rachetés de Christ.

Ils ne sont pas seulement l’élite d’Israël, ils sont en même temps celle de l’humanité tout entière ; car tandis que les convertis d’entre les Gentils sont censés avoir passé par toutes les souillures qui étaient alors liées au paganisme, eux, gardés par la loi dès leur jeunesse, ils ont, même avant leur conversion, mené une vie exempte des impuretés vulgaires et forment maintenant, comme chrétiens, l’apparition la plus sainte qu’ait contemplée la terre. Ce sont en quelque sorte les gardes-du-corps de l’Agneau dans cette lutte dernière, ou, comme dit saint Paul, les branches de l’olivier franc réintégrées sur leur propre tronc (Romains 11:16,24).

Dès le verset 6 une nouvelle vision annonce un développement tout nouveau de l’œuvre missionnaire chez les païens. L’Évangile éternel est annoncé à tous les peuples de la terre. Dans la vision suivante, les hommes sont mis en garde contre les lâches concessions qu’ils pourraient être tentés de faire au pouvoir de la Bête actuellement régnante (Ap 14:9-12). Puis une autre voix céleste les encourage en leur ouvrant la perspective glorieuse d’un repos immédiate assuré à la fidélité (Ap 14:13). Enfin deux tableaux, l’un d’une moisson, l’autre d’une vendange, décrivent le moment qui approche où Dieu, d’une part, recueillera les siens dans ses greniers et, de l’autre, foulera ses adversaires dans la cuve de sa colère (Ap 14:14-20).

Les sept coupes de la colère de Dieu

Avec les chapitres 15 et 16, contenant une vision toute pleine d’encouragement pour les fidèles et absolument analogue à celles qui avaient précédé les sept sceaux (chapitre 5), et les sept trompettes (chapitre 7), nous arrivons à l’effusion des coupes, c’est-à-dire des derniers châtiments de Dieu sur l’humanité soumise à l’empire de la Bête. L’Antéchrist avait fait espérer aux hommes un âge d’or sous son sceptre ; mais il promettait sans Dieu et contre Dieu. Le Christ frappe, et son sceptre de fer tombe à coups redoublés sur les peuples séduits. C’est l’histoire des plaies d’Égypte qui se renouvelle.

Sept anges paraissent avec les sept coupes. Un ulcère malin ronge les chairs des sujets de la Bête (première coupe). L’eau de la mer se corrompt et tous les êtres qui habitent l’océan périssent (seconde coupe ; c’est la seconde trompette aggravée). Un jugement semblable frappe les sources et les cours d’eau (troisième coupe ; comparez la troisième trompette). Un soleil ardent consume les habitants de la terre (quatrième coupe). Ces quatre coupes constituent une première série de plaies à la suite de laquelle, comme l’auteur le fait remarquer, les hommes ne font que blasphémer avec une rage plus violente le nom du Dieu qui leur envoie ces fléaux. Une obscurité épaisse envahit l’empire de la Bête, comme autrefois le royaume d’Égypte (cinquième coupe) ; les hommes se mordent la langue de fureur plutôt que de confesser leurs fautes. L’Euphrate est desséché de manière à ouvrir la voie à une nouvelle invasion des peuples de l’Orient, que trois esprits immondes convoquent au dernier combat contre l’Éternel (sixième coupe ; comparez l’invasion décrite dans la sixième trompette). Enfin un tremblement de terre d’une violence incomparable atteint Babylone, la capitale de la Bête, et les autres villes de son empire (septième coupe ; comparez le phénomène semblable décrit au sixième sceau).

Peut-être y a-t-il à faire ici un rapprochement qui, s’il est fondé, met en évidence la relation étroite entre les différentes parties du drame apocalyptique. Les fléaux représentés par ces sept coupes déversées sur le domaine de l’Antéchrist paraissent devoir être identifiés, dans la pensée de l’auteur, avec ceux dont les deux témoins était, comme tout le contenu du petit livre, une anticipation dans la prophétie elle-même. Nous arrivons avec les sept coupes au point où le drame général rejoint dans sa marche la scène du chapitre 11. Ap 11:6, toutes les eaux étaient changées en sang ; il en est absolument de même au verset 4 du chapitre 25. Dans le même verset du chapitre 11 l’auteur ajoutait : Et toute autre espèce de fléaux. C’est ainsi qu’étaient résumées là les six autres coupes ou plaies énumérées au chapitre 15. Il eût été fastidieux d’énumérer deux fois la même série. L’Antéchrist, humilié par les fléaux qui désolent ses sujets, a fini par en découvrir l’origine : c’est le pouvoir, c’est la prière de ces deux prophètes qui exercent leur ministère à Jérusalem au milieu du peuple juif restauré et qui de là frappent le monde, comme Moïse et Aaron frappaient autrefois l’Égypte. Voilà la raison pour laquelle la Bête paraît à Jérusalem dans la scène du chapitre 11 ; elle y vient pour anéantir ce foyer de résistance qui menaçait son omnipotence.  Le dernier mot du chapitre 16 proclame le triste résultat de cette troisième série de fléaux : et les hommes blasphémèrent Dieu. Il arrive un moment où ce qui devait servir à convertir l’homme, l’endurcit. C’est alors que et la société et l’individu sont mûrs pour le jugement.

Le jugement

Le premier acte de ce jugement est décrit dans les chapitres 17 et 18 ; il a trait au châtiment particulier de Babylone, la capitale de l’empire antichrétien. On remarque ici un changement inattendu dans la conduite de la Bête à l’égard de cette ville. Auparavant elle la portait sur ses sept têtes ; maintenant elle lui devient violemment hostile, au point de la livrer aux dix rois, ses auxiliaires, de la piller avec eux et de la livrer au feu (Ap 17:16-17).

Pourquoi la Bête se retourne-t-elle ainsi contre son ancienne résidence, le berceau de sa puissance ? C’est là une énigme que nous ne pourrons tenter de résoudre qu’en interprétant l’ensemble du tableau apocalyptique. Babylone vient de recevoir son salaire des mains de l’Antéchrist lui-même, qui en avait fait la capitale du monde. Le moment est venu où celui-ci à son tour va recevoir du Ciel, par l’apparition glorieuse du Christ, le salaire qu’il a mérité. Ce fait avec toutes ses conséquences est le dénouement du drame.

Suite et fin au prochain billet…

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