LUTTE DANS LE CIEL

Aussitôt après que la septième trompette a sonné (Ap 11:15), commencent à se dérouler les événements préliminaires de la venue de l’Antéchrist. Ils sont décrits au chapitre 12. Il y en a deux principaux qui sont tous deux placés dans le ciel, parce que les événements terrestres qui y correspondent reposent sur des conditions supraterrestres : La femme enfantant le Christ et Satan précipité du ciel sur la terre par l’archange Michaël.

Quel est  le sens de cette vision ?

La femme mystérieuse revêtue du soleil et couronnée de douze étoiles représente non la théocratie juive, mais le règne de Dieu apparu sous la forme d’Israël, puis de l’Église. L’enfantement du Christ n’est pas celui de Jésus à Bethléem, mais comme il est dit au verset 5, celui du Roi qui doit paître les Gentils avec un sceptre de fer. L’image de la femme qui enfante signifie que le moment est venu où le royaume de Dieu est sur le point de se réaliser enfin sous la forme de l’état de choses extérieures et visibles dont l’Église porte en elle depuis si longtemps le principe et qui se personnifie dans le Christ glorifié. Mais cette réalisation ne peut avoir lieu qu’après l’apparition complète du règne du mal ici-bas. Le dernier mot de Dieu sur la terre doit être la négation du dernier mot de Satan.

Voilà pourquoi, au moment où le règne visible du Christ semble prêt à éclater, ce terme attendu et si longtemps espéré et tout à coup ajourné pour faire place au règne de l’Antéchrist. C’est cet ajournement qui est représenté sous l’image de l’enlèvement du Messie prêt à paraître ici-bas et transporté soudain sur le trône de Dieu, jusqu’à ce que l’Antéchrist ait fait son œuvre. Cette période d’attente dure, comme nous l’avons vu, trois ans et demi ou 1260 jours ou 42 mois ; et la vision signifie que l’Église laissée ici-bas sera exilée et persécutée durant ce temps, qui est celui du pouvoir de l’Antéchrist.

Le second événement précurseur de l’apparition de l’Antéchrist est décrit sous l’image d’une lutte céleste entre Michaël et ses anges, d’une part, le Dragon avec ses anges, de l’autre. Celui-ci est précipité du ciel avec ses acolytes. En effet, comme le dit saint Paul, même depuis la venue de Christ, il a encore une place dans les lieux célestes, c’est-à-dire une position élevée d’où il exerce sa puissance sur l’humanité (Ephésiens 6:12).

Que signifient cette lutte et cette chute ?

L’archange Michaël dont le nom signifie : Qui est comme Dieu est dans le livre de Daniel le champion du monothéisme. Satan, le séducteur des hommes, est au contraire celui qui les éloigne de Dieu en les poussant à l’idolâtrie et en détournant sur lui-même le culte qui ne revient qu’à Dieu. Le combat entre Michaël et Satan ne peut donc signifier autre chose que la lutte du monothéisme, représenté par le christianisme et le judaïsme fidèle, contre le paganisme encore régnant, même depuis la venue du Christ, chez tant de peuples de la terre. Michaël, le champion de Dieu, le défenseur du monothéisme, attaque Satan, l’auteur du paganisme, pour lui ôter le reste du pouvoir divin qu’il possède encore dans les régions supérieures ; il le précipite de sa position élevée et le jette sur la terre. Celui-ci, pour se venger, évoque alors du sein des mers, c’est-à-dire du milieu des peuples, l’Antéchrist, son instrument pour livrer au règne de Christ ici-bas une lutte suprême.

NATURE DE L’ANTICHRIST (ou ANTECHRIST)

Ce rival paraît au chapitre 13. Il se tint, est-il dit (13:1), sur le sable de la mer. Satan se tient là sur le rivage pour faire surgir du sein de l’océan, c’est-à-dire de la masse mobile des peuples, le personnage dont il a besoin. Cet homme, que Jean lui-même appelle dans ses épîtres l’Antéchrist, porte dans le langage figuré de l’Apocalypse le nom de la Bête, la Bête féroce, nom qui fait évidemment antithèse à celui de l’Agneau, donné au Christ dans tout le cours du livre. Il est donc bien l’équivalent de celui d’Antéchrist.

Celui-ci peut en grec signifier soit l’adversaire du Christ (en prenant la préposition anti dans le sens de contre), soit un faux Christ, un rival du Christ, qui prétend prendre sa place, (en prenant anti dans le sens de à la place de).
Le second sens est certainement préférable, car il caractérise plus clairement la prétention de ce personnage de se donner lui-même pour le Messie, le grand Roi attendu depuis si longtemps et qui doit gratifier l’humanité de l’âge d’or tout terrestre auquel elle aspire.

Si ce sens est le vrai, il en résulte tout naturellement que nous devons voir dans ce personnage qui jouera le rôle d’Anti-Messie, un membre de la nation juive. L’idée de Messie et le terme qui l’exprime sont hébraïques. Jésus, qui a vraiment réalisé cette idée, est sorti de ce peuple, au sein duquel les prophètes avaient annoncé sa venue ; il ne saurait en être autrement de son rival, du faux Christ. La nature des choses dit elle-même que, comme c’est par l’intermédiaire du peuple juif que l’humanité a produit ce qu’elle a enfanté de meilleur, c’est aussi par lui qu’elle mettra au monde ce qu’elle produira de plus mauvais. Corruptio optimi pessima , dit le proverbe latin (la corruption du meilleur donne le pire). Le peuple qui a pu enfanter le Christ est aussi le seul capable de mettre au jour l’Antichrist.

Paul déclare que le mystère de l’apparition de cet impie commence déjà à agir. Seulement sa pleine manifestation est comprimée pour le moment par une puissance qu’il appelle le retenant et qu’il désigne tantôt par un pronom neutre, tantôt par un pronom masculin, parce que c’est à la fois à ces yeux un pouvoir et une personne. Quand le langage scripturaire use de ces termes énigmatiques, c’est ordinairement lorsqu’il fait allusion aux puissances politiques de l’époque, à l’égard desquelles le peuple de Dieu éprouve tout ensemble un sentiment de crainte et une impression de respect.

Le principe répressif, que saint Paul désigne par ce terme obscur : le retenant, est donc vraisemblablement le pouvoir dominant à cette époque, le pouvoir romain, l’Empire (neutre) ou l’Empereur (masculin). C’est ce qu’évoque, au milieu du second siècle, Justin dans le dialogue qu’il eut avec le Juif Tryphon : « Vous nous maudissez dans vos synagogues, nous qui croyons en Christ. Seulement vous n’avez pas la puissance de mettre la main sur nous, parce que ceux qui nous gouvernent (les Romains) vous en empêchent. Mais toutes les fois que vous l’avez pu, vous n’avez pas manqué de le faire. »

Ce qui confirme cette explication, c’est le rôle religieux non moins que politique que Paul attribue à ce personnage et qui convient à un juif plutôt qu’à un monarque païen : Il s’établira comme dieu dans le temple de Dieu. L’adoration même que réclamait l’empereur romain ne répond point à la force de cette expression, encore moins au sens de la suivante d’après laquelle l’homme de péché sera l’auteur de l’apostasie, de la défection par laquelle une partie des anciens croyants, juifs et chrétiens, et à leur suite l’humanité soumise à leur influence, se laisseront entraîner loin du vrai Dieu. Tout cela nous fait penser à Israël et nous donne le droit de conclure que saint Paul était bien convaincu du caractère juif de celui qu’il attendait comme le faux Messie.

NOTE :

Comme je l’ai dit au début de cette série, cet essai d’interprétation de l’Apocalypse sort de la plume de Frédéric Godet. De nombreux commentateurs de l’Apocalypse ne le suivent pas dans la conclusion énoncée ci-dessus sur l’identité juive de l’Antichrist. Je vous invite à regarder la vidéo ci-dessous qui fonde l’argumentation de ceux qui prônent l’identité non-juive de l’Antichrist.

 

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