LES SEPT TROMPETTES

L’ouverture du 7ème sceau a lieu au chapitre 8. On voit clairement dès le verset 2 que le contenu du septième sceau n’est autre que la série des sept trompettes. Celles-ci (en exceptant la septième qui a comme le septième sceau sa place à part) n’amènent qu’une aggravation des fléaux décrits dans les sceaux. Ce sont de nouvelles « mesures disciplinaires », mais plus décisives que les précédentes et que l’on pourrait appeler la dernière sommation au monde païen de la part de Dieu pour l’inviter à la repentance et à la conversion avant que sonne la dernière heure.

  • Première trompette : Une grêle mêlée de feu et de sang répand la stérilité sur la terre. C’est l’aggravation du troisième sceau (la disette).
  • Deuxième trompette : La mer est frappée ; ses habitants périssent ; le commerce est interrompu. Rien par conséquent ne peut atténuer les conséquences terribles de la calamité précédente.
  • Troisième trompette : Les eaux se corrompent sur la terre entière ; une épouvantable mortalité atteint l’humanité ; c’est le pendant du quatrième sceau (la peste).
  • Quatrième trompette : Après la terre, la mer et les sources d’eau, c’est le tour de l’air. Il s’obscurcit, et les habitants de la terre sont privés d’une partie de la lumière du soleil et des astres. Rien n’indique qu’il faille prendre ces fléaux dans un sens allégorique. Ce sont les convulsions préliminaires de la dissolution de la nature actuelle ; (comparez Mt 24:29).

Les trois dernières trompettes sont distinguées des précédentes par un nom spécial : Les trois malheurs (#Ap 8:13; 9:12; 11:14).

  • Cinquième trompette (premier malheur) : Du puits de l’abîme, demeure des démons {210}, sort une nuée d’esprits malfaisants, représentés sous l’image de sauterelles à l’aspect brillant et séduisant, mais armées d’un dard de scorpion, et qui, pendant cinq mois, (le temps que dure dans les contrées de l’Orient le fléau des sauterelles, de mai à septembre) plongent dans une sorte de délire, celui d’un sombre désespoir, l’humanité qui succombe sous le poids de sa lutte contre le Tout-Puissant. C’est comme si les habitants de la terre étaient soumis à une possession en grand, à l’instar des phénomènes isolés de ce genre que nous trouvons dans l’histoire évangélique. La cinquième trompette correspond au cinquième sceau, en ce sens que les deux scènes appartiennent au monde invisible, l’une dans la sphère céleste, l’autre dans le mondes des ténèbres (Ap 9:1-11).
  • Sixième trompette (deuxième malheur) : Une invasion de peuples étrangers venant de l’Orient ne laisse plus sur la terre que ruines et désastres.

Les trompettes font penser aux trompettes sacerdotales qui, après avoir ébranlé pendant six jours les murailles de Jéricho, les firent crouler au septième. Les calamités qui se succèdent coup sur coup à ces appels divins sont comme les symptômes de la dissolution physique et morale du monde ancien. Convulsions accumulées dans les quatre domaines que réunissait souvent la prophétie antique, la terre, la mer, les fleuves et l’air (les quatre premières trompettes) ; puis convulsions dans la société humaine que tourmente une épidémie d’origine diabolique (cinquième trompette) ; enfin une invasion de peuples barbares, cruels et innombrables, qui bouleversent l’ordre de choses existant (sixième trompette) ; voilà les jugements qui précèdent immédiatement l’apparition du grand et dernier adversaire, de l’Antéchrist que va évoquer la septième trompette. C’est sur ces ruines de l’ordre ancien qu’il édifiera son trône.

Ne disons pas qu’une telle accumulation de fléaux, d’accidents physiques et de catastrophes sociales, est quelque chose d’invraisemblable d’inouï. J’en appelle au tableau saisissant qu’a tracé M. Renan de l’état du monde au moment auquel il rapporte la composition de l’Apocalypse, vers l’an 70 de notre ère : « Jamais, dit-il, le monde n’avait été pris d’un tel tremblement… ; la terre elle-même était en proie aux convulsions les plus violentes ; tout le monde avait le vertige …  La lutte des légions (entre elles) était effroyable… ; la famine se joignait aux massacres… ; la misère était extrême …  En l’an 65 une peste horrible affligea Rome ; durant l’automne on compta trente mille morts …  La Campanie fut ravagée par des trombes et des cyclones ; l’ordre de la nature paraissait renversé ; des orages affreux répandaient la terreur de toutes parts. Mais ce qui frappait le plus, c’étaient les tremblements de terre. Le globe traversait une convulsion pareille à celle du monde moral ; il semblait que la terre et l’humanité eussent la fièvre à la fois …  Le Vésuve préparait son effroyable irruption de 79  …  L’Asie-Mineure était dans un ébranlement perpétuel. Les villes étaient sans cesse occupées à se reconstruire. À À partir de l’an 59, il n’y a presque plus d’année qui ne soit marquée par un désastre. »

Et pourquoi des temps pareils ne pourraient-ils pas revenir, et avec un redoublement d’intensité, à mesure que s’approcheront la dissolution de notre vieux monde et les crises d’enfantement d’une terre nouvelle ? Comme on le voit, il n’y a pas lieu de séparer dans une telle commotion le monde physique et le monde moral ; les deux domaines sont liés par de mystérieuses affinités.

Avant de quitter ce tableau des féaux amenés par les trompettes, l’auteur fait observer que malgré ces châtiments le monde païen ne se repentit point, mais persévéra dans son idolâtrie et dans ses crimes (10:20 et 21).

PARENTHESE

De même que l’ouverture du septième sceau avait été précédée de la vision consolante des cent quarante-quatre mille Israélites fidèles et d’une multitude innombrable de croyants païens triomphants, de même le signal de la septième trompette expressément annoncée (Ap 10:7) est précédé d’une scène propre à remplir l’Église d’espérance et de courage, scène relative aussi, comme la première du chapitre 7, aux destinées du peuple juif et tellement importante aux yeux de l’auteur qu’il la place dans un petit livre particulier qui est comme une enclave dans le grand (Ap 11:1-13).

L’image d’un petit livre que l’auteur doit manger est empruntée par lui à Ézéchiel ; mais dans cette forme ancienne il introduit une pensée nouvelle. Cette image signifie chez lui que la scène qui va être décrite dans ce petit livre est un fait de nature spéciale et complètement à part de tout ce qui précède et suit immédiatement dans la vision.

Jérusalem est occupée par les païens ; le parvis lui-même leur a été livré. Mais le temple, avec l’autel des parfums et les adorateurs qui l’entourent, est soustrait à leur pouvoir. Cet état de choses dure pendant trois ans et demi ; c’est le chiffre du règne de la Bête (11:1 et 2). La ville et le parvis livrés aux païens représentent une grande défection du peuple d’Israël et de ses conducteurs, l’apostasie dont parlait déjà saint Paul : 2Th 2:3. C’est Israël reniant le principe divin de son existence, la foi en Jéhovah ; s’accommodant au matérialisme et aux vices grossiers des nations au milieu desquelles il vit disséminé ; c’est, en un mot, l’ancien peuple de Dieu paganisé. À côté de cet emblème, celui de l’édifice du temple sauvegardé et des fidèles adorateurs qu’il renferme, désigne clairement les Israélites qui demeureront attachés à l’Éternel au milieu de la grande paganisation nationale. Ce sont sous une nouvelle image les 144 000 dont le chapitre 7 avait annoncé la conservation.

Dans la suite du chapitre nous voyons s’élever tout à coup au sein de ce peuple juif paganisé deux hommes de Dieu, les témoins du Dieu d’Israël. Vêtus comme les anciens prophètes, ils prêchent la repentance au peuple infidèle. Semblables à Élie et à Élisée dans le royaume des dix tribus, à Moïse et à Aaron à la tête d’Israël captif en Égypte, ils déchaînent par leurs prières les jugements de Dieu sur le monde soumis à l’Antéchrist ; celui-ci vient les combattre dans Jérusalem, siège de leur activité. Ils succombent matériellement comme Jésus ; mais au bout de trois jours et demi ils ressuscitent et sont glorifiés comme lui. Un tremblement de terre accompagne leur ascension ; 7 000 hommes périssent ; le reste donne gloire à Dieu. Comment ne pas voir ici  la conversion d’Israël, ou du moins son retour à l’Eternel préparant chez lui la foi à Jésus-Christ ?

Cette mention de la Bête au chapitre 11 est remarquable ; car l’Antéchrist ne paraîtra sur la scène, dans le cours de la grande vision, qu’au chapitre 13, quand aura retenti la septième trompette (#Ap 11:15) et après les événements précurseurs qui suivront ce signal (chapitre 12). Mais c’est précisément là ce qui prouve que le contenu du petit livre, la lutte des deux témoins avec la Bête et le changement qui se produit dans le peuple juif, est une anticipation dans la vision générale, ou, comme l’on pourrait dire, une prophétie dans la prophétie.

Cette conclusion est confirmée par le temps futur des verbes employés fréquemment dans ce chapitre. En général dans le récit des visions apocalyptiques les verbes sont au présent parce que l’auteur voit ce qu’il raconte.
Mais ici il est dit : Je donnerai (Ap 11:3) ; ils prophétiseront (Ap 11:3) ; la Bête combattra …  vaincra (Ap 11:7) ; on regardera …  on ne permettra pas …  (Ap 11:9). L’auteur envisage donc lui-même les événements annoncés dans ce petit livre, au chapitre 11, comme appartenant à un avenir beaucoup plus éloigné que le moment de la prophétie auquel est présentement arrivée la vision générale.

Au chapitre 7, l’Église avait été fortifiée, avant l’ouverture du septième sceau, par l’assurance du maintien d’un reste fidèle en Israël dont Dieu se servirait dans les derniers temps. Elle vient de l’être de nouveau, avant le signal de la septième trompette, par la certitude de la conversion future d’une grande partie du peuple juif rétabli à Jérusalem.  Maintenant la septième trompette, qui doit amener l’Antéchrist et son règne sur la scène du monde, peut retentir…

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