Les interprétations de l’Apocalypse ne manquent pas. Celle dont je me fais ici le rapporteur n’est pas la plus connue. Elle a à mes yeux le mérite de pallier aux défauts de bon nombre d’autres. D’une part, elle part, quant à son interprétation, de l’époque au cours de laquelle la Révélation a été donnée à Jean, le 1er siècle. Puis elle défend une interprétation qui touche au futur, sans exclure la place importante que joue Israël dans les derniers temps. C’est au théologien Frédéric Godet que j’emprunte cette interprétation. Je vous propose de la découvrir dans ce premier billet et dans d’autres qui le suivront !

Révélation de Jésus

Dans le chapitre 1, qui est l’ouverture de la première partie et du livre entier, le Seigneur apparaît à Jean revêtu de tous les insignes qui sont les emblèmes des différents attributs constituant sont état de gloire.

Il est environné de sept chandeliers d’or, symbole des sept églises qui vont être nommément désignées, et il tient en sa main droite sept étoiles, qui représentent les pasteurs de ces églises.

Voir, en effet, dans les anges des églises des anges proprement dits, me paraît aussi impossible que de n’y voir que de pures abstractions, l’esprit de chaque église personnifiée.

Ces anges doivent être des êtres réels (car ils sont responsables) et humains, car ils sont uns avec les églises qu’ils représentent et gouvernent.

C’est de ce tableau de la gloire du Seigneur que seront tirés les emblèmes par lesquels il se désignera en tête des messages adressés aux sept églises.  Car c’est en vertu de ces emblèmes et des attributs qu’ils représentent, qu’il est capable d’accomplir envers elles tout ce qu’il leur promet ou dont il les menace.

Message aux sept églises

Les sept messages sont renfermés dans les chapitres 2 et 3.

Les sept églises auxquelles ils sont adressés sont toutes situées en Asie-Mineure, mais sont choisies avec réflexion entre les églises beaucoup plus nombreuses de cette contrée.

Il n’est parlé en effet ni de Milet, ni de Colosses, ni de tant d’autres qui existaient déjà alors. Quelle est la pensée qui a présidé au choix de ces sept ? Elle n’est pas difficile a discerner.

La première, Éphèse, est décrite de telle manière que la louange et le blâme se balancent en quelque sorte dans le message du Seigneur, quoique le reproche exprimé (#Ap 2:4-5) ressorte déjà comme la note dominante de la lettre.

Dans la seconde église, celle de Smyrne, le bien domine au contraire. Aucun reproche sérieux, aucune menace, mais un témoignage rendu à la fidélité qui est le caractère général de la communauté et de son pasteur.

En échange, le ton de la menace et du reproche reprend le dessus dans la troisième épître, adressée à l’église de Pergame, et s’accentue même d’une manière plus énergique que dans la lettre à Éphèse.

Le Seigneur adresse sans doute un reproche à la quatrième église, celle de Thyatire ; mais les membres fidèles de cette église reçoivent une louange sans réserve et sont l’objet d’une magnifique promesse.

La cinquième église, celles de Sardes, est ouvertement taxée de morte, lors même qu’elle a la réputation de vivre ; et l’invitation à se repentir est développée d’une manière sévère et pressante.

Nulle église n’est aussi richement louée que celle de Philadelphie, la sixième. Il semble qu’elle n’ait plus qu’un pas à faire pour être admise dans le sein de l’Église triomphante.

Enfin la septième, Laodicée, est celle dont l’état est décrit sous les couleurs les plus sombres et dont l’avenir paraît le plus compromis. Elle est menacée d’un rejet imminent : Tu es tiède… ; c’est pourquoi je te vomirai de ma bouche.

Il y a là plus que l’expression du dégoût. Laodicée est tombée aussi bas que peut tomber une église, tout en ayant encore ce titre.

La loi d’après laquelle ont été disposées dans ce tableau les sept églises, paraît donc être celle-ci :

Les numéros 1, 3, 5 et 7 indiquent les divers degrés possibles de la prépondérance du mal dans la vie d’une église chrétienne ; c’est la gradation dans le sens défavorable.

Les numéros 2, 4 et 6 indiquent au contraire les divers degrés de la victoire de l’œuvre de Dieu sur le péché, la progression dans le sens du bien.

Nous pouvons en conséquence saisir l’idée générale de ce tableau des sept églises et de leurs conducteurs. Il renferme la représentation de toutes les nuances et en quelque sorte la statistique des états variés, en bien et en mal, qui peuvent caractériser la chrétienté terrestre.

Le Seigneur a choisi, pour représenter ces sept degrés, les églises de la contrée où habitait Jean, qui réalisaient le mieux ces sept types. Le nombre sept indique, ici comme toujours, une totalité.

Mais il s’agit, bien évidemment, dans la pensée du livre, d’une totalité simultanée, et non pas successive, comme le veulent ceux qui voient dans ces sept églises la représentation des principales phases de l’histoire de l’Église dans toute la suite des siècles.

On peut sans doute, en se plaçant à ce dernier point de vue, faire des rapprochements ingénieux ; mais ils ont toujours quelque chose de subtil et d’arbitraire.

Du reste, l’auteur a eu bien soin d’indiquer lui-même son intention à cet égard par un signe extérieur. Dans les quatre épîtres de la série impaire (1, 3, 5, 7) {206}, il a introduit la formule : Repens-toi, accompagnée d’une menace, en cas d’impénitence, qui ne se trouve point dans les épîtres intermédiaires (2, 4, 6) {207}.

C’est un fait digne de remarque que les églises ainsi réprimandées et menacées, à l’exception d’une seule (Pergame), soient aujourd’hui absolument effacées de la carte de la chrétienté, tandis que les trois qui sont l’objet des promesses du Seigneur ont subsisté à travers les siècles et fleurissent encore à cette heure {208}.

Les six sceaux

Le point de départ est, comme nous l’avons vu, le tableau moral des sept églises d’Asie-Mineure qui dans leur ensemble, offrent le type complet de l’Église chrétienne au moment de la vision. La chrétienté représentée avec toutes ses nuances d’états spirituels dans ces sept églises est l’auditoire auquel s’adresse l’auteur.

  Les six sceaux (car le septième a une place à part) représentent, non des événements historiques déterminés, mais des classes de jugements par lesquels Dieu appuie en tout temps la prédication de l’Évangile. C’est ce que fait comprendre clairement la parole de Jésus à laquelle ces sceaux font allusion et dont ils ne sont que la paraphrase : Il y aura des guerres, des famines, des pestes, des tremblements de terre en divers lieux ; mais ce ne sera pas encore la fin.  L’application de ces mesures disciplinaires dure jusqu’au moment où commence à retentir le son des trompettes. Le tableau des sceaux s’applique donc à toute la période de l’histoire de l’Église qui peut être appelée préparatoire ; ce sont les temps de l’appel de Dieu aux Gentils, pendant que la parole leur est annoncée.

Le premier sceau désigne toutes les prédications de l’Évangile, le second toutes les guerres, le troisième toutes les famines, le quatrième toutes les maladies contagieuses, le cinquième toutes les persécutions, le sixième enfin tous les tremblements de terre qu’a vus et que verra la terre jusqu’à la phase dernière dont les trompettes doivent donner le signal.

C’est donc dans ce tableau des sceaux qu’il faut placer toute l’histoire de l’Église jusqu’à nos jours, histoire qui ne pouvait être complètement omise, mais dont on ne voit nullement cependant rechercher les phases et les événements dans cette série de six sceaux. L’application pratique de tous ces tableaux est donc très aisée à faire, et l’usage édifiant de l’Apocalypse gagne infiniment à l’emploi de cette méthode. La curiosité seule est déçue.

Les deux tableaux du chapitre 7 qui précède l’ouverture du septième sceau, représentent deux faits à venir appartenant à l’histoire religieuse de l’humanité, l’un à celle du peuple d’Israël, l’autre à celle de la chrétienté païenne, et par lesquels le Voyant soutient l’espérance de l’Église qui est à la veille de sa dernière et sanglante lutte.

L’acte par lequel un ange scelle cent quarante-quatre mille Juifs, douze mille de chacune des douze tribus, est ordinairement fort mal compris.

Les uns le rapportent à l’Église chrétienne en général ; les autres à l’Église judéo-chrétienne en particulier. Ce second sens pourrait seul s’accorder avec l’énumération expresse et détaillée des douze tribus et surtout avec le contraste intentionnel que l’auteur établit entre ce tableau et le suivant. Dans celui-ci le Voyant contemple une multitude que nul ne peut compter, et qui se recrute de fidèles de toutes nations, de toutes tribus et de toutes langues.

Si ceux-ci représentent, comme cela est évident, les innombrables chrétiens d’origine païenne, le premier tableau ne peut donc se rapporter qu’à un nombre déterminé de chrétiens d’origine juive.  Comme il y avait autrefois en Israël sept mille hommes qui n’avaient pas fléchi le genou devant Baal, il y a dans l’Israël rejeté jusqu’à cent quarante-quatre mille que Dieu tient en réserve pour un grand et sublime dessein, qui s’accomplira à la fin des temps. Voilà ce que me paraît signifier le premier tableau.

Le second tableau n’est pas moins consolant et encourageant pour l’Église au moment où elle voit s’approcher la lutte finale. Elle contemple par l’œil du prophète un cortège innombrable composé de vainqueurs appartenant à toutes les nations et à toutes les langues du monde, qui entrent triomphalement dans le séjour céleste et se tiennent devant le trône de l’Agneau.

Comme dans la scène précédente l’auteur avait voulu faire comprendre à l’Église qu’il restait, même dans l’Israël rejeté, un noyau de Juifs fidèles que Dieu maintenait et se proposait d’employer à la fin des temps, ainsi dans cette seconde scène il fait contempler d’avance à l’Église le triomphe magnifique qui attend les fidèles après la victoire.

Après cela l’Église peut marcher en avant, quelles que soient les crises qui l’attendent, avec la double assurance de l’appui qu’elle trouvera dans la partie fidèle de l’Ancien peuple de Dieu et du glorieux repos qui l’attend après l’épreuve subie.

Et de son côté, l’Agneau peut ouvrir le septième sceau qui renferme les secrets redoutables de l’avenir…

 

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