Le cœur de la prière de Paul pour l’Eglise

Nous pouvons beaucoup apprendre des prières de Paul, le grand apôtre que le Seigneur a suscité après sa résurrection pour répandre son Evangile dans le monde entier. Paul n’a pas honte de le dire. Il a reçu comme personne l’intelligence du mystère du Christ, qui est l’Eglise. Il y a consacré de nombreuses parties de ses lettres. Mais aucune ne lui est autant dédiée que sa lettre aux éphésiens.

Tout l’objectif de Paul dans sa lettre aux éphésiens, consacrée à l’Eglise, est de magnifier la grâce de Dieu. Il l’introduit en énumérant toutes les bénédictions dont les élus sont l’objet… afin de célébrer la gloire de sa grâce dont il nous a comblés en son bien-aimé : Ephésiens 1,5. La grâce à laquelle Paul pense ne se réduit pas, comme trop souvent nous le faisons, à l’expérience que les élus font du salut au temps présent. Non seulement elle couvre l’histoire de l’Eglise, mais elle se projette dans les siècles à venir. Ephésiens 2,7. Au regard de l’éternité en effet, le temps vécu par l’Eglise ici-bas est infime. Les siècles à venir, dans lesquels l’Eglise va entrer, seront ceux au cours desquels Dieu va montrer la surabondance de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus-Christ !

Les prières d’un enfant de Dieu témoignent toujours de la vision qui l’habite. L’apôtre Jean le dit : nous ne sommes pas tous au même stade de croissance et de maturité dans notre foi. Les petits enfants savent que Dieu est leur Père et qu’il leur a pardonné leurs péchés : 1 Jean 2,12. Leurs prières à Dieu reflètent le niveau de connaissance personnelle qu’ils ont de lui. Ils le remercient donc pour la joie d’être nés de Dieu et d’être en paix avec lui. Les jeunes gens ont appris à utiliser les armes qui sont à leur disposition pour mener le combat spirituel et triompher du Malin : 1 Jean 2,13 et 14. Leurs prières sont toutes pétries de la conscience qu’ils ont, dans le temps présent, d’être sur un front de guerre. Ils ont une maturité supérieure à celle des petits enfants. Mais leur centre d’intérêt principal se trouve encore sur la terre. Les pères sont entrés dans la connaissance de celui qui est dès le commencement : 1 Jean 2,13 et 14. Leurs regards s’élèvent au-dessus des contingences du temps présent pour se porter sur l’Etre de Dieu Lui-même. Leurs corps est toujours sur la terre. Mais la vision qui les habite transcende le temps et l’espace. Ils sont déjà dans les siècles à venir, dans ce temps heureux où les premières choses ont disparu, et où la demeure de Dieu se trouve au milieu des humains : Apocalypse 21,3-4.

L’apôtre Paul est l’un de ses pères ! Toutes ses prières pour l’Eglise, et particulièrement celles qu’il formule dans sa lettre aux éphésiens, en témoignent. Lorsqu’il prie pour ses frères, il ne demande pas d’abord qu’ils soient armés pour le combat.  Il demande que Dieu illumine les yeux de leur cœur pour qu’ils sachent quelle est l’espérance qui s’attache à son appel ou quelle est la glorieuse richesse de son héritage au milieu des saints : Ephésiens 1,18 et 19. Ce que Paul souhaite, c’est que toute l’Eglise entre dans l’intelligence qu’il a de la grâce de Dieu et du mystère du Christ. Oui, les luttes et les défis du temps présent sont importants. Et l’apôtre y consacre une grande partie de ses lettres. Mais quand Paul « se lâche » dans la prière sur ce qui le préoccupe le plus au sujet  de ce que ses frères devraient comprendre, c’est à la richesse de ce que la grâce va montrer dans les siècles à venir qu’il pense !

Les pères dans la foi : des hommes à la vue longue

Paul est-il, dans l’Ecriture, le seul que la vision de la foi élève au-dessus du temps et des siècles pour le projeter dans l’éternité ? Non, évidemment ! Paul le sait : il a bénéficié d’une grâce particulière en relation avec sa mission. « A moi, le moindre de tous les saints, dit-il, cette grâce a été accordée… de mettre en lumière pour tous la réalisation du mystère caché de tout temps en Dieu, le créateur de tout : Ephésiens 3,9. Paul a bénéficié pour se faire de lumière, mais aussi d’expériences extraordinaires. Il n’en fait pas étalage, mais, chahuté par d’autres au sujet de son statut d’apôtre, il rapporte le fait qu’il a été enlevé au paradis – il ne sait pas si c’est dans son corps où hors de son corps – où il a entendu des paroles ineffables, qu’il n’est permis à personne d’énoncer : 2 Corinthiens 12,3-4.

Il y a toujours, lorsqu’il y a particularisme, risque d’hérésie ! Si Paul était unique en son genre, on pourrait à raison se méfier de lui. Mais ce n’est pas le cas ! La vision qui projette Paul dans la perspective de l’éternité rejoint en tous points celle qui habitait la foi des pères. « Les saints, au temps de l’ancienne Alliance, dit un auteur, étaient des hommes à longue vue. » Enoc, le 7ème depuis Adam, regarda dans les siècles à venir et vit le Seigneur venir avec ses saintes myriades, pour exercer un jugement contre tous : Jude 1,14-15. Selon le témoignage même de Jésus, Abraham vit son jour de loin et s’en réjouit par avance : Jean 8,56. Job, au sein même de sa souffrance, a été transporté au-delà de la mort et a pu témoigner : je sais que mon rédempteur est vivant, et qu’il se lèvera le dernier sur la terre. Quand ma peau sera détruite, il se lèvera ; quand je n’aurai plus de chair, je verrai Dieu.  Je le verrai, et il me sera favorable ; Mes yeux le verront, et non ceux d’un autre : Job 19,25 à 27.

Les plus grands prophètes sont eux aussi dans cette ligne. Esaïe ne cesse de parler de la gloire future et finale de Jérusalem, ville sainte, dans laquelle n’entrera plus ni incirconcis, ni impur : Esaïe 52,1. Daniel a vu une petite pierre se détacher sans le secours d’aucune main, puis frapper les pieds de fer et d’argile de la statue (représentant les empires successifs du monde jusqu’à la fin) et les mettre en pièces… avant de devenir une grande montagne, et remplit toute la terre : Daniel 2,24 à 35. L’Apocalypse de Jean va dans le même sens ! S’il est l’objet de multiples spéculations, sa rédaction n’a en fait qu’un seul objectif : par la révélation des fins dernières, magnifier la gloire de la grâce de Dieu par Jésus-Christ dans les siècles à venir !

Que seront-ils ? Dans de prochains billets, nous explorerons, autant que faire se peut, ce que l’Ecriture peut nous en dire ! Dans l’attente du jour de notre ravissement auprès de Dieu, apprenons de nos pères ! Prions avec Paul que le Seigneur illumine notre cœur pour que nous sachions quelle est l’espérance qui s’attache à son appel ou quelle est la glorieuse richesse de son héritage au milieu des saints ! Seule cette connaissance anticipée de la gloire qui nous est réservée dans la communion avec Lui peut nous donner la force de traverser le pire !

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