GENESE DU JUGEMENT

La Genèse est le livre de tous les commencements ! Après le commencement de la création, la Bible nous introduit dans ce qui fut le commencement du mal dans l’humanité. Suite à son irruption, nous sommes placés face au commencement de la promesse du salut. S’adressant au serpent, le tentateur qui a fait chuter nos premiers parents, Dieu affirme : Je susciterai l’hostilité entre toi-même et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci t’écrasera la tête, et toi, tu lui blesseras le talon : Genèse 3,15. Déjà se profile ici la promesse de la venue du Fils de l’homme, Jésus, le fils de Marie, qui allait vaincre l’ennemi de l’humanité et de Dieu, par sa mort triomphante sur la croix de Golgotha !

La promesse d’un salut final donnée, le récit se poursuit par l’énoncé et la mise en pratique du premier jugement. Adam et Eve sont exclus du paradis. Ils sont privés de la bénédiction originelle. Adam devra travailler à la sueur de son front pour gagner sa subsistance. Le sol produira des ronces et des épines. Eve connaîtra les douleurs de l’enfantement. La relation harmonieuse entre l’homme et la femme va s’effriter. Les enfants qui vont naître du premier couple vont hériter d’une nature pécheresse. La mort enfin mettra fin à l’existence terrestre.

Dans ce schéma, plusieurs choses sont à retenir au sujet du jugement. Elles sont importantes parce qu’elles révèlent les intentions de Dieu à son sujet. Trop souvent, le jugement est associé dans notre esprit à l’expression de la colère de Dieu, une colère qui ravage tout, qui satisfait une fureur trop longtemps contenue. Le récit de la genèse, qui nous donne le moule à partir duquel tous les autres jugements bibliques se feront, témoigne à la foi de la nécessité et des bienfaits du jugement !

NECESSITE DU JUGEMENT

Le jugement de Dieu entérine le principe de la faillite humaine à travers les âges. Quel que soit le don que Dieu ait fait à l’humanité, l’histoire suit toujours le même processus et aboutit à la même fin : la faillite humaine :

  • Dieu donne à nos premiers parents la liberté ! Ils en font usage pour se séparer de Dieu et choisir l’autodétermination, un mensonge. La période d’Eden se termine par l’expulsion du jardin.
  • Dieu donne la longévité aux générations qui suivent Adam. Elles en profitent pour amplifier le mal et se livrer à tous les débordements. Cette période se terminera par le déluge et la décision de Dieu de limiter désormais la vie humaine à 120 ans.
  • Dieu garantit la sécurité et la pérennité de l’humanité en lui donnant l’unité. Elle l’utilise pour un projet qui a pour objet de le défier ! Dieu y mettra fin en confondant les langues à Babel et en dispersant les hommes sur toute la surface de la terre habitée.
  • Dieu choisit un peuple. Il lui fait des promesses, lui donne une loi juste et bonne afin qu’il vive. Le peuple choisi, Israël, y répond par l’incrédulité et une désobéissance constante. L’histoire se termine par l’exil du peuple et sa dispersion dans toutes les nations du monde.
  • Dieu envoie son Fils pour sauver son peuple de ses péchés ! Par lui, l’Evangile est prêché au monde entier au travers de ses témoins. Le monde y répond en choisissant comme chef final, à la fin du temps de la grâce, l’Antichrist. Au terme de la longue patience de Dieu, le monde est dans son ensemble mûr pour le jugement : ce sera le jour du Seigneur. En ce jour-là, le ciel disparaîtra dans un fracas terrifiant, les astres embrasés se désagrégeront et la terre se trouvera jugée avec tout ce qui a été fait sur elle : 2 Pierre 3,10.

Chaque période de l’histoire humaine aboutit à la révélation de sa faillite, l’ensemble ayant un seul but : établir, sous les angles les plus divers, la banqueroute de l’homme coupé de Dieu. L’histoire du monde n’est qu’une occasion donnée à l’humanité d’essayer sa force dans toutes les directions possibles…pour aboutir toujours au même résultat : le constat de son impotence, de son incapacité fondamentale à construire quelque chose de bon, de juste de manière durable !

LES BIENFAITS DU JUGEMENT

La miséricorde de Dieu dans le jugement se voit dans le fait qu’aucun des jugements que Dieu prononce, sauf le dernier, n’est total. Tous sont partiels. Ainsi, Dieu aurait pu dès le début en finir avec l’histoire humaine. Mais, comme le dit l’apôtre Jacques, la miséricorde triomphe du jugement : Jacques 2,13. La promesse du salut donnée dès la genèse se trouve au sein même de l’énoncé du jugement que vont devoir vivre nos premiers parents. Elle est l’horizon à laquelle Dieu les invite à porter leurs regards. Oui, le jugement va leur ôter les faveurs dont ils avaient été l’objet dès la création. Mais il ne sera pas le scénario de fin de l’humanité. Avant que le jugement ne se produise, Dieu l’assure : la pleine victoire sur le mal sera remportée. Tous ceux qui croiront à la promesse seront sauvés !

 Erich Sauer, un théologien allemand, explique pourquoi il doit en être ainsi ! Si le jugement de Dieu était total, « le rapport entre ce qui est passé et ce qui est à venir serait perdu. Ce qui survient à la suite serait différent et indépendant plutôt que continuation et progrès. Cela signifierait, en fait, que l’univers n’est rien d’autre qu’une déclaration ouverte de la faillite de Dieu et de tous les principes d’éducation de l’humanité. Il doit donc toujours subsister un reste qui, sauvé du jugement, devienne le fondement d’un développement ultérieur. Une nouvelle vie doit toujours sortir du sein du jugement ; sans cela l’unité du tout ne saurait être conservée et le futur ne saurait organiquement être lié au passé ou au présent.

Telle et la signification des hommes pieux dans le monde. Dans le jugement, ils sont les agents de chaque nouveau commencement et témoignent de l’unité du plan salvateur de Dieu. C’est à travers ce petit troupeau que le grand salut manifeste sa cohérence et sa continuité organiques. Ce sont eux seuls, les insignifiants de la terre, qui sont l’humain fondement d’une rédemption ainsi rendue possible. Sans eux, chaque élément de la révélation tomberait en pièces. Facteurs apparemment superflus dans les affaires du monde, ils sont, en fait, les co-ouvriers de Dieu à travers qui le monde est déterminé quant à sa continuation et à son organisation finale. Leur marche avec Dieu sauve l’avenir du monde.

Deux lignes courent ainsi au long des âges. D’une part la maturation du grand nombre en vue de la tempête du jugement ; d’autre part la préparation du petit troupeau en vue de la délivrance… Que le chêne majestueux de la civilisation humaine soit toujours à nouveau jeté à terre par la cognée du jugement divin, une nouvelle vie n’en cessera pas moins de couler de ses racines. »[1]

LE PRINCIPE DU RESTE

Ce principe du reste qui subsiste suite au jugement, et sur lequel Dieu bâtit la suite de l’histoire du salut est visible dans toutes les étapes où le jugement a été exécuté :

  • D’Adam et Eve sort Seth, la postérité qui donnera naissance au Christ. C’est alors qu’on commence à invoquer le nom de l’Eternel, dit la genèse : Genèse 4,26
  • Du déluge sort Noé et sa famille. Dieu fait la promesse de ne plus détruire le monde par les eaux et donne comme garantie le signe de l’arc-en-ciel.
  • Suite à la dispersion de Babel, Dieu suscite Abraham à qui il donne la promesse d’une bénédiction qui englobe toutes les nations.
  • Suite à la dispersion d’Israël, Dieu envoie Jésus, dont la mission sera de réunir en un seul corps les enfants de Dieu dispersés dans le monde : Jean 11,52.
  • Suite à la destruction du monde, les élus prennent possession du royaume que Dieu leur a préparé de toute éternité !

LES NATIONS

A quoi se résume pour finir l’histoire des nations ? Laissons un autre théologien, plus ancien, Carl-August Auberlen, nous le dire avec la clarté que Dieu lui a donné :

« Les historiens n’ont pour la plupart point encore fait dans leurs ouvrages une assez large part à la notion de jugement, de crise, de catastrophe. La pensée dominante dans la plupart des livres d’histoire est celle de progrès, de développement ; il semble vraiment que l’humanité soit une plante qui pousse, sans qu’il y ait place dans cette croissance pour les justes rémunérations, pour l’action de la liberté divine et humaine. Et cependant la végétation elle-même n’a-t-elle pas ses temps d’arrêt et ses saisons mortes ? On ne prend pas assez au sérieux la grande pensée que l’histoire du monde est l’histoire de ses jugements successifs. Nébucadnetsar renverse le royaume d’Assyrie ; Cyrus, celui de Babylone ; Alexandre, celui des Mèdes et des Perses ; les Romains celui des Grecs ; les Germains celui des Romains ; que de bouleversements avant d’arriver à la civilisation moderne ! Le jugement est une crise, une séparation s’opérant entre les éléments sains et les éléments corrompus. Ces derniers sont condamnés à mourir, tandis que les autres subsistent et sont reçus dans l’économie subséquente comme une semence pleine d’avenir. Romains 9.27-29 : καταλειμμα (reste), σπερμα (semence.) Dès qu’une fois on en est venu à reconnaître que dans tout le cours de l’histoire il n’y a développement qu’à la condition qu’il y ait jugement et résurrection, ou du moins communication de vie nouvelle, on peut dire qu’on a en mains l’une des clefs de l’eschatologie. Cette manière de comprendre l’histoire est celle de la Bible elle-même qui, dès sa première page, compose d’un soir et d’un matin chaque jour de création et qui plus tard voit dans le jugement messianique qu’exercera le Messie à son retour, le simple couronnement de tous les jugements partiels qui auront précédé. »[2]

 

 

[1] Erich Sauer : L’aube de la rédemption

[2] Carl-August Auberlen : site Theotex : http://theotex.org/perl/theotex_stream.pl?kb=24

Publicités