Amitié mathématique

L’amitié, selon une définition, est une inclination réciproque entre deux personnes (ou plus) qui n’appartiennent pas à la même famille. Si l’amitié est une des plus belles choses qui puissent se produire entre des êtres humains, il y a certaines amitiés qui se nouent de manière étrange. L’Evangile  nous rapporte un cas de ce genre. Alors que, jusqu’alors, ils étaient ennemis, deux hommes, à la faveur d’une circonstance particulière, sont devenus amis. Le premier s’appelait Hérode, le tétrarque. Il était le fils du roi Hérode qui, à la nouvelle de la naissance d’un futur roi des juifs, ordonna le massacre de tous les enfants de moins de deux ans dans le territoire où il devait naître. Hérode, le fils n’était pas roi, comme le père, mais juste tétrarque. Le titre était donné à des princes subalternes établis sur une province. Le second s’appelait Pilate, ou plus exactement Ponce Pilate. Nommé par l’empereur Tibère à ce poste, Pilate était le 5ème procurateur de la province de Judée. Les procurateurs étaient en quelque sorte les gouverneurs de la province. Représentant de l’autorité romaine sur place, Pilate ne pouvait qu’être mal perçu par la lignée d’Hérode, qui se disait roi des juifs.

Un jour précis, l’Evangile nous rapporte que, d’ennemis qu’ils étaient, Hérode le tétrarque et Pilate le procurateur devinrent amis. Il ne faut cependant pas voir dans cette amitié quelque chose de bien profond. Selon Aristote, trois types d’amitié peuvent exister : l’amitié en vue du plaisir, l’amitié en vue de l’intérêt, l’amitié des hommes de bien, semblables par la vertu. Seule la 3ème relève de la véritable amitié !

L’amitié qui se noua entre Hérode et Pilate est, en quelque sorte, mathématique. Elle découle de la logique que l’on m’a appris à l’école primaire, lorsqu’il s’agissait de définir la nature négative ou positive du résultat d’une multiplication qui comportait dans son énoncé des + et des -. On remplaçait alors le + par le terme amis, le – par le terme ennemis et l’on savait à quoi s’en tenir :

Les amis de mes ennemis sont mes ennemis : + X – = –

Les ennemis de mes amis sont mes ennemis ! – X + = –

Les amis de mes amis sont mes amis : + X + = +

Les ennemis de mes ennemis sont mes amis : – X – = +

C’est cette dernière formule qui exprime le type d’amitié qui se noua entre Hérode et Pilate. Alors que, de toujours, ils se haïssaient, ils se découvrirent soudain un ennemi commun : Jésus, ce futur roi qui avait survécu au massacre ordonné plus de 30 ans plus tôt par le roi Hérode. Pilate, le premier, avait reçu ce prisonnier encombrant que les autorités juives lui avaient apporté. Ayant appris qu’il relevait plutôt de la juridiction d’Hérode, il s’en était débarrassé en le lui envoyant. Hérode se réjouit de voir Jésus, dont la popularité était parvenue jusqu’à lui. Il espérait bien le voir faire un de ses miracles étonnants qui épataient les foules. Mais Jésus n’avait pas ouvert la bouche, ni fait une seule chose. Le traitant avec mépris, Hérode décida de le renvoyer à Pilate. Ce jour même, dit le texte, Pilate et Hérode devinrent amis, d’ennemis qu’ils étaient  : Luc 23,12.

Accointances antichrétiennes historiques

L’histoire a eu bien tort de dire, pendant longtemps, que les Juifs étaient les responsables de la mort de Jésus. Certes, les autorités religieuses de l’époque y ont contribué, mais la mort de Jésus relève aussi d’autres facteurs humains. Parmi eux, se trouve en bonne place l’amitié de circonstance née entre Hérode et Pilate. Elle porte à réfléchir. Elle souligne le fait, qu’en des circonstances particulières, tous les rapprochements improbables sont possibles. Il suffit soudain de se découvrir un ennemi commun pour que, pour un temps au moins, la vieille hache de guerre qui était levée soit d’un coup enterrée.

Ce n’est pas pour rien que l’Evangile nous rapporte que la condamnation de Jésus a provoqué le rapprochement, l’amitié d’ennemis farouches. Quelque part, elle était prophétique de ce qui n’allait pas cesser de se produire tout au long du développement du christianisme… et de ce qui ne manquera pas, parfois à notre grand étonnement, de se faire encore. Ainsi en fut-il, par exemple, au XVIème siècle en France, au moment de la Réforme protestante. On ne peut pas dire en effet à cette époque que le parfait amour unissait la royauté au pape. Fi des divergences : la situation était trop grave. La nouvelle doctrine menaçait les fondements même de la papauté. Les princes protestants, tels Coligny ou Condé, avaient trop l’écoute du roi Charles IX. Le trône et l’autel (l’épée et le goupillon) s’uniront pour éradiquer une fois pour toutes la menace réformée. Elle donnera lieu à la nuit de la Saint-Barthélémy, le 24 août 1572, au cours de laquelle 3 000 protestants périrent à Paris et près de 30 000 dans toute la France.

Accointances futures

Il est indéniable qu’un vent d’antichristianisme et d’antisémitisme se lève avec force partout dans le monde. Je lie volontairement les deux ensemble parce que tous deux sont l’héritage, d’une manière ou d’une autre, de la révélation biblique. Cette hostilité envers le Juif ou le chrétien ne prend pas la même forme partout. Elle est farouche, virulente, et de plus en plus sanglante dans les pays à dominante musulmane. Elle est cautionnée par de nombreux versets du Coran qui encourage à la discrimination et à la persécution ouvertes des infidèles.

Dans les pays européens, l’antichristianisme a un autre visage. il est celui de la moquerie ouverte, encouragée, cautionnée par les tenants de la liberté d’expression. La belle unité autour du slogan « Je suis Charlie », suite aux attentats sanglants de janvier contre les journalistes du journal satirique, en témoigne largement. Dans ce but, l’ONG « Reporters sans Frontières » ira jusqu’à presser les responsables religieux de toute obédience à signer une proclamation autorisant le droit de chacun de tenir des propos irrévérencieux contre la foi des croyants. L’antichristianisme est aussi prôné par les tenants d’une laïcité dure qui exigent que le spirituel soit cantonné, contre les articles de la Déclaration de l’homme et du citoyen, à la sphère privée. Les athées et les libres penseurs peuvent donc claironner haut et fort leurs convictions : seuls les croyants ne sont plus libre de les dire ! Il est enfin présent de manière prégnante dans la mentalité ambiante. L’une après l’autre, depuis quelques décennies, les lois votées visent à déconstruire l’héritage éthique reçu par la Bible en Occident. Les idées les plus insensées, telles la théorie du genre, circulent, portées par ceux qui veulent faire de l’école la nouvelle religion laïque de l’Europe.

Chaque jour qui passe, les Juifs constatent qu’ils ne sont pas à meilleur enseigne que les chrétiens. Le discours paraît ferme, mais beaucoup ne s’y trompent pas et préfèrent quitter le navire France avant que la situation ne s’aggrave. Aux Etats-Unis, le changement de discours, porté par l’actuel président, est notoire. Israël devient de plus en plus la bête noire… et l’Iran, qui n’a jamais caché sa volonté d’éradication de l’état hébreu, un partenaire potentiel, un rapprochement à la Hérode/Pilate, des plus improbables !

Jusqu’à présent, ces deux formes d’antichristianisme sont bien distinctes. On pourrait même penser que les idéologies qui les sous-tendent sont ennemies. Qu’y a-t-il de commun, en effet, entre l’athéisme libertaire de la libre pensée et l’islam radical ? Certains esprits, non religieux, n’hésitent pas cependant déjà à dénoncer cette alliance contre nature qui se dessine, l’intérêt des uns recoupant l’intérêt des autres ! Pour exemple, les islamistes ne témoignent-ils pas ouvertement de leur admiration pour Hitler et le nazisme ?

Accointances apocalyptiques

Alors que nous approchons du dénouement final de l’histoire, la Bible nous présente dans son dernier livre l’amitié mathématique, à la Hérode/Pilate, qui se constituera pour dominer le monde, juste avant le retour glorieux de Jésus, le Christ :

« Il me transporta en esprit dans un désert. Et je vis une femme assise sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème, ayant sept têtes et dix cornes. Cette femme était vêtue de pourpre et d’écarlate, et parée d’or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d’or, remplie d’abominations et des impuretés de sa prostitution.Sur son front était écrit un nom, un mystère : Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre. Et je vis cette femme ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus : Apocalypse 17,3 à 6. »

Une femme abominable, qui symbolise la fausse religion persécutrice des chrétiens, est assise sur le dos d’une bête qui représente le dernier empire antichrétien des derniers temps. C’est une alliance temporaire conclue sur la base d’intérêts communs : la haine partagée contre Jésus. Cette fausse amitié ne durera pas : on ne peut être à deux assis sur le trône du monde.

 » Les dix cornes que tu as vues et la bête haïront la prostituée, la dépouilleront et la mettront à nu, mangeront ses chairs, et la consumeront par le feu : Apocalypse 17,16. »

La bête détruira la prostituée… avant d’être elle-même détruite par le Seigneur triomphant :

« Et la bête fut prise, et avec elle le faux prophète, qui avait fait devant elle les prodiges par lesquels il avait séduit ceux qui avaient pris la marque de la bête et adoré son image. Ils furent tous les deux jetés vivants dans l’étang ardent de feu et de soufre : Apocalypse 19,20. »

L’histoire le souligne déjà. Les accointances de circonstances ne durent pas. Elles finissent toujours par se retourner contre ceux qui les ont construites. L’ennemi de mon ennemi peut devenir pour un temps mon ami. Mais on ne construit pas une amitié durable et profonde sur le dos d’un ennemi. Ceux qui, aujourd’hui, sont tentés par des alliances d’intérêts antichrétiens et antisémites feraient bien de retenir la leçon. L’Apocalypse, qui signifie dévoilement, nous dit déjà comment tout cela finira : la victoire et le règne éternel de Jésus, le Fils de Dieu… et la déconfiture totale des amitiés mathématiques !

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