Alors que notre gouvernement réfléchit à améliorer la représentativité des musulmans dans notre pays, il me paraît opportun de situer cette réflexion sur un plan historique. Ce n’est pas en effet la première fois que la question de l’Islam, et de sa place dans le monde, se pose à l’Europe. Retour sur un moment de l’histoire oublié.

ACTE DE NAISSANCE DE L’EUROPE

C’est en 612 que la vocation prophétique de Mahomet est née suite aux révélations qu’il reçut. En 622, Mahomet doit quitter La Mecque pour se réfugier à Yathrib, le nom ancien de Médine. C’est l’année de l’Hégire, ou de la rupture ! Huit ans après en 630, Mahomet, à la tête de dix mille hommes, revient à La Mecque en conquérant pour mettre fin au culte des idoles. C’est aussi le début de l’expansion guerrière de la nouvelle religion. De 632 à 636, les guerriers arabes remportent leurs premières victoires en territoires byzantins. Damas est prise, la Syrie et la Mésopotamie sont conquises, Antioche et Alep tombent. En 638, Jérusalem ouvre ses portes au calife Omar, second successeur de Mahomet. En 646, la ville d’Alexandrie tombe définitivement sous la domination musulmane. Les nouveaux maîtres de l’Egypte fondent alors Fulsat, Le Caire, qui deviendra la plus grande ville et la capitale du pays. L’année suivante, ce sera au tour de la Cyrénaïque, puis de la Tunisie, où seront fondées les villes de Kairouan et Tunis. En 651, l’empire sassanide, une des deux puissances majeures d’Asie occidentale, est à son tour conquis, après 14 années de combat. Début du VIIème siècle, les Arabes conquièrent le Maroc et se retrouvent aux portes de la Méditerranée.

L’espace maritime sera franchi onze années plus tard. Sous la conduite de Tarek, le berbère, les musulmans prennent pied en Espagne. C’est l’époque où deux prétendants au trône wisigoth, Wittiza et Rodéric, se déchirent. Le premier fait appel à Tarek pour l’aider à asseoir sa domination. Celui-ci ne se fait pas prier. L’une après l’autre, les grandes cités du royaume sont conquises : Séville, Cordoue, Tolède, Saragosse… Les batailles gagnées, Tarek ne redonnera pas l’Espagne aux wisigoths, mais offrira le pays à ses maîtres.

Le premier qui franchira les Pyrénées sera l’émir de Cordoue. Il prendra Narbonne à la tête de laquelle, un gouverneur maure, appelé Munuza, sera installé. De nature pacifique, celui-ci ne cherchera pas à pousser plus loin les conquêtes musulmanes. Pour garantir la paix avec ces nouveaux voisins, le duc Eudes de Toulouse crut bon de traiter alliance avec eux. Il proposa donc à Munuza la main de sa fille très chrétienne Lampégie. Gagné à son charme, Munuza ira jusqu’à renier sa foi musulmane pour retourner au christianisme.

Abdérame, l’émir de Cordoue, ne l’entendit pas de cette oreille. A la tête de son armée, il viendra jusqu’à Narbonne pour traquer Munuza et finir par le tuer (ou il se suicida). La belle Lampégie sera faite prisonnière et exilée pour orner, dans le lointain Orient, le harem du calife, maître absolu des croyants d’Allah. Fort de cette première victoire, Abdérame ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Il franchira le col de Roncevaux. Puis, ayant écrasé sur les bords de la Garonne les troupes armées envoyées par le duc de Toulouse, il se présentera quelques semaines plus tard aux portes de Bordeaux.

Dans le même temps, des colonnes sarrasines firent route vers Marseille. La ville conquise, elles se mirent à remonter la vallée du Rhône, en direction d’Arles et de Lyon. Les sarrasins pillèrent tout sur leur passage : villes, abbayes, églises… Ils visent ensemble un objectif : atteindre Tours, la ville sacrée surnommée la Rome des Gaules, et sa très riche basilique de Saint-Martin. Une question se pose alors : qui sera assez puissant pour stopper l’irrésistible marche conquérante des musulmans ?

Un seul : Charles Martel ! Il est à ce moment à la tête du royaume franc, situé plus au Nord. Le choc se produira aux environs de Poitiers. Mieux préparées que celles des sarrasins, les troupes franques ne cèdent pas. Les combattants sarrasins abandonent la bataille. C’est le début de la débâcle. Fort de cette victoire, Charles Martel , combattant « au nom du Christ » poursuit les envahisseurs et les déloge de toutes les villes qu’ils occupaient : Avignon, Arles, Aix, Béziers, Marseille… Dans son zèle, il en vient même à châtier les populations locales, coupables à ses yeux d’une soumission trop complaisante à l’envahisseur.

La victoire de Charles Martel est historique. Elle mettra fin aux vélléités de conquêtes musulmanes pendant des siècles. Elle ne fut pas cependant le fruit du seul courage du roi franc. Suite à la prédication de l’Evangile du moine Boniface, de nombreux peuples, plus au Nord, furent gagnés au christianisme. Ils firent corps avec l’armée franque : Bavarois, Frisons, Alamans, Thuringiens… Un chroniqueur espagnol, ne sachant comment désigner cette alliance inédite, utilisera pour la première fois un terme qui nous est bien connu. Ce sont, écrit-il, les Europenses qui ont vaincu les sarrasins et les ont boutés hors de la Grande Terre du Nord. Nous sommes nous, les Européens, les descendants de ces Europenses héroïques !

L’EUROPE TRAHIE

Combien différente aurait été l’histoire de l’Europe si la victoire décisive de Charles Martel n’avait pas eu lieu ! Plus qu’un exploit humain, nul doute qu’il faut y voir la main de Dieu qui avait un autre dessein pour le continent européen que de le voir devenir musulman. C’est de lui que, plus tard, devait jaillir la lumière de l’Evangile qui allait éclairer le monde entier. C’est en son sein qu’allait naître la Réforme, qui allait libérer la pensée, l’esprit d’initiative, la libre entreprise, et donné naissance à la laïcité. C’est de lui qu’allait sortir l’imprimerie, agent de la libre circulation des idées. C’est enfin de l’Europe qu’allait naître les Etats-Unis, suite aux persécutions religieuses des catholiques envers les protestants.

De l’acte de naissance de l’Europe sous Charles Martel, il nous faut retenir quatre leçons :

1. C’est au nom du Christ que l’alliance des peuples européens est née. La vocation historique de l’Europe est inextricablement liée au christianisme. En se séparant de lui, elle perd ce qui fait son âme.

2. La seule façon d’envisager la conquête du monde, pour les musulmans de la première génération, était de le faire par la force des armes. En aucun cas, l’idée de l’intégration dans la culture des peuples conquis n’a existé dans l’esprit des musulmans du temps de Mahomet ou de ses successeurs. Les combattants islamiques d’aujourd’hui n’inaugurent rien de neuf. Ils ne font que renouer avec l’esprit de leurs précurseurs originels.

3. L’Europe s’est formée pour faire obstacle aux visées expansionnistes de l’Islam. C’est inscrit dans son acte de naissance même.

4. C’est par Charles Martel, le roi du royaume franc que le coup d’arrêt de la conquête musulmane mondiale a été donné.

Nous ne sommes certes plus au temps de Charles Martel. De l’autre côté de la Méditerranée, sur les rivages de la Lybie, la menace islamique se fait cependant de plus en plus précise. Les combattants de l’Etat islamique ne s’en cachent pas : leur objectif est l’Europe, avec la France comme cible prioritaire. Selon Marius Baar, la stratégie de l’islam ne passe pas que par les armes. Elle est aussi celle du coucou, ce volatile parasite qui pond ses oeufs dans le nid des passereaux. Elevés, choyés par ses hôtes naïfs, ceux-ci finissent par éclore et donner vie à des volatiles qui éjectent du nid les oisillons légitimes qui n’ont pas la force de leur résister : une mort sûre.

Les frères Kouachi sont l’incarnation de cette stratégie. Nourris par la République, ils ont attendu le moment favorable pour s’en prendre à ses enfants légitimes et les massacrer. Les penseurs du passé, de tous ordres, ne se faisaient pas d’illusion sur la nature de l’Islam, religion de la terreur capable des pires monstruosités. Face à eux, nous n’avons comme armes, à la place d’un Charles Martel, que nos pauvres pancartes « Je suis Charlie ».  Je crains malheureusement que ce Charlie là ne fasse pas le poids de l’autre !

Nous sommes à la dernière heure avant l’horreur absolue. Les événements qui se produisent invitent l’Europe à revenir à ce qui est inscrit dans son acte de naissance. L’ADN de l’Europe porte en lui l’Evangile de Jésus-Christ. La vraie question qui se pose à elle, le véritable enjeu n’est pas celui de l’Islam. Il est celui de la place que l’Europe voudra faire à l’Evangile. Si l’Europe se renie, elle ne pourra tenir ! Car en l’Evangile seul se trouve, personnellement et collectivement, la puissance du salut !

Sources principales pour cet article :

– La croix et le croissant : François Taillandier : Edition Stock : 2014

– L’Occident à la croisée des chemins : Marius Baar

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