J’ai été frappé, en écoutant l’interview de plusieurs jeunes abordés par des islamistes, de la ressemblance des arguments utilisés pour les convaincre d’adhérer à leur message, à ceux que l’on peut trouver dans les Evangiles. Analyse :

1. Un besoin spirituel non reconnu

La première accroche utilisée portait sur le sentiment de malaise que ressentait le jeune ciblé face au monde dans lequel il vivait. J’ai connu aussi ce sentiment dans ma jeunesse. Je voyais mon père s’éreinter pour survivre, gagner un salaire de misère et ne pas trouver ailleurs que dans la boisson une consolation. Est-ce cela que je devais prendre pour modèle pour ma vie ? Les choses ont-elles changées ? Les perspectives de vie sont-elles meilleures pour les jeunes de nos villes ? Il serait tentant de faire un lien rapide entre l’arrière-plan des frères Kouachi (un père décédé et une mère malade) et ce qu’ils vont devenir. Mais le raccourci ne marche pas à chaque fois ! Nombre de jeunes qui se laissent attirer ne proviennent pas tous de familles déstructurées (bien que peu de familles échappent aujourd’hui au brassage, aux ruptures et au déchirement dû au divorce devenu banal). Quel est le problème alors ?

Aussi rationnelle et matérialiste que soit la société française, elle ne peut échapper au fait que l’être humain n’est pas fait que de chair. Il a été créé à l’image de Dieu. Il possède au-delà du physique une dimension spirituelle qui ne peut indéfiniment être étouffée. Notre société s’est construite, dans la période après guerre, sur l’idée que les progrès techniques et scientifiques allaient nous introduire dans un âge d’or. Le progrès aurait raison de la religion. La prière de Jésus « Donne-nous notre pain de chaque jour », ne devenait-elle pas désuette dans une société où les hypermarchés abondent en produits venant du monde entier ?

Les attentats des dernières semaines sont, d’une certaine façon, un rappel brutal de la réalité. Tant que la réalité du besoin spirituel de notre jeunesse ne sera pas pris en compte, on passera à côté de ce qui est le coeur du malaise. La société a beau prôner la laïcité pour étanchéifier la sphère publique des influences du religieux. Nos enfants ont besoin de réponses quant aux questions existentielles qui sont au fond d’eux. Ils ont besoin de ressources intérieures pour vivre dans le monde dans lequel ils se trouvent tel qu’il est, sans le haïr ni en dépendre pour être heureux. Ils ont besoin d’une raison supérieure qui leur donne l’explication à l’énigme que pose leur existence, celle du mal, de la mort, de l’absurdité apparente de la vie et de la soif de vérité, de justice et d’amour qui les habite. Et cette raison, seul l’Evangile de Jésus peut la leur donner.

2. Vous êtes quelqu’un de spécial

En jouant sur la corde du besoin spirituel, les recruteurs des réseaux islamistes font vibrer quelque chose au fond du coeur des jeunes qui a l’écho de la vérité. Notre société a tout fait pour faire taire cette voix au-dedans de nous qui persiste à nous dire que nous ne sommes pas le produit d’une évolution hasardeuse. Tout nous crie que nous ne sommes pas insignifiants, sans valeur. C’est là aussi le message que véhiculent les serviteurs de Daech pour attirer le plus grand nombre à eux : « En fait, si tu ne te sens pas bien dans ce monde, c’est que tu n’en fais pas partie. Tu es un élu de Dieu. Il a une mission spéciale pour toi. »

Il est étonnant de voir à quel point ce type de propos fait écho à ceux qu’adresse Jésus à ses disciples. Eux aussi sont des élus, des choisis. Par l’appel qu’il leur a adressé, ils sont appelés à une mission, une vocation particulière. Jésus leur dit que, désormais, quoi qu’étant encore physiquement dans le monde, ils en sont soustraits. Ils appartiennent à un autre royaume, le royaume de Dieu. Leur citoyenneté n’est plus d’abord terrestre (quoi qu’ils soient appelés à se soumettre aux autorités en place), mais céleste. Jésus les prévient même que, si lui, a été l’objet de la haine du monde, ils ne doivent pas s’attendre à être traité mieux que lui. Certains d’entre eux doivent s’attendre et se préparer à payer de leurs vies leur allégeance à Jésus, ce que l’histoire confirme largement.

3. Contrefaçon

La ressemblance des mots entre l’appel des djihadistes et celui de Jésus est typique de ce qu’est une contrefaçon. La contrefaçon est une imitation. Elle a l’aspect extérieur de l’original, mais la matière, le contenu n’a rien à voir avec celui-ci. Dès ses premières pages, la Bible nous parle de Dieu en terme de Créateur. Dieu est celui qui a pensé ce monde et, à l’intérieur de celui-ci, l’homme. Il va sans dire que, puisque Dieu est le Concepteur de l’homme, il n’y a rien qui, hors de lui, soit supérieur au but, au projet que Dieu a pour l’homme. L’ennemi de Dieu, que l’Ecriture identifie comme le diable, le sait. Aussi la contrefaçon est-elle devenue sa spécialité. S’il peut reprendre les mots de Dieu pour y mettre un autre contenu, il aura doublement réussi. Non seulement, il trompera l’homme et le conduira vers une destinée ruineuse (le diable n’a pas d’amis, seulement des victimes), mais, de plus, par la contrefaçon, il jettera dans le monde un tel discrédit sur Dieu que, au lieu de s’approcher de lui, beaucoup préféreront le fuir.

4. L’original : la meilleure réponse à la contrefaçon

Quelle est la meilleure façon de répondre à la contrefaçon ? Elle est simple : il s’agit de présenter au regard de ceux qui risquent d’être trompés le modèle original, authentique, dont la contrefaçon est une défiguration, une insulte. Oui, l’appel de Jésus aux hommes est toujours actuel. Le projet que Dieu a pour nous, s’il passe par l’étape terrestre, le dépasse largement. Dieu nous a créé pour un but : partager avec lui un jour les richesses surabondantes qui se trouvent dans Sa Personne. Le destin qui est le nôtre, dans la pensée de Dieu, est extraordinaire.

Ce destin, malheureusement, est compromis pour beaucoup. Séduits par le mensonge du diable, qui leur a fait croire que, tant qu’ils seraient liés à Dieu, ils ne pourraient pas avoir accès à la plénitude de la vie, nos premiers parents se sont coupés de lui. Ils ont choisi de fabriquer eux-mêmes leur destin, d’être le propre capitaine de leurs vies. Ils feront vite l’expérience qu’en se coupant de Dieu, ils s’étaient mis sous la coupe du diable, l’esprit du mal. C’était sans compter sur les ressources infinies de l’amour de Dieu.

Puisque l’homme ne pouvait retourner à Dieu, ce serait Dieu qui viendrait vers l’homme pour renouer le fil de la relation rompue. Il l’a fait par Jésus. En habits de chair, Dieu vient partager notre humanité. Il se soumet aux mêmes conditions que nous, vit dans le même monde, sans participer au mal commun à tous. Arrivé au terme de sa course, il prend en charge la condamnation que nous valent toutes nos fautes. Il nous offre la possibilité du pardon, de la réconciliation avec Dieu. Il rend possible pour chacun qui croit en lui la réintégration dans le projet initial de Dieu.

Quiconque est appelé par lui à la foi est, selon le langage biblique, un élu. Il a ici-bas une mission : être témoin de Jésus. L’élu, selon Dieu, n’est pas un homme comme les autres. Il devient un collaborateur de Dieu dans la mission de sauvetage du monde initiée par Jésus, le Christ. Une raison supérieure anime son existence et lui donne son sens profond. Il est témoin dans le milieu où il est placé de l’amour que Dieu a pour lui, et pour ses frères en humanité. Le témoin de Christ n’est pas toujours le bienvenu. Car il lui arrive, par son comportement, de mettre en lumière le mensonge, l’injustice, la méchanceté des coeurs. Dans certains lieux l’allégeance à Christ peut lui valoir le même degré de rejet et de persécution que le maître qu’il sert : la mise à mort.

La grande différence entre la contrefaçon et l’original a pour nom l’amour. On ne verra jamais un chrétien courir, à l’appel de son Maître, au-devant la mort en essayant de tuer le plus grand nombre. C’est à la haine des autres que le chrétien doit son martyr. Même ici, cependant, il priera, à l’instar de Jésus, pour que Dieu pardonne la faute de ses bourreaux. Il les considérera plus comme des victimes d’un aveuglement que comme des responsables lucides.

A tous ceux qui sont tentés de servir une cause supérieure, pour laquelle ils estiment qu’il vaut la peine d’aller, s’il le faut, jusqu’à la mort, je dis : tournez-vous vers Christ ! Remettez-lui la direction entière de votre vie ! Vous sémerez derrière vous, non les fruits de la mort, mais ceux de l’amour !

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