Suite aux événements douloureux qui se sont produits ces derniers jours, les questions sont inévitables et variées. J’aimerais par cet article aborder la question épineuse de Dieu et du mal qui se pose à chacun !

PEUT-ON TUER AU NOM DE DIEU ?

Avant de répondre à cette question, il est bon de s’en poser une autre ! De quel Dieu parle-t-on ? Beaucoup d’êtres humains ont leur propre idée de Dieu. C’est un Dieu façonné à leur image ! Pour nous faire une idée juste de Dieu, il nous faut une révélation. Il faut que ce soit Dieu qui se fasse connaître. Pour les juifs et les chrétiens, la Bible est le récit de la révélation de Dieu dans l’histoire, un récit qui s’étend sur de nombreux siècles !

La Bible présente Dieu comme le Dieu de la vie ! C’est de lui, par lui et pour lui que tout existe. Il soutient toutes choses par sa puissance. Il n’a cependant rien à voir avec une énergie. Dieu est un Etre doté d’une personnalité. Ses attributs sont sagesse, amour, justice, sainteté (pureté absolue). C’est un Dieu capable de communiquer ! Pour les chrétiens, Jésus est la manifestation la plus élevée de Dieu : Dieu présent parmi nous sous forme humaine !

A la lumière de ce que Jésus a été, que pouvons-nous répondre à la question posée ? Alors qu’il est prêt à être arrêté, nous lisons qu’un de ses disciples, Pierre, a voulu défendre Jésus par la force. Il a sorti une épée et il a tranché l’oreille du soldat romain. Jésus le reprendra sévèrement : « Remets ton épée à sa place, dira-t-il. Car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée ! Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père qui me fournirait à l’instant plus de douze légions d’anges ? (Matthieu 26,52 et 53). Jésus ira même, dans sa réprobation envers Pierre, à guérir l’oreille blessée du soldat que celui-ci avait frappé ! Quel Dieu serait Dieu s’il a besoin qu’on le secourt ou qu’on défende son honneur avec des armes ? Rien ne peut autant porter préjudice à sa dignité qu’une telle démarche !

La Bible ne présente pas Dieu comme quelqu’un pour qui il faut tuer. Par Jésus, elle nous parle d’un Dieu qui se laisse tuer. Pourquoi ? Parce que, face à sa justice, aucun de nous n’échapperait ! Nous serions tous condamnés ! Or, Dieu ne veut pas la mort du méchant ! C’est pourquoi il se fera homme ! Et, en tant que représentant de l’humanité, il subira en lui-même la condamnation que sa juste justice réclame. Par Jésus, Dieu offre le pardon à tous ceux qui se confient en lui pour leur salut éternel. Le Dieu de la Bible est un Dieu qui nous désarme par l’immensité de son amour ! Rangeons nos épées. Elles ne peuvent être les armes qui conviennent pour « défendre » Dieu ! Elle sont, au contraire, une grave offense à son honneur !

DIEU ET LE MAL !

Cette réponse première donnée, il nous faut cependant entrer dans d’autres considérations pour faire justice à l’enseignement biblique au sujet du mal et de la réponse globale de Dieu à son sujet. Le Dieu qui nous offre sa grâce est aussi un Dieu de justice. Le Dieu qui patiente envers l’humanité, espérant sa repentance, est aussi un Dieu qui avertit. Le Dieu qui est transcendant (au-dessus de sa création), est aussi un Dieu immanent (acteur en elle). Comme il est faux de tuer au nom de Dieu, il serait aussi faux de penser que ce qui se produit ici-bas n’a aucune signification spirituelle, ni aucun lien avec Dieu. Le langage des auteurs de la Bible ne va pas dans ce sens, bien au contraire ! De la lecture entière de l’Ecriture, nous pouvons tirer trois enseignements en lien direct avec la question posée en en-tête !

  1. Le ministère divin de la Justice

Oublieux que nous sommes, nous pensons à tort que notre humanité est la seule à exister ! Ce n’est pas le cas ! Une autre humanité a existé avant la nôtre. Sombrant dans le mal absolu, elle a été jugée sévèrement par Dieu au travers d’un déluge d’eaux, dont bon nombre de civilisations ont gardé le souvenir. Sitôt après, Dieu va mettre en place un certain nombre de mesures qui auront un seul objet : réfréner la contagion du mal dans la société. Parmi celles-ci, la plus symbolique est formulée de la sorte !

« Celui qui répand le sang de l’être humain, par l’être humain son sang sera répandu. Car à l’image de Dieu, l’homme a été fait : Genèse 9,5. »

Dieu, par ce décret, affirme une chose à partir de laquelle il établit une règle. Cette chose est qu’il existe dans l’humanité des valeurs qui relèvent du sacré. Une de celle-ci est la vie humaine. L’homme n’est pas que matière : il porte l’image de Dieu. Qui porte atteinte à la vie de l’homme porte atteinte à ce que Dieu lui a donné de plus élevé : sa ressemblance. Qui porte atteinte à ce domaine du sacré mérite de recevoir en retour le salaire de son crime : telle est la règle juste.

La peine de mort paraît à notre société humaniste, inhumaine ! Elle l’est d’une certaine façon. Mais elle l’est parce que ceux à qui elle s’applique, dans la pensée de Dieu, ont commis des actes inhumains. Ils ont porté atteinte à ce qui était la dignité la plus profonde de l’homme : être l’image de Dieu. Pour un tel crime, une seule rétribution convient ! La peine de mort est à la fois rétributive et dissuasive. Elle est une mesure qui s’applique à des individus, mais qui a aussi pour objet de contenir le mal en vue de la préservation de l’humanité.

Le Nouveau Testament, qui a pour objet de nous révéler toute l’étendue de la grâce que Dieu nous offre par Jésus-Christ, ne contredit pas le texte de la genèse. Le texte de Paul sur le rôle qu’ont les autorités judiciaires pour maintenir l’ordre dans la société, est sans ambigüité :

« Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu.  C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes.  Ce n’est pas pour une bonne action, c’est pour une mauvaise, que les magistrats sont à redouter. Veux-tu ne pas craindre l’autorité ? Fais-le bien, et tu auras son approbation. Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, crains ; car ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée, étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal : Romains 13,1 à 4. »

L’autorité judiciaire a donc le droit, en tant que servante de Dieu et de la justice, de mettre à mort, dans un certain nombre de cas, un criminel au nom de la justice et du bien

  1. Le mal punit le mal

Il n’est pas rare que, dans la Bible, Dieu dit qu’il utilise un mal pour punir et juger un autre mal. Ainsi, dans le prophète Esaïe, l’Assyrien est appelé « le bâton de la colère de Dieu » : Esaïe 11,5. Israël était le peuple de Dieu ! Mais une telle corruption avait gagné la nation, tant parmi ses élites que parmi le peuple, qu’il fallait qu’elle soit corrigée. Pour se faire, Dieu allait utiliser les Assyriens, un peuple pire qu’israël. Les Assyriens allaient être le bâton que Dieu utiliserait, dans son indignation, pour corriger Israël qui, tout en connaissant Dieu et ses voies justes et bonnes, s’était détourné de lui pour suivre les pratiques abominables des peuples environnants. Les Assyriens n’étaient pas pour autant justifiés. Un peu plus loin, Dieu dit : Quand le Seigneur aura accompli toute son œuvre à Jérusalem, je ferai rendre des comptes au roi d’Assyrie pour le fruit de son cœur orgueilleux et pour l’arrogance de ses regards hautains : Esaïe 10,12.

Dieu n’agit pas de manière courante directement pour rétribuer le mal ou juger. Il peut lui arriver de le faire : Actes 12,20 à 23 ! Mais la plupart du temps, il lui suffit de laisser les choses se faire. Jusqu’alors Dieu protégeait Israël. Mais, à un certain moment, Dieu a décidé de retirer sa main. Livré à lui-même, Israël n’a pas pu échapper à la fureur de l’Assyrie. Le peuple a été fait captif et déporté !

Le fait que Dieu puisse utiliser le pire pour corriger celui qui l’est moins n’a pas manqué de soulever des questions chez certains. C’est là tout le sujet du livre du prophète Habacuc. Dieu l’aidera à sortir de ce dilemme difficile par une phrase : « Le juste vivre en tenant ferme dans sa foi : Habacuc 2,4» Il se peut que notre raison n’arrive pas à comprendre la logique de Dieu. Mais là n’est pas le plus important. Un enfant peut aussi ne pas comprendre ce que font ses parents. Mais s’il les connaît, il peut leur faire confiance et croire que, même s’il ne saisit pas tout, ce qu’il connaît d’eux suffit pour savoir que ce qu’ils font correspond à ce qu’il y a de meilleur et de plus juste à ce moment !

  1. Le malheur qui se produit est un avertisseur

Dans une série de questions qui se suit, le prophète Amos veut établir une relation de cause à effet entre des événements qui se produisent. Il termine sa démonstration par une affirmation qui, à nos yeux, peut passer pour choquante :

«Deux hommes marchent-ils ensemble, sans en être convenus ?  Le lion rugit-il dans la forêt, Sans avoir une proie ? Le lionceau pousse-t-il des cris du fond de sa tanière, sans avoir fait une capture ?  L’oiseau tombe-t-il dans le filet qui est à terre, sans qu’il y ait un piège ? Le filet s’élève-t-il de terre, Sans qu’il y ait rien de pris ? Sonne-t-on de la trompette dans une ville, sans que le peuple soit dans l’épouvante ? Arrive-t-il un malheur dans une ville, sans que l’Eternel en soit l’auteur ? : Amos 3 ,3 à 6. »

De manière claire, Dieu ne se dédouane pas de ce qui se produit ici-bas, en bien comme en mal. Un manifestant à Paris demandait hier si Dieu était en RTT lors des événements tragiques qui se sont produits les derniers jours dans la capitale. Amos répond clairement non à cette supposition. La bonne question à se poser est plutôt : qu’est-ce que Dieu veut dire à notre société au travers des malheurs qui la frappent ?

Alors que Jésus était aves ses disciples, on lui rapporta un malheur qui était arrivé à des galiléens innocents, dont le sang avait été mêlé à des sacrifices offerts à des divinités. La réponse de Jésus à ce malheur va dans la droite ligne de celle d’Amos :

« A ce moment-là, quelques personnes qui se trouvaient là racontèrent à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mélangé le sang avec celui de leurs sacrifices. Jésus leur répondit: « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont subi un tel sort? Non, je vous le dis. Mais si vous ne changez pas d’attitude, vous périrez tous de même. Ou bien ces 18 personnes sur qui la tour de Siloé est tombée et qu’elle a tuées, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem?  Non, je vous le dis. Mais si vous ne changez pas d’attitude, vous périrez tous de même. »

Les malheurs qui se produisent sont des avertisseurs ! Ils nous parlent de réalités que, dans le tourbillon de la vie, nous ne voulons pas voir. Nous avons trop souvent une vue courte, matérialiste des choses. Nous ne vivons que dans l’ici et le maintenant. Il y a des réalités qu’il nous faudra pourtant, que nous le vouions ou non, affronter : la mort, le jugement de Dieu, le retour de Jésus, la fin de ce monde ? Sommes-nous prêts ? Nous préparons-nous ?

 

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