Alors que les uns après les autres, les parlements européens sont en voie de reconnaître l’Etat palestinien, il n’est pas vain de faire un peu d’histoire et, se faisant, de tordre le cou à quelques idées reçues ! La question de fond qui se pose à tous, lorsqu’on évoque le conflit israélo-palestinien est la suivante : quel était l’état des choses au moment où le peuple juif est revenu dans sa terre ? A-t-il usurpé des territoires qui étaient occupés ? A-t-il évincé un autre Etat déjà présent ? Laissons la parole à quelques témoins !

La légende d’une Palestine occidentale arabe

La partie occidentale de la Palestine (que recouvre le territoire actuel de l’Etat d’Israël) constituait jusqu’à la fin du XIXème siècle une terre en grande partie vide et presque entièrement désertique. Au cours de son histoire, elle ne servit de base territoriale à aucun Etat arabe indépendant et ne constitua jamais une entité autonome aux yeux des Arabes eux-mêmes.

Chateaubriand, qui voyagea en Terre sainte, en 1806, rapporte ce témoignage :

« Nous avançames dans la plaine de Sharon dont l’Ecriture loue la beauté… Le sol est une arête fine, blanche et rouge et qui paraît, quoique sablonneuse, d’une extrême fertilité. mais grâce au despostisme musulman, ce sol n’offre de toutes parts que des chardons, des herbes sèches et flétries, entremêlées de chétives plantations de coton, de doura, d’orge et de froment. Ca et là paraissent quelques villages toujours en ruines, quelques bouquets d’oliviers et de sycomores… Il est certain que la tristesse de ces lieux semble respirer dans les cantiques du prophète des douleurs. »

Une trentaine d’années plus tard, Lamartine demeure interdit devant les ruines de l’ancienne capitale d’Israël :

 » Nous fûmes assis tout le jour en face des portes principales de Jérusalem… Nous ne vîmes rien, nous n’entendîmes rien ; le même vide, le même silence à l’entrée d’une ville de 30 000 âmes, pendant les douze heures du jour, que si nous eussions passé devant les portes mortes de Pompéi ou d’Herculanum. »

Plus tard encore, le grand romancier Mark Twain, qui visita la terre d’Israël en 1867, écrit :

« Un pays de désolation dont le sol est cependant suffisamment riche, mais entièrement abandonné aux ronces, une immense étendue triste et silencieuse… Une désolation telle que l’imagination la plus fertile ne peut la parer des effets de la vie et de l’action. Nous sommes arrivés sains et sauf au Thabor… Nous n’avons pas rencontré un être humain sur tout le trajet. La Palestine est désolée et laide… La Palestine n’est plus de notre monde. Elle reste sacrée pour la poésie et la tradition, mais elle n’est plus qu’un pays de rêves. »

Lorsque commença, aux alentours de 1880, le premier grand mouvement organisé de retour des Juifs européens dans leur patrie historique, celle-ci n’était plus qu’une contrée dépeuplée et entièrement déboisée. Au nord, les vallées de Galilée, autrefois fertiles, étaient couvertes de marécages, tandis qu’au sud s’étendait le Néguev, entièrement désertique. Les quelques Arabes qui se maintenaient péniblement sur cette terre inhospitalière vivaient généralement dans de petites bourgades situées à proximité du Jourdain. Ils ne subsistaient  qu’en raison des liens qui les unissaient aux Palestiniens établis sur l’autre rive du fleuve.

A la différence des Juifs, les Arabes n’ont jamais établi – ni même songé à établir – un quelconque Etat indépendant en Palestine. Celle-ci, même lorsqu’elle passa pendant 4 siècles et demi sous domination arabe (640 à 1099), fut traitée comme un marais stagnant d’un vaste empire. Pour ses maîtres éphémères, elle était un champ de bataille, un corridor, parfois un avant-poste, et ses rares habitants une source de revenus. Elle n’a jamais joué le moindre rôle dans l’essor de la brillante civilisation arabe du Moyen-Age.

La situation commença à changer dans les dernières années du 19ème siècle, avec l’immigration en Palestine de nombreux Arabes attirés par les créations d’emplois résultant de l’extraordinaire essor économique apporté au paus par les sionistes. De 1920 à 1935, les Arabes des pays voisins seront au moins aussi nombreux que les immigrants juifs à venir s’installer en terre d’Israël !

Permanence de la présence juive en terre d’Israël

Une croyance populaire fortement enracinée veut que toute forme de présence juive en terre d’Israël ait disparu  avec la destruction du Second temple de Jérusalem en l’an 70 de l’ère chrétienne, pour ne réapparaître que 18 siècles plus tard. Ce mythe connaît actuellement une singulière fortune. Or, la continuité et la permanence de la vie juive sur le territoire ancestral des Hébreux apparaissent, au contraire, comme l’une des données fondamentales de l’histoire de l’Orient méditerranéen. Elles légitiment d’une façon décisive les revendications des sionistes sur un pays qu’une fraction du peuple juif n’a jamais quitté, et que l’ensemble de ce peuple a toujours considéré comme sien.

Cette prépondérance de la population juive urbaine, est évidente plus de 100 ans avant la Déclaration Balfour (voir vidéo ci-dessus). Même Karl Marx, si hostile à tout ce qui touche au judaïsme, admit ce fait, en 1854 :

« La population sédentaire de Jérusalem compte 15 500 âmes, dont 4 000 Musulmans et 8 000 Juifs. les Musulmans forment le quart de la population totale et comprennent des Turcs, des Arabes et des Maures. Ils sont, bien entendu, les maîtres à tous égards. »

En 1868, l’Almanach de Jérusalem confirme cet état de fait :

– 1889 : Jérusalem compte 25 000 Juifs sur 39 000 habitants

– 1896 : Jérusalem compte 28 000 Juifs sur 45 000 habitants

– 1913 : Jérusalem compte 45 000 Juifs sur 70 000 habitants

En 1897, Théodore Herzl proclame : « Les Juifs n’ont d’autre issue que de retourner à leur peuple et ils ne pourront trouver leur salut qu’en s’établissant sur leur propre terre. » Une parole plus que jamais d’actualité pour les Juifs qui se sentent de plus en plus menacés partout dans le monde !

Sources :

Chateaubriand : Itinéraire de Paris à Jérusalem – Lamartine : Voyage en orient – Mark Twain : The Innoncents abroad – Karl Marx : extrait d’un article publié par le New York daily Tribune du 15 avril 1854 – Le Sionisme : Edition : Que sais-je ?

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