C’est l’apôtre Paul qui aborde de la façon la plus complète la délicate question de la place qu’occupe Israël depuis la venue de Jésus. Il le fait, non pas en passant, mais en y consacrant une partie conséquente de son épître aux romains. Rappelons que cet écrit est l’un des piliers majeurs de la doctrine chrétienne et que nul autre, dans l’histoire, n’a autant contribué au bouleversement majeur qui se produisit au XVIème siècle en Europe, par la Réforme.

On aurait donc tort de passer sur la délicate question que pose Israël dans le dessein de Dieu depuis la venue de Jésus, avec rapidité. La place que Paul lui donne prouve, au contraire, qu’Israël reste un élément-clé du dessein de Dieu. Comment cet élément s’articule-t-il avec l’Eglise ? Quel avenir discerne-t-on au travers de la réflexion de Paul à son sujet ? Reprenons les affirmations clés de l’apôtre !

Qui fait partie du vrai Israël ?

Pensant à ses frères juifs, Paul entame sa réflexion en faisant part de la grande tristesse qui l’habite. Il ira jusqu’à dire que, si cela pouvait les sauver, il serait prêt à être séparé de Christ et maudit de Dieu. Il évoque ensuite tout ce que Dieu a donné à Israël, les huit privilèges particuliers qui furent les siens en tant que peuple choisi. En tête de ceux-ci, Paul cite l’adoption filiale. L’élection d’Israël a fait de lui un fils de Dieu : Paul ne dit pas autre chose : Romains 9,1 à 4.

Pour autant, Paul ne pense pas qu’il suffise d’être né Israélite pour bénéficier du statut qu’a reçu la nation. Tous ceux qui sont issus d’Israël, dira-t-il, ne sont pas Israël : Romains 9,6. A l’appui de sa déclaration, Paul rappelle qu’Abraham a eu plusieurs fils, mais qu’en Isaac seul, il reçut la promesse d’une postérité porteuse de la bénédiction. Il en sera de même pour les fils d’Isaac, Esaü et Jacob. Avant même qu’ils aient fait quoi que ce soit qui puisse repousser ou attirer la faveur de Dieu sur eux, Dieu dira : J’ai aimé Jacob, et j’ai haï Esaü. Il y a un principe d’élection qui fait que seule une partie d’Israël, celle qui a la foi d’Abraham, est comptée comme l’Israël véritable.

Qui fait donc partie de l’Israël de Dieu ? L’apôtre Paul y répond ! Ce sont tous ceux qui ont la même foi qu’Abraham. La foi qui déclara qu’Abraham était juste devant Dieu n’a rien à voir avec le fait d’être juif. Abraham eut cette foi, rappelle Paul, avant qu’il fut circoncis (la circoncision est la marque dans la chair que l’on est un descendant physique d’Abraham) : Romains 4,10. Le principe qui fut à la base de la foi d’Abraham (le fait de croire à une promesse de Dieu) est le même que celui par lequel on devient chrétien : la justification par la foi. Font partie donc de l’Israël de Dieu les juifs qui ont la foi d’Abraham, cette foi qui mène au Christ, et les non-juifs qui ont cette même foi. « Reconnaissez-le donc : ce sont ceux qui relèvent de la foi qui sont fils d’Abraham, dit Paul : Galates 3,7.

Et la nation d’Israël ?

Paul pose directement la question : puisque Dieu s’est fait un peuple à Lui du milieu des nations, peuple qui a la même foi qu’Abraham, Dieu a-t-il rejeté son peuple ? : Romains 11,1. Arguments à l’appui, Paul va répondre par la négative à la question :

1er argument : en tant que juif, il est lui-même la preuve vivante que Dieu n’a pas rejeté Israël. Paul rappelle d’ailleurs que le fait que seule une minorité de juifs sont de vrais croyants n’est pas nouveau. Elie, le prophète, pensait en son temps être resté le seul fidèle à Dieu. Il lui sera révélé que 7 000 hommes n’avaient pas fléchi le genou devant Baal, l’idole vénérée dans le pays. De même, dans le temps présent, dit Paul il y a un reste selon l’élection de la grâce : Romains 11,5. Dans notre temps aussi, il y a de multiples Juifs, de plus en plus nombreux, qui ont la foi d’Abraham qui mène au Christ-Jésus !

2ème argument : la mise à l’écart des Juifs a fait la bénédiction du monde. L’Evangile de Dieu est d’abord pour le Juif : Romains 11,16. Jésus lui-même s’en est tenu à cette priorité. Ainsi, il répondra à une cananéenne venue vers lui pour sa fille tourmentée par le démon : Je n’ai été envoyé qu’aux moutons perdus de la maison d’Israël : Matthieu 15,24. Ce n’est que parce que les Juifs, en majorité et par leurs autorités, refuseront l’Evangile que les apôtres se tourneront vers les païens. « C’est à vous premièrement que la parole de Dieu devait être annoncée. Mais, puisque vous la repoussez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les païens : Actes 13,46.

3ème argument : l’incrédulité des Juifs a fait d’eux des ennemis de Dieu. Le projet de Dieu par l’élection était que, par Israël, toutes les nations de la terre soient bénies. C’est ce qui s’est produit. Israël a donné au monde Jésus, par qui des hommes et des femmes de toute origine sont devenus fils et filles de Dieu. En s’opposant à la proclamation de l’Evangile au monde (ce qui était le but de leur élection), après avoir rejeté et crucifié leur Messie, ils ont, dit Paul, mis le comble à leurs péchés. mais la colère a fini par les atteindre : 1 Thessaloniciens 2,16. Une génération après la mort de Jésus, Israël sera rayé de la carte et les Juifs disséminés dans le monde entier… jusqu’en 1948.

4ème argument : du fait de l’élection, Les Juifs continuent à être aimés de Dieu à cause de leurs pères : Romains 11,28. Car, ajoute Paul, les dons de la grâce de Dieu et Son appel sont irrévocables : v 29. Cette vérité est maintes fois répétées dans l’Ancien Testament : l’accomplissement des desseins de Dieu par Israël ne dépendra pas de la fidélité du peuple élu. Quand les montagnes s’en iraient, quand les collines vacilleraient, ma fidélité envers toi ne s’en ira pas, et mon alliance de paix ne vacillera pas, dit le Seigneur, qui a compassion de toi : Esaïe 54,10.

5ème argument : la mise à l’écart d’Israël prendra fin au moment où le dernier élu d’origine païenne entrera par la foi dans le royaume. Alors, dit Paul, tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : le libérateur viendra de Sion, il détournera de Jacob les impiétés ; et telle sera mon alliance avec eux, lorsque j’ôterai leurs péchés : Romains 11,26-27. Paul ajoute : Si leur faute a fait la richesse du monde, et leur défaite la richesse des non-Juifs, à combien plus forte raison en sera-t-il ainsi de leur complet relèvement : Romains 11,12.

C’est le commencement de cette étape du dessein de Dieu que nous voyons s’accomplir sous nos yeux par le retour physique des Juifs dans leur terre et la résurrection nationale d’Israël.

Conclusion

Je la laisse à Paul ! Son exhortation s’adresse à nous, fils et filles d’Abraham issus des peuples non-juifs :

« Il est vrai : quelques branches ont été coupées. Toi qui n’es pas Juif, tel une branche d’olivier sauvage, tu as été greffé à leur place sur le tronc : tu participes donc à toute la vie de l’arbre tout autant que les vraies branches ; sa racine puise pour toi, sa sève te nourrit. Cependant tu n’as pas la moindre raison de t’enorgueillir ou de te croire meilleur que les anciens rameaux. Si tu étais tenté de les mépriser, souviens-toi que ce n’est pas toi qui portes la racine ; c’est elle qui te porte.Oui, objecteras-tu peut-être, mais ces branches ont été coupées afin que je puisse être greffé à leur place. Fort bien ! Les Juifs ont été retranchés. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas placé leur confiance en Dieu. Tu occupes leur place, et c’est à ta foi que tu le dois. Mais n’en tire pas gloire ! Sois plutôt sur tes gardes. Car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, il ne t’épargnera pas non plus. Considère donc à la fois, la bonté et la sévérité de Dieu. Sa sévérité s’est appesantie sur ceux qui sont tombés ; sa bonté se manifeste à ton égard ; elle reposera sur toi aussi longtemps que tu t’y cramponneras et que tu persévéreras dans le bien. Sinon, toi aussi, tu seras retranché. En ce qui concerne les Israélites, s’ils ne s’obstinent pas dans leur incrédulité, ils pourront à leur tour être regreffés. Dieu en a le pouvoir. Si toi, qui appartenais à un olivier sauvage, tu en as été coupé pour être greffé, contrairement à ta nature, sur un olivier cultivé, combien sera-t-il plus facile de regreffer des rameaux nobles sur leur arbre d’origine : Romains 11,17 à 24.

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