L’Evangile dénaturé des derniers jours !

Nous avons vu dans le dernier post par quoi se caractériserait la mentalité des derniers jours de l’humanité. Plus que jamais l’égoïsme primera. Le monde perdra la notion et le sens du sacré. Il plongera dans une barbarie et une cruauté conséquentes à l’irrespect généralisé. Il valorisera l’Argent comme le dieu à encenser et à servir. Il reléguera la foi à un formalisme sans vie. Il prônera la recherche du plaisir immédiat comme la fin ultime de toutes choses.

Dans une société marquée par une telle mentalité, qu’en sera-t-il de l’évangélisation ? A quelles difficultés particulières les porteurs du message de l’Evangile devront-ils faire face. La suite de la seconde épître de Paul à Timothée y répond !

Le temps viendra où les hommes ne voudront plus rien savoir de l’enseignement authentique. Au gré de leurs propres désirs, ils se choisiront une foule de maîtres à qui ils ne demanderont que de leur caresser agréablement les oreilles. Ils détourneront l’oreille de la vérité pour écouter des récits de pure invention : 2 Timothée 4,3-4.

LES MENSONGES AGREABLES

C’est une caractéristique assumée de la Parole de Dieu. Elle n’est pas là pour flatter l’homme. Si Dieu aime passionnément son peuple et ses créatures, il estime que le plus grand bien qu’il puisse leur faire est de leur parler en vérité. Dès le début, l’Ecriture ne cache rien de la duplicité, du mensonge, de la fourberie auxquels les êtres humains se livrent. Même les plus grands héros de la foi ne sont pas épargnés. Le livre de la genèse nous parle de l’ivresse de Noé, des demi-mensonges d’Abraham, du caractère tortueux d’un Jacob. Elle témoigne du penchant de David pour les belles femmes, de son adultère avec Bath-Shéba suivi du meurtre organisé de son mari Urie. Tout ami qu’il fut du roi, Nathan le prophète, après lui avoir raconté l’histoire inventée d’un riche spoliant un pauvre du seul bien qu’il possédait, n’hésitera pas à lui dire : « Tu es cet homme-là, David ! »

« Tu es cet homme-là ! » Voilà bien le verdict que nos contemporains, égoïstes et imbus d’eux-mêmes comme jamais, ne veulent pas entendre. Et il faut dire que l’on fait tout pour que, quelque part, ils ne soient jamais ni responsables, ni coupables de leurs crimes. « Au 19ème siècle, écrit Timothée Keller, on a commencé à suggérer que les tueurs en série étaient le produit d’une mauvaise éducation, de la pauvreté ou d’une privation quelconque. Il devait leur être arrivé quelque chose pour qu’ils en arrivent à commettre un meurtre, le mal n’étant pas inhérent aux êtres humains. La pensée profane contemporaine est relativiste : elle souligne que ce qui est mal dans une culture donnée ne l’est pas dans une autre. Celui que l’un voit comme un terroriste, l’autre le voit comme un combattant pour la liberté. Le mal n’est donc qu’une question de perception… Si l’on se débarrasse de la notion de péché, de Satan et de mal cosmique, toute mauvaise action ne peut avoir que des racines psychologiques ou sociologiques.[1] »

Quel en est la conséquence concrète ? La réponse nous est donnée par un passage du livre « Le silence des agneaux. Alors que Clarice Starling interroge le monstre Hannibal Lecter pour les crimes qu’il a commis, celui-ci lui répond : « Vous devez dire à toutes les familles des pauvres gens que j’ai décapités et mangés que ma mère ne m’aimait pas. Vous ne pouvez pas m’en tenir pour responsable. Vous ne pouvez même pas, elle, l’en tenir pour responsable… » Puis il ajoute moqueur : « Il ne m’est rien arrivé. J’ai agi en toute connaissance de cause. Vous ne pouvez pas me réduire à une série d’influences. Vous avez abandonné le bien et le mal, agent Starling… Vous avez mis moralement des couches à tout le monde, personne n’est plus responsable. Seriez-vous capables de me qualifier d’être malfaisant ? Est-ce que je fais le mal, agent Starling ? »

Telle est la question qui vaut pour chacune et chacun. Certes, nous ne sommes pas tous des monstres ! Mais à quoi attribue-t-on le mal que nous commettons tous : mensonge, convoitise, haine, jalousie, excès de toutes sortes ! Sommes-nous des êtres malfaisants par nature ? Ou, selon les discours des maîtres nouveaux qui veulent nous caresser dans le sens du poil, tout cela n’est-il dû qu’à notre mauvais environnement ?

LES MOTS DESAGREABLES DE L’EVANGILE

Le fait que les mots de l’Evangile sonnent de manière désagréable aux oreilles de l’homme n’est pas propre à notre temps. Il en fut toujours ainsi. Mais il est indéniable qu’à notre époque dite moderne, les mots de l’Evangile sont à contre-courant total de la mentalité ambiante. Une simple lecture du livre des Actes nous donne un aperçu des mots de l’Evangile difficiles à entendre par l’homme mauvais !

Alors qu’il se trouvait devant le gouverneur Félix prêt à l’entendre, Paul discourut sur la justice, la tempérance et le jugement à venir. La réaction du gouverneur ne se fit pas attendre. Effrayé par les thèmes abordés par Paul, il lui dit : « Pour le moment, retire-toi ; quand j’en trouverai l’occasion, je te rappellerai : Actes 24,25. » Il ne le fera jamais. Entendre, en tant que gouverneur, qu’un jour on devrait rendre compte à Dieu de sa vie, de ses abus, de ses injustices, fut plus que Félix ne put entendre. Les mots de l’Evangile grinçaient à ses oreilles comme une musique funeste.

Alors qu’il parlait à ses compatriotes juifs qui venaient de mettre à mort Jésus, Etienne utilisa l’Ecriture pour leur montrer qu’ils ne valaient pas mieux que leurs pères qui ont tué les prophètes et adoré des idoles. Ce qu’ils entendaient, dit le texte, les exaspérait ; ils grinçaient des dents contre lui. Pour autant, Etienne ne s’arrêta pas ici. Il poursuivit. Levant les yeux, il vit Jésus debout à la droite de Dieu et dit : « Je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu ! » Ce fut plus qu’ils ne pouvaient supporter. Ils poussèrent alors de grands cris en SE BOUCHANT LES OREILLES. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui pour le lapider : Actes 7. Ici encore, les mots de l’Evangile ne passèrent pas. Le geste des auditeurs est significatif. Ils sont prêts à tout entendre sauf les vérités fondamentales de l’Evangile.

Nous pourrions encore citer d’autres passages du livre des Actes, tel celui qui provoqua à Ephèse une émeute contre Paul. Le problème ici était que la prédication de Paul mettait en péril le commerce de la vente de petites idoles à l’effigie de la déesse Diane. Les mots de l’Evangile qui condamnaient l’idolâtrie ne passèrent pas !

LA GRACE A BON MARCHE

Si aujourd’hui il n’y a plus beaucoup de villes qui vivent du commerce de l’idolâtrie religieuse (quoique), il n’en reste pas moins vrai que notre génération préfère un Evangile dénaturé à celui que prêchait Paul. Dietrich Bonhoeffer en dénonça déjà la teneur au milieu du XXème siècle en pleine montée du nazisme. Dans son livre, « Le prix de la grâce », il nous dit de quoi est fait cet Evangile moderne agréable à écouter :

« La grâce à bon marché est l’ennemie mortelle de notre Eglise. Actuellement, dans notre combat, il y va de la grâce qui coûte. La grâce à bon marché, c’est la grâce considérée comme une marchandise à liquider, le pardon au rabais, la consolation au rabais, le sacrement au rabais ; la grâce servant de magasin intarissable à l’Eglise, où des mains inconsidérées puisent pour distribuer sans hésitation ni limite, la grâce non tarifée, la grâce qui ne coûte rien. Car on se dit que, selon la nature même de la la grâce, la facture est d’avance et définitivement réglée. Sur la foi de cette facture, on peut tout avoir gratuitement… La grâce à bon marché, c’est la justification du péché et non du pécheur. Puisque la grâce fait tout toute seul, tout n’a qu’à rester comme avant. Toutes nos œuvres sont vaines. Le monde reste monde et nous demeurons pécheurs même avec la vie la meilleure… ceci, c’est la grâce à bon marché, justification du péché mais non point justification du pécheur repentant, du pécheur qui abandonne son péché et fait demi-tour… la grâce à bon marché, c’est la prédication du pardon sans repentance, c’est le baptême sans discipline ecclésiastique, c’est la sainte cène sans confession des péchés, c’est l’absolution sans confession personnelle… Ce qui coûte cher à Dieu ne peut être bon marché pour nous. Elle est grâce d’abord parce que Dieu n’a pas trouvé que son Fils fût trop cher pour notre vie, mais qu’il l’a donné pour nous. La grâce qui coûte, c’est l’incarnation de Dieu. »

A quoi conduit la grâce à bon marché. On l’a vu, il y a peu. Elle a mené ses tenants à oser au nom de l’amour valider le mariage homosexuel dans l’Eglise : une gifle de plus au Christ sur la croix !

L’EVANGILE DE LA PROSPERITE

D’excellents articles ayant été écrits sur le sujet, je ne vais pas ici m’y remettre. Il me suffira de reprendre intégralement celui rédigé par Nicolas Blocher sur le site de la rébellution :

Qu’est-ce que la théologie de la prospérité ?

À la fin de la seconde guerre mondiale, plusieurs télé-évangélistes aux États-Unis ont mis l’accent sur le miraculeux : miracles, bénédictions financières, etc. Leur succès apparent était un gage de vérité de leur doctrine, et leurs auditeurs nécessiteux étaient attirés par leurs enseignements. Peu à peu, de nombreuses églises et œuvres « évangéliques » ont, volontairement ou non, adopté cette doctrine avec tous les degrés d’hérésie imaginables.

Cette doctrine enseigne, qu’avec le salut Jésus va promettre aux bons croyants, les richesses matérielles et financières, la santé, le succès. Du coup, plus tu seras proche de Dieu, plus tu seras prospère.

Les enseignants ont souvent une gestion douteuse des finances, et ils sont extérieurement riches… Ils paraissent donc proches de Dieu ! Naturellement, les simples croyants, qui ne prospèrent pas en déduisent qu’ils sont spirituellement déficients… Mais vont venir aux réunions, et donner, pour grandir dans la foi…et surtout dans la prospérité ! Le système est bien huilé… et fait des ravages sur plusieurs continents.

 Sur qui l’enseignement est-il centré ?

Il y a différents types d’évangile de la prospérité. Les punchlines vont de « Donne 10 € à Dieu et il t’en rendra 1000€ ! », jusqu’au plus évasif « Dieu veut te bénir », en passant par « découvre le champion qui est en toi ». L’année dernière, je suis entré dans une église de la région parisienne (qui prêche l’évangile de la prospérité), et l’argument choc pour convaincre tous les fidèles de participer au culte, aux réunions de prières, aux sorties d’évangélisation, aux conférences, c’était : « Vous serez bénis ! » La motivation ultime était alors ce que Dieu allait t’apporter immédiatement. Nulle trace de l’obéissance aux commandements de Christ, ou de l’amour et de la passion pour Dieu…

Dans ce genre d’enseignements, la vision de l’homme est erronée. Certains pensent que nous sommes des petits dieux, ou des hommes-dieux, et/ou que nous avons une autorité particulière sur les anges et sur Dieu grâce à la puissance de la foi, exercée par la prière. Les enseignements nous incitent à mettre en œuvre notre foi en exerçant notre autorité sur la maladie, les esprits, les anges, et même Dieu lui-même ! Le résultat ? L’homme se croit (tout-)puissant, avec une puissance particulière qu’il n’a pas en réalité.

La vision de Dieu est également fausse. On découvre un dieu au service des hommes, qui n’attend que ses ordres pour agir. Jésus aurait souffert en enfer, il aurait cessé d’être le Fils de Dieu, c’est tout juste s’il a pu ressusciter !

Les prédications des enseignants de la prospérité sont centrées sur les problèmes humains : physiques, matériels, émotionnels… On comprend très vite que les prédicateurs veulent plaire à leurs auditeurs en répondant à leurs préoccupations primaires, et, de fait, en négligeant leurs besoins spirituels. L’homme est exalté, et l’enseignement n’est pas centré sur le Dieu de la Bible.

 Les enseignements sont-ils conformes à la Bible ?

Le problème de l’évangile de la prospérité est aussi théologique. Thierry Huser, membre du comité théologique du CNEF, assure : « L’une des tendances lourdes de cette théologie est précisément de dire que tout nous est déjà acquis, que nous possédons tout en Jésus. La théologie de la prospérité veut nous faire des « déjà-riches-de-tout », et pour certains, des « déjà-en-droit-de-tout-posséder ».» Ainsi, certaines des bénédictions que Dieu nous promet pour le monde à venir sont déjà promises sur la terre.

Les bénédictions terrestres de l’ancienne alliance sont sorties de leur contexte et utilisées à tort et à travers. Aujourd’hui, Dieu veut toujours notre bien (!), mais la norme chrétienne est au contentement, comme Jésus, Pierre, ou Paul qui n’ont pas eu la vie prospère que promettent les enseignants de la prospérité. Paul disait en Philippiens 4.12 : « Je sais vivre dans l’humiliation, et je sais vivre dans l’abondance. En tout et partout j’ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l’abondance et à être dans la disette. » D’autre part, nombreux sont les avertissements aux riches…

La Bible présente toute une théologie de la souffrance, que Dieu utilise pour nous former. Comme Paul, « nous nous glorifions même des afflictions, sachant que l’affliction produit la persévérance, la persévérance la victoire dans l’épreuve, et cette victoire l’espérance » Romains 5.3-4.

Dieu fait pleuvoir sur les méchants comme sur les justes, et accorde chaque jour de grandes bénédictions à son peuple, comme aux gens du dehors. Il s’occupe aussi particulièrement de ses enfants en leur donnant ce qui est nécessaire pour vivre. Mais, il ne leur a jamais promis une quelconque prospérité matérielle, émotionnelle, physique ou financière !

 Les enseignements sont-ils influencés par les philosophies du monde ?

Comme le montre ce dessin du webdessinateur américain Adam4d, les premiers chrétiens n’auraient jamais pu croire en un tel évangile… Décimés, ils avaient le choix entre la fuite, ou la croix. Pourquoi, aujourd’hui, un tel engouement pour ces enseignements ?

Les recettes de la publicité augmentent constamment, et l’être humain n’a jamais été autant matérialiste, à la poursuite du succès et du développement personnel… D’autre part, l’inquiétude généralisée est courante avec les informations que transmettent les médias. Les hommes sont donc à la poursuite des biens et du succès et, en même temps, tentent d’échapper aux souffrances qui nous entourent. Qui ne voudrait pas d’un dieu à notre service qui comble nos besoins et désirs terrestres ?

De la même manière, la foi et la prière deviennent des prétextes pour exprimer des rêves, des aspirations… Jusque-là, rien de grave, mais en y regardant de plus près, en écoutant les enseignements, on retrouve des grandes similitudes avec le courant de la pensée positive[6] et de la visualisation qu’on retrouve sur des sites d’hypno-praticiens… Bref, un enseignement bien imprégné des philosophies du monde.

 Si notre piété amène Dieu à nous donner une Ferrari, les gens ne s’intéresseront pas à Dieu… Mais à la Ferrari ! Voilà le gros problème des bénédictions terrestres, qu’elles soient financières, matérielles, émotionnelles ou familiales… Au contraire, comme déclare le théologien John Piper : « Nous devons pouvoir dire, au milieu des épreuves et des privations : « Dieu me suffit. » ».

La France n’est malheureusement pas épargnée, et on retrouve beaucoup de ces charlatans dans certaines églises… Si tu veux aller plus loin, je te conseille de lire ce très bon document du CNEF sur la théologie de la prospérité.

CONCLUSION

Il arrivera un temps où les hommes ne supporteront plus l’enseignement sain de l’Evangile, a averti Paul. Ces jours sont les nôtres. L’apôtre n’en reste pas là. Ailleurs, il avertit aussi : « Si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait une bonne nouvelle différente de celle que nous vous avons annoncée, qu’il soit anathème (maudit) ! : Galates 1,8. Nous voici prévenus !

 

[1] Timothy Keller : Rencontres avec Jésus : Editions Ourania, page 137 et 138

Les derniers jours du monde !

Texte biblique

Sache que dans les derniers jours surgiront des temps difficiles. Car les gens seront égoïstes, amis de l’argent, fanfarons, orgueilleux, blasphémateurs, rebelles envers leurs parents, ingrats, sacrilèges,  insensibles, implacables, médisants, sans maîtrise de soi, cruels, ennemis du bien,  traîtres, emportés, aveuglés par l’orgueil, amis du plaisir plus que de Dieu ; ils garderont la forme extérieure de la piété, mais ils en renieront la puissance. Eloigne-toi de ces gens-là : 2 Timothée 3,1 à 5.

S’il n’a jamais été facile, quelle que soit l’époque, d’être un véritable disciple de Jésus, ceux qui le seront les derniers jours connaîtront, selon Paul, des temps particulièrement difficiles. L’apôtre ne dit pas cela de manière arbitraire. Il en donne les raisons.

 

Le temps de l’égoïsme

 

Car, dit-il en premier, les gens seront égoïstes. Les gens l’ont toujours été, pourrions-nous penser. Certes ! Mais ils ne l’ont jamais été autant dans aucune autre période que celle qui précédera le retour de Jésus. La période finale de l’histoire sera celle de l’individualisme et de l’égoïsme à outrance. Les sous-entendus que l’on peut tirer de ce premier constat de l’apôtre sont multiples. Le temps de l’égoïsme ne peut être, par exemple, dans une société où la famille est le centre. Tel ne sera plus le cas dans les derniers jours… et nous le constatons. Le fondement de la famille est le mariage, cette alliance par laquelle les deux époux s’engagent à former un couple et une famille jusqu’à ce que la mort les sépare. Jamais autant l’idée d’une alliance imprescriptible comme fondement du mariage n’a été autant malmenée. Le mariage romantique peut avoir la côte. Mais au jour où le romantisme disparaît, que devient l’engagement ? Le nombre de divorces annuel que l’on peut comptabiliser dans nos société le dit. Au vu de ces multiples échecs, il n’est pas étonnant que les jeunes de notre génération préfèrent vivre ensemble sans s’engager. Il faut que chacun se préserve. On se met ensemble, mais l’individualisme prime.

 

Le temps de l’égoïsme est aussi le reflet de la mentalité dominante. Le temps de l’égoïsme est le temps de l’irresponsabilité. Ce qui compte désormais n’est pas, à travers ma vie, le bien que je peux faire aux autres, mais mon épanouissement personnel. Il ne faudrait surtout pas être malheureux, parce que frustré de ne pas avoir accès à tout ce dont j’ai envie. Tant pis si, pour cela, ceux qui me sont proches souffrent de mes excès, de mes caprices, de mes folies.

 

Le temps de l’égoïsme est un temps de régression. Chacun qui a eu des enfants sait que dans le monde de celui-ci, tout tourne autour de lui. Dès son plus jeune âge, l’enfant sait que papa et maman (surtout) sont à son service jour et nuit répondant à ses moindres cris. Puis commence le processus de l’éducation au cours duquel les parents responsables préparent l’enfant à être adulte. Etre adulte, c’est être responsable. C’est se détacher de son égo pour construire quelque chose qui aura un sens, une utilité pour la communauté. Les derniers jours seront le temps de l’immaturité, un temps où les adultes refuseront de l’être pour se comporter comme des adolescents continuant à poursuivre leurs rêves.

 

Le temps de Mammon

 

Les gens seront amis de l’argent… Alors que Jésus enseignait Ses disciples, Il les prévint solennellement contre la concurrence que représentait, pour qui voulait Le suivre, le pouvoir et l’attraction de l’Argent. « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon (la personnification idolâtre de l’Argent) : Matthieu 6,24. La génération des derniers jours ne sera pas sans dieux. Elle en aura même beaucoup ! Mais celui qu’elle privilégiera par-dessus-tout sera celui de l’Argent. Or, l’Argent ne saurait être un dieu si on ne lui attribuait les pouvoirs qui ne reviennent qu’à Dieu. Sommes-nous dans le besoin ? C’est l’argent qui nous sortira de là. Voulons-nous être heureux ? Sans argent, ce n’est pas possible ? Voulons-nous être comptés parmi l’élite, la caste des gens qui réussissent et qui ont la gloire ? L’Argent y pourvoit ! Il y a jusqu’à leur salut éternel que certains pensent pouvoir acheter avec leur argent !

L’amour de l’argent, malheureusement, ne gagne pas seulement le cœur des incrédules. Trop souvent, il contamine le cœur des enfants de Dieu. Au lieu d’être engagés dans la course chrétienne, on les voit comme les autres courir après l’argent pour avoir toujours mieux, toujours plus… quitte à sacrifier l’essentiel : le temps avec Dieu, la vie communautaire… On peut dépenser sans compter pour des babioles, du matériel, une belle voiture, de beaux meubles, mais on n’a pas assez d’argent pour soutenir l’œuvre de Dieu. On a oublié la parole de l’apôtre qui dit que la plus grande richesse, c’est la piété avec le contentement ! La génération des derniers jours sera celle du matérialisme, la seule qui, dans toute l’histoire, pourra se permettre d’accumuler autant… tout en faisant preuve d’une pauvreté de cœur et d’esprit incroyables.

 

Le temps de l’irrespect et de la cruauté

 

Les gens seront fanfarons, orgueilleux, blasphémateurs, rebelles envers leurs parents, ingrats, sacrilèges,  insensibles, implacables, médisants, sans maîtrise de soi, cruels, ennemis du bien,  traîtres, emportés, aveuglés par l’orgueil…Je n’aimerais pas ici revenir sur ce qui s’est passé en janvier 2015. Je dirais juste que, paradoxalement, l’irrespect a quelque part rencontré la cruauté… et que ceux qui étaient les porteurs de l’un et de l’autre en sont morts. S’il y a une caractéristique forte qui marquera la génération des derniers jours, ce sera bien son irrespect total envers le sacré. Comment d’ailleurs le sacré pourrait-il perdurer, puisque Celui qui l’est par-dessus-tout, le Dieu saint, n’existe pas ? La génération des derniers jours, je l’ai dit, est celle de l’homme. Et puisque l’homme est la valeur suprême, rien ne doit lui être interdit puisqu’il n’y a rien au-dessus de lui. L’égo est sur le trône et rien ne doit le contrarier. Si une grossesse n’était pas prévue, ce n’est pas la vie sacrée de l’enfant à naître qui doit être préservée, mais l’intérêt égoïste des géniteurs.

 

La disparition du sens du sacré généralisée, il n’est pas étonnant que toutes les autorités soient battues en brèche et malmenée. La société n’est plus conçue comme un ordre, elle doit être égalitaire. Personne n’a plus à craindre personne et personne n’a à s’opposer à la volonté de personne. Ce qui est bien et mal ne peut être établi de manière universelle, mais doit être choisi par chaque individu. La conséquence en est ce que nous avons sous les yeux. La société égalitaire qui sacrifie le sacré se trouve être la proie de ceux qui, ne supportant pas la profanation, veulent la détruire au nom de leur notion du sacré. Qu’est notre monde, sinon des barbaries qui s’affrontent ?

 

Le temps de l’hédonisme

 

Les gens aimeront le plaisir plus que Dieu. Plus que jamais, la génération des derniers jours sera celle du plaisir, du loisir et du divertissement. Il suffit pour s’en rendre compte de comparer ce à quoi nos enfants ont accès à ce que nos parents connaissaient. Mes parents ont dû attendre d’avoir 40 ans pour avoir une télévision… à une seule chaîne en noir et blanc. Ils ne connaissaient ni Internet, ni portable, ne partaient pas en voyage, etc… Il est presque impensable aujourd’hui de vivre comme ils ont vécu.

Une des raisons qui poussent notre génération à jouir et profiter au maximum de ce que le monde peut lui donner est qu’elle a complètement perdu la notion d’éternité. Tout se vit ici et maintenant. Je veux tout, et je le veux maintenant, chantait France Gall. Alors que je travaillais en Intérim, à l’âge de 24 ans, j’ai eu comme collègue un autre jeune un peu plus âgé. Déjà marqué par les nombreux excès en tous genres dont il se rendait coupable, il donnait l’impression de vouloir vivre sa vie à 200 km/heure. « Peu importe le nombre d’années que je vivrai, me disait-il. Ce que je veux, c’est jouir au maximum de tout ! » Et c’est ce qu’il faisait, grillant la vie par les deux bouts, travaillant le jour pour se divertir et profiter la nuit… Jusqu’au jour où à grande vitesse, il précipita sa voiture (une Fuego) dans un camion. Je l’avais averti qu’une éternité s’ouvrait devant lui et qu’il aurait à rendre compte à Dieu de la vie qu’il lui avait donné. Mais il en riait et n’en avait cure… comme la plupart des gens de notre génération.

 

Le temps de la religiosité de façade

 

Les gens garderont la forme extérieure de la piété, mais ils en renieront la puissance. Malgré tout ce qui a déjà été dit, il est notable que la religion existera toujours parmi la génération des derniers jours. L’homme est un animal religieux, disait Mark Twain, le seul à croire à des dieux, selon Socrate. La pratique religieuse sera à l’image de la mentalité ambiante : quelque chose de superficiel. Certes, on assiste encore parfois à des offices. On ne sait jamais : si Dieu existait, il vaudrait mieux être bien avec lui… Mais tout cela manque totalement de profondeur. On ne se donne nullement la peine d’en savoir plus, de fonder sa foi sur des certitudes. On maintient des rites et des pratiques sans savoir réellement à ce à quoi ils correspondent…

 

Les derniers jours… parce que le jugement de Dieu arrive

 

Au temps où Dieu fit alliance avec Abraham, il lui donna un aperçu rapide du futur du peuple qui sortirait de ses reins. Le patriarche sut que ses descendants seraient esclaves en Egypte puis, qu’après quatre générations, ils retourneraient à Canaan où Abraham se trouvait alors. La venue d’Israël dans le pays promis ne se produirait pas par hasard. Elle coïnciderait au temps où le péché des Amorites, les occupants du pays, serait à son comble : Genèse 15,16. Le jugement de Dieu n’est pas arbitraire. Il correspond à une réalité spirituelle qui fait qu’il est, pour la sauvegarde de sa gloire et de l’honneur de son nom, la seule issue possible. Tant qu’il reste quelque chose de bon dans une coupe à fruits, on peut se permettre d’en garder encore le contenu. Mais quand tout est pourri, il n’y a plus qu’une chose à faire : tout jeter.

 

Jésus nous a prévenus de la mentalité qui prévaudrait dans les derniers jours. La génération dernière sera dans le même état que celles du temps de Noé ou de Loth : Luc 17,26 à 30. Le retour de Jésus ne sera pas fortuit. Selon les paroles même du Maître, il sonnera aussi l’heure du jugement du monde parvenu au comble de ses péchés. C’est vers ce mûrissement que va notre génération. Le jugement des Amorites eut lieu lorsque les descendants d’Abraham revinrent à Canaan, après des siècles d’exil. Dieu attendit que leur péché atteigne son comble. Depuis près de 70 ans, les descendants physiques d’Abraham sont revenus sur leur terre. Or, c’est à sa postérité qu’a été promis l’héritage du monde. Ce qui se produit en notre temps n’est-il pas le signe que les derniers jours sont là ?

 

MOTIVE POUR TOUT ENDURER POUR L’EVANGILE

TEXTE BIBLIQUE

Souffre avec moi, comme un bon soldat de Jésus-Christ. Il n’est pas de soldat qui s’embarrasse des affaires de la vie, s’il veut plaire à celui qui l’a enrôlé ; et l’athlète n’est pas couronné, s’il n’a combattu suivant les règles. Il faut que le laboureur travaille avant de recueillir les fruits. Comprends ce que je dis, car le Seigneur te donnera de l’intelligence en toutes choses. Souviens-toi de Jésus-Christ, issu de la postérité de David, ressuscité des morts, selon mon Evangile, pour lequel je souffre jusqu’à être lié comme un malfaiteur. Mais la parole de Dieu n’est pas liée.
C’est pourquoi je supporte tout à cause des élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut qui est en Jésus-Christ, avec la gloire éternelle : 2 Timothée 2,3 à 10.

 

METAPHORES

Conscient de la lutte dans laquelle est engagé pour l’Evangile le serviteur de Dieu, Paul utilise trois métaphores destinées à illustrer sa condition dans le monde :

CELLE DU SOLDAT

L’image suggère trois réalités. La première est celle d’un contexte de guerre. Le Seigneur l’a laissé clairement
entendre à Ses disciples. « Il n’est pas venu, dit-il, apporter la paix, mais l’épée : Matthieu 10,34. » Les disciples de Jésus ne doivent pas s’attendre à ce que leur adhésion à Sa seigneurie se passe tranquillement. Elle provoquera inévitablement, dans le cercle de ses proches, du remous, de la division, à tel point, dit-Il, que l’homme aura pour ennemis les gens de sa propre maison : Matthieu 10,35-36. Pour autant, Paul le rappelle : notre vrai combat n’est pas contre la chair et le sang, mais contre les dominations et les puissances des ténèbres qui gardent captives les âmes de ceux qui ne sont pas à Christ : Ephésiens 6,12. En guerre, le soldat de Jésus-Christ ne vit pas comme les autres. Comme les militaires d’aujourd’hui habillés en treillis et armés de mitraillettes, il doit veiller à être équipé de tout l’équipement et de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister au mauvais jour et tenir bon après avoir tout surmonté : Ephésiens 6,13.

 

La seconde est celle de la souffrance.  Il n’existe aucun champ de bataille dans le monde sur lequel celle-ci n’existe pas. La souffrance du soldat n’est pas seulement liée aux éventuelles blessures physiques dont il peut être atteint. Elle peut aussi d’ordre psychologique face à la dureté du combat et de la confrontation avec l’ennemi. Il n’y a nulle guerre qui n’engendre chez ceux qui sont les plus exposés des traumatismes. Il n’est pas étrange que les disciples de Christ les plus engagés soient aussi ceux qui souffrent le plus de toutes les manières. La vie de Paul en est l’exemple le plus manifeste : 2 Corinthiens 11,23 à 29.

 

La troisième, soulignée ici particulièrement par Paul, est la disponibilité. Tout soldat qui veut plaire à celui qui l’a enrôlé ne peut se permettre de s’embarrasser des affaires de la vie, dit l’apôtre. La condition du disciple de Jésus dans ce monde n’est pas celle d’une promenade de santé. Il n’est pas ici-bas pour s’établir, mais pour combattre. Le repos, la récompense viendront pour lui après le combat, lorsque tous les ennemis de son Seigneur seront devenus Son marchepied : Hébreux 10,13. Le dernier ennemi qui sera vaincu, dit Paul, est la mort : 1 Corinthiens 15,26.

 

Celle de l’athlète

 

L’image suggère également trois vérités. La première est que le disciple de Christ est engagé dans une course qui ne s’achève qu’au moment où il quitte ce monde : 2 Timothée 4,7. L’idée principale qu’évoque ici l’image que Paul utilise est que la vie chrétienne ne doit pas être envisagée comme un 100 mètres qui nécessite un effort intense d’une durée limitée. Elle est plutôt comparable à un marathon qui exige endurance et persévérance. Comme il en est pour la vigilance du soldat, il n’y a aucun moment au cours duquel le coureur de fond peut faire preuve de relâchement. Tout son être est tendu et investi dans l’effort qu’il fournit pour atteindre le but : Philippiens 3,12 à 14.

 

La seconde est que la motivation qui porte le coureur qu’est le disciple de Christ est le couronnement qui conclura son effort. Paul l’affirme nettement dans ses écrits : en ce qui concerne le but pour lequel il court, il n’y a aucune fausse modestie à avoir. Tels les athlètes de ce monde, le chrétien ne doit pas viser moins, au bout de sa course, que la couronne. Les sportifs des Jeux Olympiques le font pour une couronne corruptible. Nous, dit Paul, nous le faisons en vue d’une couronne incorruptible : 1 Corinthiens 9,25. Trouvons-nous la course dans laquelle nous sommes engagés trop dure, trop exigeante ? Fixons les regards sur la gloire qui nous attend et la récompense qui nous est réservée ! Seule cette vue justifie les efforts, les renoncements et les abstinences qu’il nous en coûte aujourd’hui ! La vie chrétienne est exigeante, pleine d’afflictions. Mais, nous assure Paul, au regard du poids de gloire qu’elles produiront pour nous en éternité, elles pèsent finalement très peu et valent la peine : 2 Corinthiens 4,17.

 

La dernière réalité suggérée est que, pour recevoir sa récompense, le coureur doit respecter les règles de la course. Les derniers Jeux Olympiques l’ont prouvé. Il ne suffit pas d’être l’un des premiers à franchir la ligne d’arrivée pour être médaillé. Encore faut-il ne pas tricher. Dans la course qu’il poursuit, le disciple de Jésus ne peut pas faire ce qu’Il veut. Il a à se conformer à des règles précises fixées par le Maître. S’il ne les suit pas, il a beau courir : il le fait pour rien. Le résultat ne sera pas la récompense, mais la disqualification : 1 Corinthiens 9,27. Quelles sont les règles de la course ? C’est la Parole de Dieu qui les dicte ! La règle principale est que tout disciple de Christ doit renoncer à vivre dans le péché. Rien, en effet, ne nous fait autant passer à côté du but que la désobéissance à Dieu. La seconde est que la confession du péché et la repentance, qui nécessite l’abandon du péché, doivent être la règle immédiatement suivie lorsque les pieds du disciple dévient de la voie droite. Qui suit chaque jour ces deux règles simples se gardera de bien des déboires.

 

Celle du cultivateur

 

L’image évoque également trois réalités. La première est que la vie chrétienne n’est pas de tout repos. Elle est un travail de l’âme, tout d’abord, qui nécessite effort et courage. Certes, il faut le dire et le redire : nul chrétien ne le devient par ses œuvres. C’est par la grâce de Dieu seule que nous sommes sauvés, par le moyen de la foi : Ephésiens 2,8. Mais la grâce que nous avons reçue ne nous laisse en aucun cas passif pour le développement futur de notre vie chrétienne. Ayant part, par la puissance de Dieu, à la nature divine, Pierre encourage ses lecteurs à produire tous les efforts possibles pour joindre à leur foi la force morale, à la force morale la connaissance, à la connaissance la maîtrise de soi, à la maîtrise de soi la persévérance, à la persévérance la piété, à la piété l’affection fraternelle, à l’affection fraternelle l’amour. En effet, ajoute-t-il, si ces qualités sont en vous et y foisonnent, elles ne vous laisseront pas sans activité et sans fruit (comme il en est pour le cultivateur) pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ : cf 2 Pierre 1,3 à 8. Outre la vie reçue par grâce, les Evangiles et les épîtres nous rappellent que chacun de nous est le bénéficiaire de multiples dons et talents. Le Seigneur a prévenu sévèrement Ses disciples du fait qu’il n’y a aucune place dans le royaume de Dieu pour les paresseux : Matthieu 25,26 à 30. Le serviteur qui n’exploite pas le talent que le Maître lui a confié est inutile. Pire ! Il prouve par là qu’il n’a aucune conscience de la grâce qu’il a reçue. Il ne se comporte pas autrement que les incrédules et partagera donc leur sort.

 

La seconde est que le travail de la vie chrétienne est un travail porté uniquement par la foi. Tout cultivateur le sait : la raison pour laquelle il se lève le matin et besogne toute la journée ne se verra pas le soir. Des semaines entières passeront sans qu’il ne voie rien du fruit du labeur qu’il aura effectué. La véritable récompense du cultivateur lui est donnée au jour de la moisson. C’est parce qu’il croit en elle, sans la voir encore, qu’il se donne tant de peine. Ils sont légion les serviteurs de Dieu qui, à un moment ou un autre de l’histoire, ont peiné sans rien avoir vu du fruit de leurs efforts. Comme les héros de la foi du temps passé, ils n’ont pas obtenu dans cette vie ce qui leur avait été promis : Hébreux 11,39. Pour autant, leur attente et leur espérance n’ont pas été vaines. L’auteur biblique dit à leur sujet qu’une résurrection supérieure les attend : Hébreux 11,35. Quelle que soit la dureté du terrain sur lequel il œuvre, le disciple de Jésus doit apprendre à vivre et marcher par la foi. La foi dépasse la vue. La vue s’arrête à ce qu’elle perçoit dans le présent. La foi est la certitude profonde des choses qu’on espère : Hébreux 11,1. Elle est la marque commune de tous les vrais croyants.

 

La troisième réalité est que c’est celui qui aura travaillé le plus qui méritera de se réjouir en premier au temps de la récolte. Tel est le décret de la justice de Dieu envers Ses serviteurs. A celui qui a, dit Jésus, on donnera et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a : Matthieu 25,29. Puisqu’il en est ainsi, dit ailleurs l’apôtre à ses frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, progressez toujours dans l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail, dans le Seigneur, n’est pas inutile : 1 Corinthiens 15,58.

 

Alors qu’il est sur le point de quitter la terre, Paul, au regard de son parcours, fait preuve (et c’est la première et dernière fois) d’autosatisfaction à son sujet. J’ai mené le beau combat du soldat, dit-il. Tel l’athlète, j’ai achevé la course. Pareil au cultivateur, j’ai gardé la foi. Désormais, la couronne de justice m’est réservée : 2 Timothée 4,7-8. Qu’au jour de notre grand départ, son assurance soit aussi la nôtre !

 

MOTIVATIONS

 

Si la souffrance est le lot courant de la vie du disciple, elle n’a de sens qu’en raison de ce qui en fait l’objet. Le chrétien ne souffre pas par plaisir ou parce que la souffrance aurait en elle-même une vertu sanctifiante. Paul précise ici les deux raisons qui le motivent à prendre part à la souffrance inévitable qu’engendre l’annonce de l’Evangile. En tant que disciple de Jésus et serviteur de Dieu, il vaut la peine de souffrir :

 

A cause de Jésus, le Ressuscité d’entre les morts

 

Nous ne servons pas, en tant que chrétiens, un Seigneur martyr ou vaincu, mais un Seigneur victorieux, vainqueur de tous Ses ennemis. Il se peut, certes, qu’à cause de l’hostilité du monde, nous devions endurer beaucoup de choses, supporter de nombreuses souffrances. Mais une certitude remplit notre cœur : la cause que nous servons, à cause de Celui qui en est le centre, est gagnante. L’homme Jésus, le Fils de David, s’est relevé d’entre les morts. Il a été élevé à la droite du Père et partage avec Lui la royauté sur le monde. Aucune des souffrances que le peuple de Dieu connaît n’est vaine. Au contraire ! Elles témoignent mieux que des mots la certitude de la foi profonde qui l’habite. Face à la menace et aux tribulations auxquelles nous devons faire face, Paul a raison de nous rappeler qu’il nous faut surtout nous souvenir d’une chose : Jésus-Christ est ressuscité !

 

A cause des élus

 

Si Jésus est mort et ressuscité, c’est pour une seule raison. Il s’est donné Lui-même pour nous, dit Paul à Tite, afin de nous racheter de tout mal et de purifier un peuple qui soit Son bien propre et qui se passionne pour les bonnes œuvres : Tite 2,14. Si la mort de Jésus est pour tous, elle l’est d’abord pour Ses brebis : Jean 10,15. Parce que Paul sait que Dieu s’est choisi et réservé de toute éternité un peuple : Ephésiens 1,4, il estime qu’il lui vaut la peine de souffrir et de tout endurer pour l’Evangile. Ses souffrances ne sont pas vaines. Elles sont le prix qu’il doit payer pour que les élus entendent le message dont il est le porteur et accèdent au salut qui est en Jésus-Christ. Paul nous invite ici à bien peser la valeur des choses. A cause de Jésus, notre vie dans ce monde peut être difficile. Mais les souffrances du moment valent la peine, car elles ouvrent à beaucoup les portes du royaume de Dieu et de la gloire éternelle.

 

Soyons prêts, jusqu’à ce qu’Il revienne, à tout endurer pour l’Evangile, à cause de Jésus ressuscité et de la gloire éternelle des élus !

LES PEURS ESCHATOLOGIQUES DE L’OCCIDENT DANS L’HISTOIRE (2)

Nous avons vu dans le précédent billet que les peurs eschatologiques ont souvent surgi dans l’histoire de l’Occident dans les périodes de crise. Les historiens sont unanimes pour dire que la période du XVIème au XVIIIème siècle a été marquée par une séquence plus aigüe d’angoisse de ce type, au vu des nombreux bouleversements dont elle a été marquée. Deux lectures différentes des événements marquant la fin de l’humanité ont alors cours : une lecture millénariste et une lecture portée sur l’imminence du Jugement dernier. Chacun de ces courants va avoir ses prophètes et charrier avec lui ses militants dans des mouvements et des attentes aussi opposés les uns que les autres. Le livre de Jean Delumeau, «  La peur de l’Occident », nous aide à suivre les ramifications politiques et religieuses que les peurs eschatologiques de l’époque ont engendrées.

LE COURANT MILLENARISTE

A cause de l’optimisme dont il est porteur, le courant millénarisme s’est teinté d’une coloration matérialiste assez peu chrétienne. Durant les mille ans du règne des saints, souffrance, maladie, misère, inégalité, exploitation de l’homme par l’homme auront disparu de la terre. Ce sera le retour à l’Age d’or, éternelle espérance humaine. Cette espérance soutient nombre de hussites à Tabor (République Tchèque) comme de multiples anabaptistes de Münster (Allemagne). Mais il faut se rendre au Portugal pour lire sous la plume du jésuite P. Vieira quelles attentes immédiates il suscitait alors.

Le Portugal de ce temps est en effet traversé de courants messianiques qui se fondent sur les messages inspirés d’un cordonnier du XVIème siècle, que répandent les moines d’Alcobaça. A temps de l’occupation espagnole (1580-1640), on se refuse à croire à la mort du roi Sébastien, disparu à la bataille d’Alcaçar-Quivir (1578). Il reviendra donner gloire et liberté à son peuple. La révolution anti-castillane de 1640 exalte les espérances millénaristes. Inlassablement au cours de sa longue carrière, Vieira (1608-1697) prédit aux rois successifs de son pays un destin hors-série. Comètes, tempêtes et inondations lui paraissent annoncer le passage au millénium au cours duquel le pape et le souverain du Portugal gouverneront ensemble un monde pacifié, les Turcs ayant été vaincus et les Juifs ramenés à la vraie foi. Ce règne sera tout ensemble spirituel et temporel. Il créera un pays de cocagne, pour le plus grand profit de Lisbonne et du Portugal. S’adressant à Jean IV, Vieira lui assure que cet empire bienheureux sera constitué « pour l’augmentation de la foi, pour la gloire de l’Eglise, pour l’honneur de la nation portugaise, pour l’accroissement des biens de la fortune et la plus grande abondance des biens de la grâce. » Vieira annonça le début de ce temps de bonheur successivement pour 1670, 1679 et 1700.

On le sait moins, mais Christophe Colomb lui aussi était habité par des attentes eschatologiques millénaristes. Sa découverte du Nouveau Continent en témoigne. Dans une lettre datée de 1500, il écrit : « C’est moi que Dieu a choisi pour son messager, me montrant de quel côté se trouvaient le nouveau ciel et la terre nouvelle dont le Seigneur avait parlé par la bouche de saint Jean dans son Apocalypse et dont Isaïe avait fait mention auparavant. » La découverte de l’Amérique et d’une humanité jusqu’alors inconnue fut pareillement interprétée par les religieux fraîchement débarqués au Nouveau-Monde comme le signe, soit que le règne des saints était proche, soit que la fin des temps ne tarderait plus. « Car, disait l’Evangile, il faut d’abord que la Bonne Nouvelle soit proclamée à toutes les nations : Marc 14,10. » Quel qu’en ait été le contenu exact, l’attente eschatologique qui motivait le zèle de beaucoup de missionnaires débarqués en Amérique ne fait aucun doute. L’heure de l’ultime moisson avait sonné. Importait donc, allègrement et rapidement, de faire entrer la masse des Indiens dans l’enclos protecteur de l’Eglise.

LE COURANT ATTENTISTE DU JUGEMENT DERNIER

S’opposant à ces rêves enchanteurs, la représentation du Jugement dernier dirigeait les cœurs et les imaginations vers des préoccupations très différentes. L’accent portait ici sur le destin éternel des âmes, la culpabilité personnelle, la nécessité d’avoir au long des jours suivi l’exemple et l’enseignement de Jésus plutôt que recherché le bonheur terrestre. Du point de vue de la hiérarchie ecclésiastique, l’attente du millénium était lourde de multiples déviations possibles, et donc suspecte. Par contre, l’ultime reddition des comptes s’avérait un moyen pédagogique efficace aux mains de l’Eglise pour ramener les chrétiens dans le droit chemin.

Si opposées soient les deux conceptions, elles n’ont pas empêché le passage de certains de l’une à l’autre. L’exemple le plus manifeste est celui du célèbre dominicain Jérôme Savonarole (1452-1498). Dans la première partie de sa carrière, avant 1492, le futur guide de Florence partage avec beaucoup de ses contemporains la conviction que la fin du monde est proche. En 1475, il rédige un court opuscule, De contemptu mundi, où on lit cette phrase : « O vous qui êtes aveugles, jugez aujourd’hui votre propre cas, jugez vous-mêmes si la fin des temps n’est pas venue ! » Dans les sermons prononcés à Florence en 1490 et 1491, il prédit que les vices sans nombre de l’Eglise annoncent la proximité du Jugement dernier, énonçant dix raisons de croire à cette échéance prochaine. Mais après 1492, il glisse progressivement vers le millénarisme que les fraticelli avaient répandu à Florence dès le XIIIème siècle. Devenu le chef spirituel de Florence, il lui promet paix, bonheur et prospérité si elle est désormais fidèle à son roi, le Christ :

« De même que le monde fut renouvelé par le déluge, Dieu envoie ses tribulations pour renouveler son Eglise à ceux qui seront dans l’arche… Et voilà ce que dit notre Psaume : Chantez un chant nouveau au Seigneur ! » O vous que Dieu a choisi, o vous qui êtes dans l’arche (les Florentins), chantez un chant nouveau parce que Dieu veut renouveler son Eglise ! Sois assurée, Florence, que si tes citoyens possèdent les vertus que j’ai décrites, bénie tu seras, car tu deviendras vite cette Jérusalem céleste. »

CONCLUSION

Les deux attentes eschatologiques pouvaient être sources d’espérance. Mais il est certain qu’elles furent plus souvent causes de peur et que l’imagination se porta surtout sur les malheurs qui devaient précéder soit le millénium, soit le Jugement dernier. Qu’on s’attendît à l’un ou à l’autre, il était rare qu’on n’accordât pas une place importante à l’Antichrist. Pour certains, sa venue sur terre était imminente. Pour d’autres, il était déjà né.

Ses exemples historiques qui font partie de notre histoire collective doivent avoir pour nous valeur d’avertissement. Nous vivons aussi une période tragique, de grandes crises. Quelle que soit la conviction qui nous anime quant à l’heure qu’il est à l’horloge de Dieu, qu’ils nous incitent à être prudents et humbles quant à nos affirmations !

LES PEURS ESCHATOLOGIQUES DE L’OCCIDENT DANS L’HISTOIRE (1)

LA PEUR EN OCCIDENT

Dans un ouvrage paru en 1978, intitulé « la peur en Occident » et traduit en 13 langues, l’académicien Jean Delumeau analyse le phénomène des peurs eschatologiques qui ont jalonné l’histoire. Alors que nous assistons à une sorte d’accélération de celle-ci, de nombreuses interrogations mêlées d’angoisse se font jour dans le cœur de beaucoup de contemporains. Jean Delumeau démontre dans son livre que ce type de peur est présent lors de chaque crise traversée par la civilisation occidentale. Je vous propose dans ce billet de partager avec vous quelques extraits de l’analyse de l’académicien sur le sujet.

UNE PEUR PERMANENTE

Tout au long du Moyen Age, l’Eglise médita sur la fin de l’histoire humaine telle qu’elle a été prophétisée par les différents textes apocalyptiques. Cette peur de la fin ne surgit pas seulement à cette époque. Au VIIIème siècle, le moine espagnol Beatus de Liebana écrivit un commentaire de l’Apocalypse dont quelques vingt manuscrits existaient encore au XIIIème siècle. Au XIème siècle parut la célèbre Apocalypse de Beatus de Saint-Sever (Landes), un manuscrit illustré d’enluminures représentant de multiples monstres fantastiques s’inspirant de l’écrit de Beatus de Liebana. De multiples églises françaises des XIIème et XIIIème siècles, évoquent à leur tour dans leurs vitraux la scène du Jugement dernier (Autun, Conques, Paris, Chartres…). Avant cela encore, celle-ci apparaît comme le thème de nombre poèmes latins. Citons pour exemple Commode de Gaza (IIIème siècle), saint Hilaire de Poitiers (IVème siècle), saint Pierre Damien (XIème siècle), Pierre le Diacre (XIème siècle), saint Bernard (XIIIème siècle), etc..

UNE SEQUENCE PLUS AIGUE

Toutefois, il y a unanimité chez les historiens pour estimer qu’il se produisit en Europe à partir du XIVème siècle et jusqu’au XVIème siècle un renforcement et une plus large diffusion de la crainte des derniers temps. Cette séquence n’est pas le fruit du hasard. Elle correspond à une période où les malheurs s’accumulent en Europe, suscitant un ébranlement durable des esprits. C’est le temps de la Peste Noire qui marque en 1348 le retour offensif des épidémies meurtrières, des soulèvements qui se relayent d’un pays à l’autre du XIVème au XVIIème siècle, de l’interminable guerre de Cent ans, de l’avance turque inquiétante du XIVème siècle,  du Grand Schisme qui sépare pendant 40 ans la chrétienté catholique en deux courants rivaux, des croisades contre les hussites, les partisans de Jan Huss en Bohême, de la décadence morale de la papauté qui culmine avec les Borgia et de la sécession protestante avec toutes ses séquelles : galères, persécutions, massacres…

C’est dans ce climat de pessimisme général sur l’avenir que des prédicateurs interprètent les événements qui se produisent à la lumière de l’âge apocalyptique. Pour le prédicateur Geiler de Strasbourg, il n’existe aucun espoir que l’humanité s’améliore. La fin d’un monde corrompu constitue désormais une perspective prochaine. En 1508, il lance dans la cathédrale de Strasbourg son « Sauve qui peut » : « Ce qu’il y a de mieux à faire, c’est de se tenir en son coin et se fourrer la tête dans un trou en s’attachant à suivre les commandements de Dieu et à pratiquer le bien pour gagner le salut éternel. »

Entre 1430 et 1530, il est incontestable que la foule de ceux qui croient avoir entendu la trompette du dernier jour n’a jamais été aussi gigantesque. Des disputes publiques sont organisées, par exemple à Cologne en 1479, sur les signes de la fin des temps, dans le but d’éclairer et d’apaiser les esprits. Il règne alors une atmosphère de fin du monde. Mais qu’entend-t-on vraiment sous ce vocable ?

DEUX LECTURES DIFFERENTES

Deux interprétations différentes des textes prophétiques relatifs aux dernières étapes de l’histoire humaine se font concurrence. L’une insiste sur la promesse de mille ans de bonheur, l’autre sur le Jugement dernier

  1. Le millénarisme

 

Les origines du millénarisme sont antérieures à l’ère chrétienne. Elles prennent racine dans les espérances messianiques d’Israël portées par les prophètes Isaïe, Ezéchiel et Daniel et les prophètes post-exiliens. Tous annoncent la venue d’un Messie qui ouvrirait une période de prospérité et de paix. La notion d’un règne intermédiaire, sorte de paradis terrestre provisoire intercalé entre le temps actuel et l’éternité, se précise dans la littérature juive à travers le livre des Jubilés, les paraboles d’Hénoch et le IVème livre d’Esdras. Des milieux juifs, la croyance au règne messianique se transmit aux chrétiens au travers de l’Apocalypse de Jean (chapitre 20). Barnabé (IIème siècle), saint-Justin (vers 150) et saint Irénée (vers 180), adhèrent totalement au millénarisme. Saint Augustin, qui y avait souscrit au départ, le réfute ensuite dans son livre La Cité de Dieu.

 

  1. La crainte du Jugement dernier

 

Une autre lecture des textes relatifs aux ultimes séquences de l’histoire des hommes conduise beaucoup à la crainte du Jugement dernier. De nombreux passages de l’Ecriture annoncent, on le sait, cette heure redoutable, aussi bien chez les prophètes que dans les Evangiles. Les éléments complexes et contradictoires  de l’Apocalypse associent la promesse d’un millénium à la prophétie d’un Jugement dernier que ne précède dans les autres écrits aucun temps préalable de paix sur la terre avec le Christ revenu.

 

Trois accents notoires caractérisent l’iconographie et la littérature consacrées au Jugement dernier à partir du XIVème siècle :

 

  • Un accent mis sur la variété et le caractère épouvantable des épreuves qui s’abattront sur l’humanité. Bède le Vénérable parle de 15 signes de la fin du monde

 

  • Un accent mis sur la sévérité du Dieu justicier. La plupart des chrétiens de la génération de Luther en était conscient.

 

  • Un accent mis sur l’atrocité des tourments infernaux. Les vitraux des cathédrales de l’époque en rendent témoignage.

 

Les deux conceptions vont se faire concurrence dans la période aigüe de l’histoire mentionnée ci-dessus. Le prochain billet relatera quelle manière et quelles expressions elles prendront.

 

LES DIVERSES CONCEPTIONS DE L’ESCHATOLOGIE

Cet article est l’extrait d’un cours d’André Gounelle, professeur à la Faculté de Théologie Protestante de Montpellier. Il nous permet de comprendre comment, dans le milieu protestant, l’eschatologie chrétienne a été comprise. Il y a certainement une part de vérité dans chacune des compréhensions. Le Royaume est déjà là et nous attendons encore son plein établissement !

 

Comment comprendre et interpréter les passages du Nouveau Testament qui traitent de la fin de notre temps? À cette question, on a donné plusieurs réponses. Les quatre principales sont: premièrement, l’eschatologie conséquente; deuxièmement, l’eschatologie réalisée; troisièmement, l’eschatologie du déjà et du pas encore, et, enfin, l’eschatologie verticale.

L’ESCHATOLOGIE CONSÉQUENTE

Cette première réponse se trouve chez Albert Schweitzer (1875-1965) et ses disciples.

  1. Ils estiment qu’une étude sérieuse des textes eschatologiques du Nouveau Testament aboutit à trois conclusions, qu’elle impose trois thèses.

a/ Jésus a centré et axé toute sa prédication et toute son action sur la venue prochaine du Royaume. Il prêche, il guérit pour préparer la venue de la fin ou pour l’annoncer L’eschatologie constitue donc le contenu essentiel de la proclamation de l’évangile; elle se trouve au centre ou au cœur de la foi chrétienne.

b/ Jésus prêche une eschatologie entièrement à venir. Le royaume est pour demain, et il viendra d’un coup et tout d’un coup, dans une coupure nette et une rupture tranchée d’avec ce qui précède. Il n’a pas déjà commencé, il ne s’installera pas progressivement, il ne se développe pas à partir de germes déjà semés.

c/ La venue du Royaume est la conséquence directe de l’action de Jésus. Il la provoque par ce qu’il dit et fait. Il s’agit donc d’un futur tout proche, d’un avenir imminent. Jésus pense et affirme que sa génération, celle de ses auditeurs, verra l’avènement du monde nouveau.

  1. À partir de ces thèses, Schweitzer va distinguer trois étapes dans l’histoire du christianisme primitif, de la première Église, ou, comme certains disent aujourd’hui, du « mouvement de Jésus ».

a/ Dans une première étape, Jésus est persuadé que la venue du Royaume va se produire dans quelques jours et qu’elle résultera de la prédication de l’évangile. Quand, dans Matthieu 10, il envoie ses disciples en mission, il leur dit de se hâter, de ne pas s’attarder là où on les reçoit mal. Ils doivent se dépêcher, car ils ne disposent que d’un court délai, et ils n’auront pas le temps de prêcher dans toutes les villes du pays. Le Royaume s’établira avant leur retour. « Je vous le dis, en vérité, vous n’aurez pas achevé de parcourir les villes d’Israël que le Fils de l’homme sera venu ».

Et là, Jésus subit son premier échec, il vit sa première grande déception: ses disciples reviennent, et l’événement eschatologique ne se produit pas, le Royaume n’arrive pas.

b/ Dans une seconde étape, Jésus médite sur cet échec. Sa réflexion le conduit à penser que sa mort amènera la venue du Royaume. Il s’identifie avec le serviteur souffrant dont parle Esaïe 53 et grandit en lui la conviction que le cataclysme eschatologique va tomber sur lui et qu’il doit le subir seul pour en épargner l’horreur au monde. Il en sera l’unique victime, souffrant pour les autres, à leur place. D’où l’annonce qu’il fait à ses disciples de la nécessité de sa mort. D’où son voyage à Jérusalem où il ne prend aucune précaution: il y va pour mourir et pour entraîner par sa mort la venue du Royaume. D’où les paroles qu’il prononce juste avant son arrestation au moment de la Cène : « je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume soit venu  » (Luc 22/18). D’où sa phrase au larron sur la croix: « je te le dis, tu seras aujourd’hui avec moi dans le paradis » (paradis équivaut à royaume).

Mais à Golgotha, sur sa croix, il ne voit rien venir. Le Royaume qui devait surgir, qu’il attendait pour ce moment-là, n’arrive pas. Jésus subit un second échec qu’exprime le cri terrible: Eli, Eli lamma sabachtani. Tout se termine par une immense déception.

c/ La troisième étape commence avec la résurrection. Les disciples prennent conscience, découvrent que tout ne se termine pas avec la croix, qu’elle ne marque pas la fin et l’échec de l’histoire de Jésus. Pâques signifie, pour eux, que Jésus a eu raison d’établir un lien entre sa mort et la venue du Royaume. L’événement eschatologique, conséquence de la croix, va avoir lieu incessamment. Ils l’attendent, mais le temps passe, rien ne se produit. La foi chrétienne, petit à petit se détourne de l’eschatologie, qui passe à l’arrière plan, que l’on laisse de côté, que l’on oublie. Paul et Jean orientent les chrétiens vers une mystique, une éthique et une dogmatique, vers la constitution d’une Église qui s’organise pour durer, et qui cherche comment vivre l’évangile dans le temps, au lieu d’y voir l’annonce de la fin imminente de ce temps.

  1. Selon Schweitzer, Paul et Jean ont parfaitement eu raison de réorienter la foi chrétienne. L’attente d’une arrivée imminente du Royaume a été démentie par les faits, et on aurait tort de la réactiver. A l’evangelium Christi(ce que Jésus a prêché) doit succéder l’evangelium de Christo (ce que l’on a prêché sur le Christ) qui n’est pas une trahison, mais une reprise dans un autre registre. On maintient ce que Jésus dit du Royaume, mais en comprenant autrement le Royaume: il ne s’agit pas d’une réalité future, d’un événement à venir, mais ce terme désigne notre vocation et notre tâche. « Nous n’attendons plus, écrit Schweitzer*, une transformation cosmique des conditions de ce monde … Nous plaçons notre espérance du royaume sur le plan spirituel et nous croyons en lui comme à un miracle de l’Esprit soumettant l’humanité à la volonté de Dieu ».

Dans le message de Jésus, il importe de distinguer la forme et la substance. La forme eschatologique donnée primitivement à l’évangile est périmée, parce que liée à une culture et à une conception du monde d’un autre âge, que nous ne pouvons plus faire nôtre, et que les faits ont démenti (on dirait dans le vocabulaire affreux et impropre de la logique contemporaine: ont falsifié). Par contre, la substance demeure après la faillite de la forme, et elle garde toute sa valeur, toute son autorité pour les croyants et pour le monde d’aujourd’hui. On n’abandonne pas le message de Jésus, mais on l’exprime dans un autre langage.

L’ESCHATOLOGIE RÉALISÉE

La seconde interprétation de l’eschatologie a été proposée et défendue par un exégète anglais, Charles Dodd (1884-1973) dans une série d’ouvrages dont le premier, une étude sur les paraboles, a paru en 1935. Au départ, la théorie de Dodd s’oppose diamétralement à celle de Schweitzer, mais elle aboutit à des conclusions voisines.

Selon Dodd, Jésus, durant tout son ministère, dans son enseignement et sa prédication, par ses actes et ses paroles ne cesse de proclamer que le Royaume est là, qu’on est enfin entré dans une ère nouvelle. Il n’annonce pas l’imminence de sa venue, comme le pense Schweitzer, il proclame que cette venue a eu lieu. Les auditeurs de Jésus vivent le « jour du seigneur » prédit par les prophètes. L’espérance d’Israël s’accomplit. La promesse eschatologique d’un nouveau monde trouve sa réalisation. Quand Jésus paraît, écrit Dodd, « ce n’est plus en quelque sorte au moyen d’un télescope que le Royaume de Dieu doit être vu. Il n’y a qu’à ouvrir les yeux et regarder ». À l’appui de sa thèse, Dodd avance cinq arguments.

  • Premièrement, le Nouveau Testament parle de la venue de Jésus comme d’un accomplissement; elle correspond exactement à ce que les prophéties avaient annoncé, et elle se produit à la plénitude des temps (Gal.4/4; Marc 1/14).
  • Deuxièmement, avec Jésus, le surnaturel fait son entrée dans l’histoire. L’âge du miracle commence; ceux opérés par Jésus montrent qu’on entre dans une ère nouvelle.
  • Troisièmement, Jésus renverse les puissances du mal: le prince de ce monde est jeté dehors, Satan tombe comme un éclair, les démons sont chassés, les principautés et les dominations sont vaincues; ce qui résiste et s’oppose au règne de Dieu disparaît donc.
  • Quatrièmement, la venue de Jésus représente le jugement du monde. Ce jugement a lieu tout de suite, quand on rencontre Jésus maintenant (Jean 12/30).
  • Cinquièmement, avec la résurrection, la vie éternelle entre dans le monde.

Tous ces arguments conduisent Dodd à conclure: « Le Nouveau Testament nous raconte le ministère de Jésus comme une apocalyptique réalisée ». Paul exprime le message central de l’évangile quand il écrit (2 Cor.5/17) : « les choses anciennes sont passées, toutes choses sont devenues nouvelles ». Pour les disciples du Christ, l’eschatologie ne se conjugue pas au futur, mais au passé; elle a déjà eu lieu.

A cette argumentation de Dodd, on peut opposer deux objections. D’abord, que faire des textes qui nous parlent du Royaume au futur, comment les comprendre? Ensuite, il paraît tout de même évident que notre monde n’est pas le Royaume. À quoi Dodd répond en soulignant qu’il ne dit pas que le monde est devenu le Royaume, mais que le Royaume, avec Jésus, entre dans le monde, qu’il s’y trouve désormais présent. Nous vivons donc dans une tension. Cette tension se situe non pas, comme le pense Schweitzer, entre un passé et un futur, mais entre deux réalités qui coexistent et s’opposent dans le présent: celle de ce monde-ci et celle du monde nouveau Le Royaume ne se localise pas dans un ailleurs, dans un au-delà ou dans un futur. Il se manifeste et agit dans le temps et l’espace où nous vivons. La prédication chrétienne nous invite à rompre avec le monde-ci pour entrer dans le monde nouveau, ce qui se fait par la foi et par l’obéissance. Quant aux textes qui parlent du royaume au futur, il faut comprendre que ce futur porte non pas sur le Royaume lui-même, mais sur le moment où nous y entrerons; il ne se rapporte pas à la réalité du royaume qui est présente et actuelle, mais à notre mouvement vers ce royaume, à la conversion qui nous en rend citoyens.

Ainsi, par un chemin différent de celui de Schweitzer, Dodd parvient à des positions assez proches. L’eschatologie néotestamentaire ne signifie pas que la foi ait à attendre un événement historique, temporel qui se passerait dans le futur. Elle doit se traduire par une mystique et une éthique. Dodd préconise une mystique beaucoup plus sacramentelle que celle de Schweitzer. Il accorde, en effet, une importance capitale à la Cène en laquelle il voir le moment et le lieu où le Royaume nous rencontre. « Dans l’eucharistie, écrit-il, l’Église reconstitue perpétuellement la crise dans laquelle le règne de Dieu pénètre l’histoire ».

L’ESCHATOLOGIE DU « DEJA ET DU PAS ENCORE »

J’en arrive à la troisième interprétation de l’eschatologie, celle élaborée et défendue par Oscar Cullmann (1902-1999) dans un livre intitulé Christ et le temps publié en 1947. Cullmann se rattache à ce qu’on appelle la théologie de l’histoire du salut.

  1. Cullmann pense que les deux interprétations que nous venons de voir, celle de l’eschatologie conséquente et celle de l’eschatologie réalisée, contiennent chacune une part de vérité, mais qu’elles restent, l’une et l’autre, unilatérales. Elles ne voient et ne retiennent qu’un aspect de l’enseignement néotestamentaire. Le Nouveau Testament dit à la fois que le Royaume est déjà là, ce que Dodd souligne justement, et qu’il n’est pas encore là, ce que Schweitzer a bien compris. Il ne faut pas choisir entre ces deux affirmations, garder l’une et éliminer l’autre. Il faut les associer, les tenir ensemble. Le Royaume se caractérise par une tension entre un passé, un accomplissement avec la venue de Jésus, et un futur, une attente, avec le retour du Christ, sa parousia à la fin des temps. D’un côté, Jésus a réalisé les prophéties, il a tout accompli. De l’autre, nous attendons toujours la pleine réalisation des promesses de Dieu, l’avènement du Royaume n’a pas eu lieu.

Selon Cullmann, Schweitzer et Dodd n’ont pas réussi à maintenir ensemble les deux aspects ou les deux dimensions du Royaume parce qu’il n’ont pas fait assez attention à la conception biblique du temps, à la représentation de l’histoire que l’on trouve dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Là se trouve la clef du message évangélique, ce qui permet d’en comprendre la logique profonde ou la structure.

  1. Dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, on pense le temps comme une ligne droite: elle a un commencement, une fin, et entre les deux s’opère un parcours, une progression qui a un sens, une orientation. On n’a pas de retour ni de répétition (comme dans les conceptions cycliques du temps). Sur ce point les deux Testament concordent et cette historicité linéaire fait l’unité de la pensée biblique.

Dans l’Ancien Testament, la ligne du temps se divise en deux périodes: l’ère présente, actuelle, qui commence avec la création, et l’ère future qu’inaugurera l’événement eschatologique, le « jour du seigneur ».

jour du S

Le centre de l’histoire, le tournant décisif se situe donc en avant; le croyant de l’Ancien Testament vit dans l’attente, sa foi se caractérise par son orientation vers le futur, vers le Dieu qui vient, vers ce que Dieu fera un jour. On a, donc, dans le judaïsme, une eschatologie entièrement conséquente, à venir.

Pour le Nouveau Testament, la venue de Jésus introduit un nouveau découpage du temps. L’histoire ne comporte plus deux, mais trois périodes.

Parousie

Le temps de l’attente va de la création jusqu’à la venue du Christ. L’évangile n’annule pas, ne rejette donc pas l’Ancien Testament, en qui il voit un temps de préparation. Ce temps se termine avec la venue de Jésus. Commence, ensuite, une période nouvelle, intermédiaire, celle que nous vivons actuellement; elle va de la Résurrection à la Parousie. L’événement eschatologique, que les juifs croyaient unique, se scinde en deux. Il se compose de deux moments distincts séparés par un intervalle dont nous ignorons l’exacte durée.

  1. Ce nouveau découpage du temps a une portée considérable. Il entraîne deux conséquences capitales.

Premièrement, se produit un changement de centre pour le temps. Le moment capital, le tournant décisif de l’histoire du monde ne se situe pas dans l’avenir, comme dans le judaïsme, mais dans le passé, précisément dans la croix et la Résurrection du Christ. La foi chrétienne ne se définit plus seulement par l’attente, mais tout autant, sinon plus par le souvenir, la remémoration, le rappel. La manière dont dans les pays chrétiens on compte les années avant et après Jésus Christ traduit cette affirmation théologique que le Christ constitue le centre du temps.

Deuxièmement, il en résulte que la parousie, la fin de l’ère présente n’apportera pas, à proprement parler, du nouveau, de l’inédit. Elle ne fera que rendre manifeste ce qui a été déjà accompli au Vendredi saint et à Pâques. Le royaume est le fruit, la conséquence de la mort et de la résurrection du Christ, il ne représente pas quelque chose d’autre ou de différent. Cullmann se sert d’une image guerrière pour expliquer cela. Il arrive, dit-il, que dans un conflit armé, l’une des armées remporte la bataille décisive. Ainsi, les anglais battent définitivement Napoléon à Waterloo; il subit une défaite telle qu’il n’a aucune chance, aucune possibilité de redressement; il ne peut plus s’en tirer. Néanmoins, avant qu’il n’abdique et ne capitule, quelques jours s’écoulent, pendant lesquels se produisent des affrontements, des escarmouches. La guerre en fait terminée se prolonge encore un peu. Le traité de paix tirera les conséquences de la bataille, manifeste ce qu’elle a été; il ne la suit pourtant pas immédiatement. On peut comparer Pâques à la bataille décisive, et la parousie au traité de paix. Dieu a remporté la victoire, mais elle ne sera évidente qu’au dernier jour. Ce que Cullmann exprime par la formule : « déjà-pas encore ». Le Royaume l’a déjà emporté, mais il n’est pas encore installé, manifeste

L’ESCHATOLOGIE VERTICALE

On trouve une quatrième et dernière interprétation de l’eschatologie, qu’on appelle « eschatologie verticale ». On peut l’illustrer par Karl Barth et Rüdolph Bultmann, très proches sur ce point (sur d’autres, il divergent au contraire considérablement).

Pourquoi « eschatologie verticale »? Parce que, pour eux, il ne faut pas voir dans l’eschatologie ou dans l’escaton un événement qui appartient à la ligne horizontale du temps. Il arrive chaque fois que la verticalité de Dieu entre en contact avec l’horizontalité de la vie humaine.

flèche

Il s’agit donc d’une nouvelle dimension qui surgit ou jaillit dans notre existence par la foi. L’eschatologie ne désigne donc ni un futur, comme pour Schweitzer, ni un passé, comme pour Dodd, ni un mélange de passé et de futur comme pour Cullmann. Ce mot indique une qualité différente de la vie qui se manifeste à certains moments, ceux où nous rencontrons Dieu.

Ainsi, Barth souligne que l’eschatologie a un caractère supra-historique et non historique. Elle surgit quand la parole ou l’esprit de Dieu entraîne le croyant aux frontières de la temporalité, quand l’éternité l’atteint. « La fin annoncée dans le Nouveau Testament, écrit Barth dans son Commentaire aux Romains, n’est pas un événement temporel, une fabuleuse destruction du monde; elle n’a aucun rapport avec les catastrophes historiques, telluriques et cosmiques ». Pour Barth on ne doit pas confondre le terme (le moment où l’histoire humaine s’arrêtera), et la fin (c’est à dire la limite et le but qui donnent un sens à notre être et à notre vie). Cette fin, nous la trouvons dans la Parole de Dieu qui est pour nous le véritable escaton, l’ultime, le premier et le dernier mot de notre existence. Il en résulte que le moment eschatologique par excellence est celui où on annonce et où l’on reçoit la parole de Dieu, ce qui se passe quand j’écoute la prédication. « La situation du dimanche matin, écrit Barth, est eschatologique au sens littéral du mot ». L’eschatologie se produit quand la transcendance de Dieu surgit dans ma vie et cela peut se passer à n’importe quel moment du temps historique. « Il faut dire en tout temps, affirme Barth, : la fin est proche ». En effet, la fin est également proche de tous les temps, parce qu’elle ne représente pas un moment dans une suite temporelle, mais l’apparition de l’éternité dans notre existence.

Bultmann va dans le même sens. Il ne voit pas dans l’eschatologie un événement qui viendrait dans un avenir plus ou moins lointain mettre fin à l’histoire humaine. Elle est notre rencontre avec Dieu et se produit dans la prédication, dans l’annonce de la parole. Pour Bultmann, également, l’eschatologie désigne un au-delà du monde et de l’histoire qui surgit dans notre existence et qui peut devenir présent à chaque instant. Cependant, Bultmann souligne trois points plus fortement que ne le fait Barth.

– D’abord, que l’eschatologie se situe en dehors et non à l’intérieur de l’histoire signifie que l’histoire est incapable de donner sens à l’existence humaine. Le sens vient d’ailleurs. Bultmann conteste donc les théologies politiques qui confondent le royaume avec un mieux-être social et politique des êtres humains. Il s’agit pour lui de choses radicalement différentes.

– Ensuite, Bultmann insiste sur le caractère individuel de l’eschatologie. Elle n’est ni communautaire, ni cosmique. « Ce qui est décisif, écrit-il, ce n’est pas l’histoire du monde, ni l’histoire du peuple, mais l’histoire de l’individu qui est appelé à la foi, et qui dans la foi participe à la vie nouvelle ». Pour Bultmann l’eschatologie n’arrive pas au monde, ni à l’humanité; elle m’arrive à moi.

– Enfin, ce que dit le Nouveau Testament du caractère présent et futur du Royaume s’applique à l’existence croyante. La présence du royaume signifie la proximité de Dieu qui ne s’éloigne jamais de nous; à chaque instant sa présence se fait sentir dans notre vie. Le futur du royaume veut dire que l’instant où je rencontre Dieu n’enferme pas la réalité divine, ne la contient pas tout entière. Aucun moment eschatologique ne peut épuiser l’eschatologie. Dieu est toujours au delà de ce que je sens et de ce que j’expérimente, même si c’est bien lui que je sens. Il n’est jamais celui qui demeure, mais toujours celui qui vient.

CONCLUSION

Voilà donc les quatre grandes interprétations que l’on a proposées de l’eschatologie du Nouveau Testament. Je termine en signalant que malgré des différences de démarches très réelles, trois d’entre elles, celles de l’eschatologie conséquente, de l’eschatologie réalisée, et de l’eschatologie verticale aboutissent à des conclusions très proches : il faut dé-historiciser l’eschatologie, ne pas la concevoir comme un instant dans le déroulement temporel de l’histoire du monde, mais comme un autre dimension de notre existence. Au contraire, celle de Cullmann valorise de manière très forte l’histoire qui devient le lieu de l’accomplissement, et non pas, comme dans les trois autres cas, un langage pour dire un accomplissement qui se situe au delà du temps et de l’espace.

 

Le principe barbare

Dans un livre paru il y a quelques années, intitulé « le Principe de Lucifer », Howard Bloom nous offre un outil de réflexion sur la question du mal dans le monde. Tout ce qu’il dit et échafaude ne pourra être pris à la lettre par le chrétien attaché à l’autorité de la Parole de Dieu. Le livre a cependant le mérite de nous livrer une analyse historique qui démontre pourquoi certains groupes, sous l’impulsion d’un leader, en viennent à prendre par la violence la domination du monde ou d’une de ses parties. Qui veut une réponse simple à la question du mal doit se désillusionner. « Si seulement il y avait des gens mauvais quelque part en train de commettre insidieusement des actes mauvais et s’il suffisait de les isoler et de les détruire, dit Soljenitsyne, cité par Bloom. Mais la frontière entre le bien et le mal traverse le cœur de chaque être humain. Et qui souhaite détruire un morceau de son cœur ? »

J’ai retenu pour ce billet la réflexion que nous livre Howard Bloom sur le principe barbare, titre de l’un de ses chapitres. Si je l’ai fait, c’est parce qu’elle me semble livrer une vue historique pertinente expliquant pourquoi des empires tombent pour laisser la place à d’autres en gestation qui, une fois arrivés au sommet de la hiérarchie, vivent le même processus de remplacement. La partie dans laquelle s’intègre ce chapitre pose la question de savoir qui sont les prochains barbares ? Car ce sont eux qui vont nous remplacer !

LA PRESEANCE EST PROVISOIRE

Une place au sommet de l’ordre de préséance (au sommet de la hiérarchie) n’est pas permanente. Loin de là ! Les animaux qui arrivent au sommet connaissent ce simple fait. Ils savent que les adolescents d’hier sont devenus les adultes agités d’aujourd’hui et observent avec circonspection ces jeunes rivaux jauger leurs chances de renverser leurs aînés au sommet de l’ordre social. Les bêtes dominantes restent vigilantes.

Mais une chose étrange se produit parmi les nations qui sont à l’apogée de l’ordre de préséance. Le superorganisme dominant s’endort parfois. Il tombe avec suffisance dans un piège fatal, pensant que sa position supérieure est un don de Dieu, que son sort heureux est éternel, que son statut imposant est gravé dans la pierre. Il oublie que tout ordre de préséance est temporaire et ne se souvient plus à quel point la vie peut être affreuse ici-bas. Il doit alors souvent faire face à une désagréable surprise

EXEMPLES HISTORIQUES

Nous savons tous que Rome a été morcelée par des peuples méprisés par les Romains. Les barbares ne se rasaient pas. Ils portaient des vêtements sales. Ils étaient presque toujours saouls. Leur niveau de vie était légèrement au-dessus de celui d’une mule. Leur technologie était ridicule. Ils ne savaient généralement ni lire ni écrire et n’avaient certainement pas de culture. Mais ces primitifs malodorants savaient se battre.

Rome ne fut pas la première superpuissance à être renversée par les rebuts du tiers-monde de son époque. L’Egypte, avant elle, le fut aussi. Au point de vue militaire, l’Egypte surpassait ses voisins. Ses bâtiments publics étaient ornés de scènes solennelles représentant des guerriers égyptiens menant des foules immenses de peuples conquis vers l’esclavage et décapitant les indisciplinés qui refusaient leur captivité. Personne ne pouvait défier le puissant empire… Mais plusieurs tribus rôdaient tels des animaux dans des terres à l’abandon au-delà des frontières égyptiennes. Un Egyptien aurait ricané si on lui avait dit que ces rôdeurs pourraient un jour représenter une menace sérieuse. Mais une foule hargneuse dont personne n’avait jamais entendu parler entra par le nord. C’était, culturellement, des moins-que-rien, des rustres méprisables. Ils avaient un style de vie de dernière catégorie. En-dehors de leur manque de bonnes manières, ils n’avaient que trois caractéristiques : ils étaient d’excellents cavaliers, se délectaient de la violence et avaient un don pour l’invention d’équipements militaires. Leur nom était les Hyksos. Ils écrasèrent entièrement l’Egypte, réduisant en miettes son armée, pourtant organisée avec précision.

Le même scénario se répéta pour les Babyloniens. Lorsque Babylone eut écrasé tous les peuples tribaux des alentours, sa principale source d’inquiétude devint les autres superpuissances de l’époque : les Assyriens et les Mèdes. La Babylonie avait de bonnes raisons de s’inquiéter. Chacune de ses rivales était un empire géant connu pour ses prouesses militaires. Avec cette double menace qui planait sur eux, les Babyloniens ne s’inquiétèrent pas d’une menace venant d’une tribu lointaine d’Iran. Installée sur une zone montagneuse, elle décida soudainement qu’elle voulait régner dans les vallées luxuriantes où florissaient les villes où les riches portaient d’élégants vêtements. Cette tribu se nommait les Perses. Les Perses étaient illettrés et frustres. Mais ils adoraient se battre. Il ne fallut pas longtemps à cette tribu jusqu’alors inconnue pour vaincre les Assyriens et les Mèdes. Puis les Perses s’en prirent aux Babyloniens isolés et les vainquirent.

L’ironie apparut quelques décennies plus tard. A présent, les dirigeants Perses victorieux étaient passés du statut de barbares à celui de citadins. Comme les Babyloniens avant eux, les Perses ne voyaient pas les barbares et ne pensaient avoir d’ennuis qu’avec les nations connues pour leur puissance militaire. Ils oubliaient que le réel danger vient souvent d’un peuple que tout le monde a totalement rejeté. Le grand chef Darius ne s’inquiéta donc pas des rustres qui se querellaient sans répit sur un groupe d’îles et de côtes rocheuses à l’ouest et qui s’appelaient les Grecs. Les parvenus occidentaux provoquèrent une bataille. Lorsque certaines villes sous commandement perse se révoltèrent, les insignifiants étrangers envoyèrent une flotte pour les aider. Puis ces barbares brûlèrent Sardes, la capitale de la région occidentale de l’Empire Perse. Déterminés à donner une leçon à ces impertinents moins-que-rien, les Perses ordonnèrent à un détachement naval de leur infliger une punition. Mais la flotte perse fut anéantie par une tempête. Le conflit perdura des décennies. Puis, un jour, un jeune homme grec que même ses concitoyens qualifiaient de barbare allait conquérir tout l’Empire Perse. Son nom était Alexandre le Grand.

EXISTE-T-IL DES CULTURES TUEUSES ?

Certains pourraient être choqués de m’entendre parler de barbares, dit Bloom. Il n’y a pas de barbares. Il y a simplement des cultures que nous n’avons pas pris le temps de comprendre, ou qui ont besoin de se développer. Sous leur peau, les hommes sont tous les mêmes. Ils ont les mêmes besoins et les mêmes émotions !

Mais il y a des barbares : des peuples dont les cultures glorifient le meurtre et élèvent la violence au statut d’acte sacré. Ces cultures dépeignent l’anéantissement d’autres êtres humains comme une preuve de virilité, un geste héroïque au nom de la vérité ou simplement une bonne façon de prendre de l’avance dans le monde. Certaines sociétés islamiques tendent à être en tête de liste.

L’ISLAM, CULTURE BARBARE

Dans les cultures islamiques, la sainteté, la vertu et même les convenances quotidiennes sont fondées sur l’exemple de Mahomet. Bien que la littérature islamique loue Mahomet comme homme de paix, il était également un chef militaire. En 624 ap. J-C, le prophète annonça le concept du jihad : la guerre sainte. « Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts… Et tuez-les, où que vous les rencontriez… » Au cours des neuf années suivantes, l’homme de paix ordonna au moins 27 campagnes militaires. Il en mena personnellement 9.

Il n’est pas surprenant que les juristes musulmans aient plus tard déclaré qu’il y avait deux mondes : le monde de l’Islam, Dar al-Islam et le monde non islamique, Dar al-Harb. Ces deux sphères territoriales, expliquèrent les savants musulmans, sont dans un état de guerre perpétuelle. Selon certains interprètes du Coran, un leader qui n’arrive pas à commettre de grands massacres dans les terres des infidèles commet un péché. Un homme d’Etat a droit à l’expédient temporaire qu’est la paix uniquement si ses forces ne sont pas encore assez puissantes pour gagner.

Nous pourrions penser que de tels propos sont extrémistes. On les retrouve cependant tels quels dans la bouche d’un Khomeyni :

« Les Musulmans n’ont d’autre alternative… qu’une guerre sainte armée contre les gouvernements profanes. Une guerre sainte signifie la conquête de tous les territoires non musulmans. Il sera du devoir de chaque homme adulte  de se porter volontaire pour cette guerre de conquête, dont le but final est de placer la loi coranique d’un bout à l’autre de la terre… Les dirigeants de l’URSS et de l’Angleterre et le Président des Etats-Unis sont des infidèles… Chaque partie du corps d’un individu non musulman est impure, même ses cheveux et ses poils, ses ongles et toutes les sécrétions de son corps. Tout homme ou femme qui nie l’existence de Dieu, ou croit en ses partenaires (la Trinité), ou ne croit pas en son prophète Mahomet est impur (tout comme le sont les excréments, les chiens et le vin). »

Le développement actuel de l’Islam est la fusion d’un superorganisme rassemblé par l’attraction magnétique d’un mème (un mème est un élément culturel reconnaissable répliqué et transmis par l’imitation du comportement d’un individu par d’autres individus). Mais ce mème a un avantage : le corps social qu’il essaie de réunir existait sous la forme d’une bête sociale dans le passé. Les vieux réflexes de solidarité sont encore présents, attendant d’être réveillés. Le mème du nouvel Islam n’essaie pas d’engendrer un petit embryon fragile. Il tente simplement de réveiller un géant endormi.